Fédérer les animateurs de bassins d’alimentation des captages au sein d’un réseau pour protéger la ressource en eau (76)
Parole de collectivité
Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, Aquagir part à la rencontre d’élus et de porteurs de projets qui sont passés à l’action
Une vingtaine d’animateurs de Bassins d’Alimentation des Captages (BAC) d’eau potable travaillent dans les collectivités de Seine-Maritime pour protéger la ressource en eau. Ils exercent des postes polyvalents et pluridisciplinaires, souvent seuls dans leurs fonctions, sur des territoires vastes, face à de multiples acteurs.
Pour leur apporter un soutien quotidien, développer leurs compétences, développer leurs projets, créer une émulation, le SIDESA, avec le soutien financier de l’Agence de l'eau Seine Normandie, a développé une mission de coordination de l’animation BAC à l’échelle de la Seine-Maritime, portée par Héloïse LIGNY.
Le réseau « Anim l'Eau 76 », un espace d'échange, d'outils partagés et de montée en compétences qui regroupe une vingtaine d'animateurs de Bassins d'Alimentation des Captages - Crédit photo : Banque des Territoires
Le réseau de coordination apporte les ressources nécessaires pour se projeter sur la durée.
L'interview
Pouvez-vous nous décrire le projet de l’animation BAC à l’échelle de la Seine-Maritime ?
Claire Rochelle : Dans le cadre des missions générales du SIDESA, en 2020, nous avons développé la mission de coordination de l'animation des bassins d'alimentation des captages, qui a été mise en place avec un logo sous le nom : “ Anim l’Eau 76”.
L'objectif était de connecter entre eux les chargés de missions de protection de la ressource en eau qui travaillent dans les collectivités du territoire pour les aider à monter en compétences. Nous souhaitions favoriser le partage d'expérience pour permettre aux projets vertueux d’être mis en valeur, éviter ce qui ne fonctionne pas.
Héloïse Ligny : Dans le cadre de ce réseau de coordination, les animateurs BAC partagent leurs expériences, développent des outils communs, recherchent des solutions, échangent sur les actualités, développent des stratégies de protection de la ressource pour proposer aux élus des projets utiles et efficaces. Les animateurs BAC se réunissent plusieurs fois par an pour travailler ensemble sur des thématiques et projets à développer : création d’outils, formations, renforcement des liens avec les élus, montage de dossiers, mise en œuvre des programmes d’actions ....
Comment est né ce projet ? Ce qui a motivé ce projet ? Comment les agents de collectivité se sont greffés au projet ?
Claire Rochelle : Les collectivités avec lesquelles nous travaillons nous ont fait remonter leurs questionnements sur la manière d’accompagner les chargées de mission de protection de la ressource. Ce sont ceux qu'on appelle aussi “animateurs BAC”. Ce sont des postes qui sont souvent introduits dans les collectivités pour des missions préventives, qui conditionnent le financement pour des travaux.
Concrètement, les collectivités ne savaient pas trop comment les accompagner sur la prise de poste donc on se retrouvait avec des personnes qui se sentaient seules, qui étaient isolées dans leur mission. Dans le département 76, on n'est que sur de la ressource en eau souterraine, donc des pollutions qui sont globalement historiques, phytosanitaires, de nitrates… On a un enjeu de turbidité avec des infiltrations rapides. Et donc ces personnes-là travaillent, accompagnent notamment les agriculteurs aux changements de pratiques ou aménagements du territoire, pour limiter et réduire les pollutions au captage, pour ensuite essayer de limiter tout ce qui sera curatif, et qui coûtera beaucoup plus cher aux collectivités derrière.
Ces chargées de missions doivent être à même de se connecter avec la Chambre d'agriculture, les services de l'État, l'Agence de l'eau... Ce sont des postes hyper complexes. On demande aux chargés de mission, d'avoir une pluralité de compétences qu’ils n'avaient pas obligatoirement avant d'arriver en poste.
Il y avait un fort besoin des collectivités pour accompagner les chargés de mission. C’était aussi une demande de l'Agence de l'eau. L’objectif était donc de créer une coordination à l'échelle du département.
Toutes ces étapes se sont faites en 2020 à travers des échanges et la prise de poste d'Héloïse, chargée de coordonner ce réseau et mettre en place les outils. Après deux mois de rencontres, les chargés de missions ont écrit une vaste liste de leurs besoins. Nous avons organisé une première rencontre en présentiel en février 2021. Et à partir de là, nous avons convenu d’une organisation pour estimer quelles étaient les priorités.
Pouvez-vous nous expliquer comment fonctionne votre solution dans ce type de projet ?
Héloïse Ligny : Nous sommes partis plutôt sur une base d'outils pour démarrer. C'est tout ce que vous pouvez retrouver sur le site Internet Anim l’eau 76. Cette page en accès libre réunit plusieurs cartes. On a une carte qui répertorie tous les bassins de captage et d’alimentation. On y trouve le classement des captages, leur âge, ceux qui sont prioritaires, Nous avons aussi les coordonnées des chargés de missions, régulièrement mises à jour, en PDF.
Quand les chargés de missions arrivent en poste, je m’occupe de leur créer une fiche d'identité avec leur territoire, leurs coordonnées, leurs compétences, d’où ils viennent, etc. C'est pour qu'ils apprennent un peu à se connaître. Nous avons aussi un agenda partagé, mis à jour avec toutes les réunions des opérateurs agricoles, les réunions de l'agence, etc. Et en dessous, ils peuvent retrouver tous les appels à projets qui peuvent les intéresser.
Je recense aussi tous les bulletins d'informations qu'ils peuvent créer et diffuser aux agriculteurs. Je les met à leur disposition afin qu’ils puissent s'inspirer de ce que font les autres.
J’ai également mis en place un canal de communication Discord, avec tous les outils de communication, de mise en forme, des newsletters avec des actualités qui concernent leur profession ou les actualités au sein du réseau.
Cela permet aussi de partager des vidéos, des podcasts. Les chargés de protection de la ressource en eau peuvent avoir besoin de vulgariser des sujets techniques à des élus qui ne sont pas forcément spécialistes, avoir des liens avec les usagers, justifier de la protection de la ressource, etc. Donc il faut avoir une capacité de vulgarisation. Il y a cette idée aussi de donner de la visibilité sur ce qui est fait, de créer une plateforme où c'est visible. Et l'idée qu’on va produire un document qui va permettre de communiquer davantage sur le coût de l'eau : expliquer que le coût de l'eau ce n'est pas uniquement le réseau, le tuyau, etc., ça va bien en amont. Cela répond aussi à une demande des collectivités qui veulent aussi être en mesure d'expliquer aux usagers pourquoi l'eau coûte cher.
Comment expliquez-vous votre solution et la valeur qu’elle apporte à quelqu’un qui ne connaît pas vos missions?
Claire Rochelle : Je dirais que c'est une réponse à un besoin identifié à l'échelle des collectivités, mais aussi à l'échelle des financeurs publics, des actions de protection de la ressource en eau, notamment des actions préventives de la ressource en eau. C’est une solution qui permet de faire progresser, d'améliorer et de développer de manière coordonnée les projets, les actions préventives de protection de la ressource en eau à l'échelle d'un territoire. Certaines compétences sont administratives sur les territoires, mais la compétence de protection de la ressource ne connaît pas les limites administratives. Il faut réfléchir bien en amont.
Héloïse Ligny : Pour la mise en place d’actions préventives, les chargés de protection de la ressource en eau ont besoin d'être motivés et d'être ensemble. Car ce sont des missions dont on ne voit les résultats qu’au minimum 10 ans plus tard. Ce sont des projets à long terme qui ne sont pas valorisés. La mise en place de ce réseau permet aussi d'avoir des sources d'inspiration sur un territoire, un bassin similaire, avec des problématiques similaires.
Quels sont les principaux prérequis à maîtriser avant de se lancer dans un tel projet ?
Claire Rochelle : Je pense qu’il faut avoir conscience des activités des collectivités qui sont intéressées par la mise en réseau. Il y a aussi la prise de conscience des collectivités de la nécessité de faire des actions préventives en termes de protection de la ressource en eau.
Il faut identifier le nombre de collectivités qui sont intéressées, le nombre d'équivalents en temps plein nécessaire et puis discuter pour avoir l'accord des financeurs.
Ça pourrait être une mission qui serait financée à 100% par les cotisations des collectivités, mais ça peut aussi être une mission qui peut être financée par l'Agence de l'eau. Dans notre cas, ça a commencé à 50% de financement de l’Agence de l’eau pendant cinq ans, puis c'est passé à 80% cette année. C'est un bon indicateur de l'intérêt que portent les financeurs sur ce projet.
Quels conseils donneriez-vous à une collectivité qui souhaiterait réaliser ce type de projet ?
Claire Rochelle : Les premiers leviers, c'est l'action de la collectivité auprès de ses agents pour présenter la coordination. Les autres leviers, c'est la personne que vous allez recruter qui peut être compétente, qui doit savoir de quoi elle parle en termes d'agronomie, qui s'y connaît aussi sur la protection de la ressource en eau, les éléments d'environnement. Héloïse avait une expérience de chargée de mission de protection de la ressource, donc elle connaissait le travail. Je pense que c'est indispensable que ce soit une personne qui connaisse le travail quotidien des agents territoriaux, avec toutes ses contraintes. Il faut une connaissance des acteurs du territoire et une capacité de communication de diplomatie très importante. Il faut aussi une capacité d'écoute et d'empathie.
Héloïse Ligny : La méthode, c'était d'aller à la rencontre des chargés de mission pour mieux comprendre leurs besoins. Le fait d'échanger avec d’autres réseaux de chargés de mission en France est très important. Cela m'a permis de m'inspirer. Sur l’exemple de la carte interactive, c’est quelque chose que j'avais vu sur le réseau Occitanie, qui avait déjà travaillé là-dessus.
La carte interactive dans le quotidien des agents permet de valoriser des données et de les croiser si besoin. On s'échange aussi nos outils. On se partage ce qu'on a créé.
Avez-vous des résultats concrets à fournir sur le projet ?
Claire Rochelle : Les résultats ne peuvent être constatés à l’échelle de la qualité de l'eau, malheureusement. On le voit dans le contentement des animateurs, le fait qu'ils arrivent à développer des outils.
Dans le cas d'Anim l’eau 76, des groupes de travail spécifiques se sont montés. Il y a un groupe de travail système où ils sont formés. En petits noyaux, ils vont vraiment plus en profondeur sur certains sujets techniques qu'ils peuvent ensuite travailler sur leur territoire.