Préservation des zones humides et adaptation de l’élevage au changement climatique en Aubrac (12)
Avec un territoire maillé d’un extraordinaire réseau de tourbières, de zones humides et de lacs, d’une multitude de petits cours d’eau en tête de plusieurs bassins, l’Aubrac peut se prévaloir d’un patrimoine naturel remarquable, véritable réservoir de biodiversité.
Longtemps considéré comme un « château d’eau », l’Aubrac ne délivre plus en continu de l’eau à toutes ses sources et subit de plein fouet les effets du changement climatique. Dans la continuité des actions engagées par le Parc depuis sa création en 2018, deux plans d’action ont été mis en place pour la période 2020-2024 puis pour la période 2024-2028.
Objectifs : améliorer la connaissance des zones humides, mettre en œuvre un accompagnement des propriétaires et des pratiques agricoles favorables à leur préservation et enfin, favoriser la résilience de l’élevage face au changement climatique et communiquer auprès des différents publics.





Entretien avec Élise Bourru, chargée de mission eau et milieux aquatiques
Ce projet est présenté par :
- Élise Bourru, chargée de mission eau et milieux aquatiques et d’animation au Parc naturel régional de l’Aubrac
Parole de collectivité
Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l’eau sur votre territoire, aquagir part à la rencontre d’élus et de porteurs de projets qui sont passés à l’action
Comment le sujet de la préservation des zones humides s’est-il imposé à l’agenda du Parc naturel régional de l’Aubrac ?
Épuration de l’eau par filtration naturelle, capacité de stockage et de restitution de l’eau limitant les risques d’inondation et de sécheresse, réservoir de biodiversité, support à l’activité d’élevage par abreuvement des troupeaux au pâturage et production fourragère, séquestration d’une grande quantité de carbone atmosphérique… Les services écologiques et économiques des zones humides de l’Aubrac sont nombreux ! Dans le Parc, elles représentent par ailleurs un élément du patrimoine paysager identitaire. Problème, le changement climatique menace aujourd’hui ces milieux aquatiques humides. Il est donc nécessaire d’engager des actions de restauration, afin de protéger le milieu et de lui permettre de se régénérer et d’être plus résilient, tout en continuant à rendre des services écosystémiques. En effet, une zone humide fonctionnelle a un rôle de support pour les activités humaines.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Notre inspiration est d’abord territoriale puisque l’eau est l’une des ressources principales du Parc. Dans notre Charte, 80 % de nos sites d’intérêt majeur sont des milieux aquatiques. Avant même la signature du « contrat de progrès territorial de préservation des zones humides », nous avions déjà répondu à un appel à projet commun de l’Agence de l’eau Adour-Garonne et de la Région Occitanie afin de mener des études et des actions de restauration de ces zones humides. Dès l’émergence du Parc, s’est créée une équipe « eau » avec des missions d’accompagnement des collectivités sur la gestion et la restauration des milieux aquatiques. Cela fait partie de notre ADN depuis le début.
Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou coconstruit avec eux ?
Oui, il faut des compétences spécifiques. Pour ma part, je suis spécialisée dans l’animation de réseau d’acteurs et la coordination de la mise en œuvre d’un programme. Je n’ai pas forcément d’expertise de prédilection dans le domaine de l’eau mais j’ai tout de même une formation en hydro-informatique et j’aime valoriser les compétences spécifiques de mes collègues et partenaires. Avant d’obtenir ce poste, j’ai d’ailleurs été animatrice d’un schéma d’aménagement de gestion de l’eau (SAGE). Une de mes collègues est d’avantage spécialisée sur les zones humides, elle peut donner un avis éclairé et technique sur les dossiers.
Nous travaillons étroitement avec les acteurs du territoire concernés par le sujet de l’eau, comme les agriculteurs, notamment sur des projets d’aménagement de cours d’eau dans le cadre de la délégation de la GEMAPI. Ces projets concernent en premier lieu des rivières mais touchent également souvent des zones humides.
Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?
Nous bâtissons systématiquement nos programmes d’action en concertation avec nos partenaires. Il s’agit d’un plan d’action global comprenant notamment des études, comme les études de fonctionnalité des zones humides. Les études font donc partie du programme. Depuis les années 2010, nos partenaires réalisent également des inventaires de zones humides sur le périmètre du Parc, qui est à cheval sur trois départements : l’Aveyron, la Lozère et le Cantal. En quinze ans, environ 95 % de la superficie du Parc (environ 2700 km2), a ainsi été couvert par des inventaires. C’est ainsi que nous avons pu établir que les zones humides représentaient environ 7 % de la superficie du Parc, soit 16 500 ha. Dans le contrat territorial, nous avons ciblé 12 zones humides particulièrement importantes du point de vue écologique, qui vont bénéficier d’études préalables à des travaux de restauration. Sur la base de ces connaissances, un travail d’animation territoriale visant à concerter localement l’ensemble des acteurs concernés, conduit à la définition de travaux de restauration des fonctionnalités hydrologiques et écologiques (aménagements agropastoraux, pose de seuil ou comblement de fossés drainants, etc.), et de mesures de gestion (agropastorales, fréquentation touristiques) ; ainsi que de suivis (mise en place de piézomètres sur des sites de référence pour des suivis à long terme et évaluation des mesures – protocole Mhéo). Pour certains sites, la mise en place d’un groupe de travail spécifique réunissant ces acteurs locaux (élus, propriétaires, usagers et experts) est une clef de réussite pour avancer dans une meilleure prise en compte concrète de ces zones humides.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?
- Agence de l’Eau Adour-Garonne : 3,7 millions
- Fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER) : 85 000 euros
- Fonds Vert (Ministère de la Transition Écologique) : 270 000 euros
- DRAC : 10 000 euros
- Département Cantal : 40 000 euros
- Département Lozère : 62 000 euros
- Autofinancement : 308 000 euros
- Autres maîtres d’ouvrage : 518 000 euros
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
En plus de nos financeurs, nous avons travaillé en collaboration avec les communautés de communes, les Conservatoires d’espaces naturels (CEN), l’association COPAGE qui a pour fonction de conjuguer les intérêts agricoles et environnementaux en Lozère, les SAFER sur le volet foncier, les Chambres d’agriculture sur le volet élevage ou encore l’ONF sur l’aspect forestier. Nous avons également travaillé avec le Syndicat mixte Lot-Dourdou (SMLD), les agriculteurs et groupements d’agriculteurs, les DDT et des syndicats d’eau potable.
Le contrat territorial est composé d’une multitude d’actions, dont une partie sont portées directement par nos partenaires. Par exemple, l’Institut de l’élevage (Idele) mène une action qui vise à mieux connaître les consommations d’eau dans les élevages, afin d’identifier et d’expérimenter des solutions d’abreuvement alternatifs à l’eau potable. Autre exemple : le Syndicat mixte d’adduction d’eau potable Montbazens Rignac réfléchit aux alternatives à la distribution d’eau via le réseau d’eau potable pour l’abreuvement du bétail. Cela pourrait notamment passer par la réutilisation de l’eau de pluie et la réouverture de captages fermés.
Profitez d’une offre de financement des projets en faveur de l’environnement : gestion de l’eau, etc.
Le projet en détails
Dates clés
Mai 2018
2018 - 2033
2020 - 2024
2024 - 2028
Chiffres clés
5
650
3,8
À retenir
Indéniablement, un programme si diversifié et réunissant autant d’acteurs est en lui-même une démonstration de partenariats bien ancrés, pour la mise en œuvre d’actions faisant sens pour le bien commun
La plus-value qu’apporte un PNR : rassembler les acteurs au-delà des frontières administratives et coordonner des plans d’action ambitieux, qui font sens pour un territoire
Un frein, bien que pouvant être levé, consiste justement en ce multi-partenariat qui implique des fonctionnements et des calendriers différents, qu’il faut arriver à mettre en musique
Les partenaires de ce projet

Agence de l’Eau Adour-Garonne

Département Cantal

Département Lozère

Association COPAGE

Conservatoires d’espaces naturels

Les SAFER

Les Chambres d’agriculture

ONF

Syndicat mixte Lot-Dourdou

Directions départementales des Territoires
En savoir plus sur le Parc naturel régional de l’Aubrac
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Données de contact
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