Accélérer le renouvellement des réseaux et passer d’une politique de réparation à une politique de prévention (29)
Ce sont une casse importante sur le réseau d’eaux usées et une rupture d’approvisionnement en eau potable pour 15 000 habitants qui ont déclenché l’accélération du renouvellement des réseaux sur le territoire de Quimper Bretagne Occidentale. La communauté de communes est passée, en 2024, d’un objectif de 0,2% de renouvellement à un objectif de 1% par an pour l’eau potable et 1,35% pour les eaux usées.
Une ambition qui nécessite de l’argent et s'accompagne d'une hausse du tarif de l’eau de 10% chaque année de 2025 à 2028 ainsi que de l'arrêt progressif de politiques tarifaires dégressives, favorables aux gros consommateurs.
Mais, pour Jean-Paul Cozien vice-président chargé de l'eau et de l'assainissement, il faut passer d’une culture de réparation à une culture de prévention et ne plus considérer l’investissement seulement comme une dépense. Surtout pour une ressource aussi vitale que l’eau.
Travaux de renouvellement sur les réseaux d’eau potable et d'eaux usées à Briec - Crédits photo : Pascal Pérennec - Ville et Quimper Bretagne Occidentale
On ne peut pas dire que c’est la faute à pas de chance ! Vous pouvez le dire une fois. Deux fois ça peut passer. Mais trois fois ce n’est pas possible. Il faut agir !
Comment ce projet s’est-il imposé à l’agenda de Quimper Bretagne Occidentale ?
Les éléments déclencheurs ce sont une pollution puis une casse et un inventaire du patrimoine technique. En 2019, l’usine du Syndicat Mixte de l'Aulne qui alimente le territoire en eau potable a subi une pollution privant 15 000 foyers d’eau. Ce premier incident nous a fait prendre conscience de notre vulnérabilité. Puis, en 2020 une artère majeure du réseau d’eaux usées s’est cassée, car vétuste, entrainant un rejet au plus fort de 600 m3 d’eaux usées par heure dans l’Odet. La réparation a nécessité l’équivalent de 100 personnes mobilisées h24 pendant 5 jours. Le chantier d’excavation a nécessité de dégager l’équivalent d’une piscine olympique. On se dit plus jamais ça ! Et qu’il faut arriver le plus rapidement possible à se mettre en situation de proactivité, ou, au moins, ne pas être pris au dépourvu. Au-delà de l’enjeu d’image, il y a un vrai risque juridique.
De plus, nous arrivions à la durée de vie des réseaux installés il y a 50 voire 60 ans, pour une longévité annoncée de 50 ans.
Donc, à partir de 2023, nous avons travaillé sur un nouveau schéma directeur pour l’eau, mis en place une programmation pluriannuelle, avec une phase quasi d’urgence, et actualisé le rythme de renouvellement qui se veut juste raisonnablement ambitieux. Nous nous donnons 70 ans pour renouveler le réseau des eaux usées et 100 ans pour celui de l’eau potable.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Nous ne nous sommes pas inspirés directement d’autres territoires pour acter notre accélération du renouvellement. Mais la situation à laquelle a été confrontée Eau d’Azur avec des torrents d’eau suite à des orages, a renforcé ma détermination à agir. J'ai été particulièrement intéressé de voir comment ils étaient organisés et comment ils ont pu rapidement rétablir un service essentiel.
Est-ce qu’une étude de faisabilité et/ou d’impact a été réalisée sur ce projet ?
Pour déterminer le niveau d’ambition, nous avons croisé la supportabilité financière pour l’usager, avec le coût du programme après déduction de l’aide de l’Agence de l’eau et modélisation de l’emprunt.
Nous avons benchmarké le prix facturé à l’usager par d’autres collectivités bretonnes et d'autres régions.
De nombreuses discussions ont également été menées avec l’Agence de l’eau, notamment sur la fin de la dégressivité du prix pour les gros consommateurs.
Nous en sommes arrivés à décider une augmentation du prix de 10% par an, chaque année, pendant quatre ans.
Concernant les compétences, quels sont les principaux sujets à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?
Les compétences techniques sont importantes : il faut poser un bon diagnostic des installations. Nous nous sommes appuyés sur un prestataire AMO et avons réanalysé les rapports annuels des délégataires, véritables mines de renseignements.
Je pense également important de veiller à être à l’état de l’art dans le domaine de l'eau. Pour cela, faire partie de groupes d’études avec des professionnels de l’eau et des collectivités est précieux. L’Association des professionnels de l’eau et des déchets (Astee), par exemple, présente des solutions et des retours d’expérience. Je considère qu’il faut travailler en réseau et partager les idées comme les pratiques !
Et puis, bien sûr, il faut des compétences en communication pour expliquer les problématiques et rendre compte des actions menées.
Lors de la phase de diagnostic et de planification, comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet et l’adhésion des citoyens ?
Une fois réalisé notre étude pour déterminer le niveau d’ambition, la durée, le coût et l’augmentation de tarif pour les usagers, nous avons communiqué par nos canaux (journal communautaire, réseau sociaux, conseils de quartiers, réunions dans les communes) et par la presse quotidienne.
Comment ce projet a-t-il été financé et quelles sont les aides sollicitées ?
Ce projet représente 55 M€ jusqu’en 2028 puis 12M€ annuels en régime de croisière. L’Agence de l’eau va nous aider à hauteur de 30 % au titre du 12ème programme. Le solde repose sur un plan de financement qui s’appuie sur l’autofinancement dégagé par le résultat d’exploitation (les redevances versées par les usagers) et le recours à de l'emprunt de très longue durée.
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
Nous travaillons en liaison avec le service eau du département, l’Agence de l’eau, d'autres PRPDE comme Eau du Ponant et les entreprises délégataires.