Pour répondre à l’enjeu sanitaire d’accès à l’eau, Nantes Métropole (44) réalise un diagnostic territorial
L’accès facilité à l’eau pour toutes et tous relève d’un enjeu majeur pour le territoire de Nantes Métropole (44). En effet, par souci d’équité, d’égalité et de santé, la collectivité s’intéresse particulièrement à rendre accessible ce bien commun vital à l’ensemble des populations résidentes sur son territoire, y compris les populations les plus précaires, que sont les personnes fragiles économiquement et socialement comme les personnes vivant dans la rue, les non sédentaires, les migrants installés dans des bidonvilles et les ménages à faibles ressources présentant des difficultés à payer leurs factures d’eau.
Nantes Métropole s’est ainsi lancée dans un Diagnostic territorial d’accès à l’eau, durant le second semestre 2024. L’analyse fine de ce diagnostic permet de mettre en place des actions concrètes et structurantes afin d’offrir un meilleur accès à l’eau potable pour tous les habitants du territoire.
L'ordonnance n°2022-1611 fixe à 50 litres par jour et par personne le seuil minimum pour les usages quotidiens de l'eau : boisson, cuisson, hygiène corporelle et domestique. Le poids que représente ce volume nécessaire à toutes et tous est considérable pour les personnes n'ayant pas de raccordement à leur domicile ou sur leur lieu de vie. Ici, un système artisanal de collecte et de transport de l'eau dans un bidonville de Nantes Métropole pour alléger cette charge - Crédits photo : Solidarités International
Nous savons que cette problématique ne touche pas seulement notre territoire, mais s’avère un phénomène national voire international. Les inégalités se cumulent. Les précarités sociales et économiques se traduisent aussi sur cet accès à l’eau.
L'interview
Comment le Diagnostic territorial d’accès à l’eau s’est‐il imposé à l’agenda de votre collectivité ?
La Directive européenne 2020/2184 relative à l’eau potable impose aux collectivités de recenser et qualifier les lieux de vie éloignés d’un point d’eau ou informels (squats, bidonvilles, camps…) et de s’assurer qu’un accès à l’eau potable en quantité suffisante soit mis en place. Attendu pour janvier 2025, ce diagnostic vise à mettre en place des actions concrètes afin de favoriser l’accès à l’eau potable pour toutes et tous sur chaque territoire. Au-delà de l’aspect réglementaire, il s’agit pour Nantes Métropole d’une conviction politique de rendre accessible l’eau afin de se désaltérer, de se laver ou de laver ses vêtements. Il est en effet question de dignité humaine.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Nous nous inspirons toujours des bonnes pratiques qui peuvent se passer ailleurs. Nous avons partagé des informations comparatives dans nos différentes instances d’échanges collectifs. Touché par l’immigration de population en provenance d’Europe de l’Est depuis plusieurs années, le territoire de Nantes Métropole, comme d’autres territoires de la même échelle, est concerné par le raccordement à l’eau potable des bidonvilles.
Quelle a été la méthode pour réaliser cette étude ?
Nous avons choisi de lancer ce Diagnostic par typologie de public concerné par des difficultés d’accès à l’eau potable : personnes vivant dans la rue, populations non sédentaires, populations qui vivent en bidonville ou en grande situation de précarité (personnes isolées du réseau de distribution ou concernées par des infrastructures défaillantes). C’est ce qui nous a permis d’établir un diagnostic plutôt fin, avec des éléments aussi bien quantitatifs que qualitatifs de leur présence sur le territoire. De l’analyse de ce diagnostic découle une prise de recul de nos dispositifs existants afin d’en évaluer la pertinence. Ainsi que des préconisations pour de futures actions concrètes à mettre en place.
Parmi les premières préconisations identifiées :
- Le raccordement des bidonvilles à l’eau potable. Ce raccordement est nécessaire afin de répondre à un enjeu vital et sanitaire qui ne s’oppose pas à l’occupation foncière illégale, mais devient prioritaire. Le travail de raccordement est un enjeu de salubrité et de santé publique. Et aussi d’intégration dans la société. Cela n’empêchera pas l’évacuation, comme cela a déjà été le cas.
- L’accès à l’eau potable en ville avec le développement de nouveaux points d’eau dans l’espace public, pour les Seniors ou les parents d’enfants en bas âge en saison estivale par exemple.
- Rendre lisible l’accessibilité à l’eau potable dans les centres d’accueils de jours ou autres dispositifs mobiles, pour les personnes vivant dans la rue, afin de se désaltérer, d’avoir accès à des laveries ou des services de bains-douches.
- L’importance de la maintenance, de la visibilité via une cartographie des différents points de distribution d’eau potable.
- Le cadrage tarifaire pour l’ensemble des communes de Nantes Métropole des aires d’accueil des gens du voyage et des personnes non sédentaires, qui doit impliquer la fin des coupures d’eau et faciliter le paiement à l’eau.
In fine, ce diagnostic sert l’intérêt général de l’ensemble de la population de Nantes Métropole.
Concernant les compétences, quelles sont les principaux sujets à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?
Ce Diagnostic a été réalisé en partenariat avec Solidarités International, une ONG membre de la Coalition Eau, chargée de répondre aux enjeux d’accès à l’eau à l’international. Cette association est déjà partenaire de Nantes Métropole sur la question des raccordements en eau potable des bidonvilles du territoire.
Ensuite, les services de Nantes Métropole se sont appuyés sur l’expertise de Solidarités International : services techniques, eau, solidarité, gens du voyage… Les compétences nécessaires sont transverses afin de répondre à ce diagnostic et établir les préconisations.
Lors de la phase de diagnostic et de planification, comment la collectivité a‐t-elle assuré le bon dimensionnement du projet et l’adhésion des citoyens ?
Une délibération au conseil métropolitain au cours du premier semestre 2025 doit emmener l’ensemble des élus du territoire sur la prise de conscience de ce diagnostic et des préconisations et plan d’actions qu’il engendre.
Concernant l’adhésion de la population et les citoyens, notre démarche est proactive et fait montre du courage politique dont il faut faire preuve pour entreprendre ce type de démarche. Nous sommes également dans une démarche de pédagogie afin d’expliquer qu’il n’y a pas de contradiction entre l’accès à notre bien commun, l’eau, et la régularisation des situations. L’accès à l’eau des populations précaires ne s’opposent pas à l’équité de traitement.
Comment Nantes Métropole a-t-elle financé ce projet et quelles sont les aides sollicitées/obtenues ?
Nantes Métropole a financé ce diagnostic sur ses propres deniers, sans aucune aide de l’État.
Quels sont les autres acteurs qui ont accompagné Nantes Métropole dans la préparation et la réalisation de ce diagnostic ?
Ce Diagnostic nécessite de faire dialoguer l’ensemble des politiques publiques concernées : maires, élus, directions de l’eau et de l’assainissement, direction de l’espace public, direction des solidarités, action sociale… Une seule boussole doit nous guider : répondre mieux aux besoins de nos concitoyens.