DISTRIBUTION DE L’EAU

Aux Sables d’Olonne (35), le procédé Enerplage valorise l’eau de mer dans la ville

Niveau d'expertise : intermédiaire

Lancé en mars 2024, le projet Enerplage vise à valoriser l’eau de mer drainée sous la Grande Plage des Sables d’Olonne en l’utilisant pour alimenter en eau de mer la piscine du Remblai et comme source de chaleur pour un réseau urbain.

Cette eau est issue du dispositif Ecoplage, déployé dès 1999 pour lutter contre l’érosion côtière par un système de drains asséchant partiellement la plage.

En favorisant l’infiltration des vagues dans le sable et le dépôt des sédiments qu’elles transportent, ce procédé stabilise la plage tout en produisant en continu une eau naturellement filtrée par le sable

En s’engageant dans ces dispositifs innovants, les élus se projettent sur le long terme, par rapport aux enjeux d’érosion, d’économie d’eau...

Arnaud Ballay, Directeur général délégué de la société ECOPLAGE

L'interview

Pouvez-vous nous décrire le projet Enerplage déployé aux Sables d’Olonne ?

Aux Sables d’Olonne, la combinaison des dispositifs Ecoplage et Enerplage a pour objectif d’alimenter à la fois un réseau de chaleur urbain et une piscine d’eau de mer, permettant ainsi de valoriser l’eau drainée toute l’année.
Le système Ecoplage est en place sur la Grande Plage des Sables d’Olonne depuis 25 ans. Le drainage produit entre 300 et 600 m3 d’eau par heure, de haute qualité car elle est naturellement filtrée par le sable. Le procédé Enerplage est couplé avec le dispositif Ecoplage pour valoriser l’eau drainée en alimentant des pompes à chaleur, selon le principe de la thalassothermie. L’énergie produite permettra à terme de chauffer de façon écologique 17 bâtiments publics et privés de la ville.

Pour ce faire, la station de pompage a été adaptée, le réseau de chaleur déployé et les bâtiments équipés. De plus, depuis l’été 2025, le système alimente également la piscine du Remblai en eau de mer.

Comment la collectivité s’est-elle adressée à vous ?

La crise énergétique et la hausse du prix du gaz en 2022 ont renforcé l’intérêt d’un dispositif d’économie d’énergie adossé au système de drainage. Il y a 2 ans, nous avons donc exploré les différentes opportunités offertes par la ressource en eau issue du drainage.

Jusqu’en 2024, l’eau de mer alimentant la piscine du Remblai nécessitait une prise d’eau en mer et un traitement spécifique. De son côté, le réseau de chaleur exige une eau de haute qualité, pour des raisons à la fois techniques liées à la protection des équipements et aux rendements thermiques, mais aussi environnementales, associées au rejet de l’eau en mer et à la préservation des écosystèmes marins. Or, grâce à la filtration naturelle, l’eau provenant du dispositif Ecoplage ne requiert que peu voire aucun traitement, même si des contrôles de qualité (notamment microbiologiques) restent systématiquement réalisés. Sur d’autres sites balnéaires raccordés à un réseau de chaleur, comme à La Baule, les systèmes de filtration initialement envisagés se sont finalement révélés inutiles.

Le procédé Ecoplage étant breveté par notre entreprise, qui a déployé le système sur la Grande Plage, nous assurons également la distribution de l’eau pour le réseau de chaleur.

Pouvez-vous nous expliquer comment fonctionne votre solution dans ce type de projet ? Quelle est la proposition de valeur de votre solution pour une collectivité ?

La thalassothermie exploite la puissance calorifique de la mer pour générer de la chaleur et alimenter des infrastructures situées sur le littoral. Le transfert de chaleur est assuré par une chaufferie située sur le front de mer. Les calories de l’eau de mer sont récupérées grâce à un échangeur thermique par une boucle d’eau douce, qui transporte ensuite les calories jusqu’aux pompes à chaleur. Aux Sables d’Olonne, la température relativement stable de l’eau de mer drainée constitue un atout majeur pour ce système.

L’eau de mer à 7°C permet, par un jeu de pression et de dépression des fluides, de produire un fluide de chauffage à 80°C.

Sur le plan énergétique, 1 kW d’électricité utilisé par les pompes à chaleur permet de fournir 4,5 kW de chaleur au réseau. L’eau de mer, refroidie de quelques degrés, est ensuite rejetée en mer. La chaleur produite est distribuée via un réseau urbain distinct de celui de l’eau de mer, composé de deux conduites : l’une transporte l’eau chaude vers le centre-ville, l’autre assure le retour de l’eau refroidie. Ce réseau alimente plusieurs bâtiments, dont l’hôtel de ville, la piscine du Remblai, le centre des congrès, un collège et des bâtiments privés.

Comment expliquez-vous votre solution et la valeur qu’elle apporte à un profane ?

Tout en protégeant le littoral contre les risques d’érosion, nous proposons de mettre la plage au service de l’environnement et de la ville. La combinaison d’Ecoplage et Enerplage produit une eau de mer filtrée valorisable pour sa chaleur ou pour alimenter des équipements : piscine, aquariums, thalassothérapie. Pour la collectivité, ce dispositif permet de limiter les émissions de gaz à effet de serre, de réduire le recours aux énergies fossiles importées et d’améliorer l’efficacité énergétique des infrastructures locales, tout en valorisant une ressource locale et renouvelable.

Quels sont les principaux prérequis à maîtriser avant de se lancer dans un tel projet ?

Il est nécessaire de mener à la fois des études géotechniques pour adapter le système au site et des études éco-énergétiques concernant la valorisation des calories à proximité.

Par ailleurs, compte tenu des coûts, le montage financier est primordial et les soutiens publics sont indispensables. Pour le projet aux Sables d’Olonne, le budget s’élève à 8,42 millions d’euros. L’ADEME a contribué au financement à hauteur de 45%, soit 3,788 millions d’euros et l’Europe à hauteur de 10%.

Quel conseil donneriez-vous à une collectivité qui souhaiterait réaliser ce type de projet ?

Pour mettre en place un réseau de chaleur, il est essentiel d’identifier en amont les futurs acheteurs de l’énergie produite. Lorsqu’il s’agit d’alimenter des bâtiments publics, cette démarche est relativement simple. Le réseau peut également concerner des bâtiments privés, à condition toutefois qu’ils soient équipés d’une chaudière centrale, ce qui est rare en zone littorale. En effet, la forte proportion de résidences secondaires sur la côte se traduit souvent par un moindre investissement dans ce type d’équipement. Aux Sables d’Olonne, trois résidences, situées à proximité du front de mer, ont néanmoins pu être raccordées.
Ce travail d’identification préalable des utilisateurs potentiels du réseau de chaleur contribue à raccourcir le délai de retour sur investissement. Aux Sables d’Olonne, celui-ci est estimé à environ dix ans.

Avez-vous des résultats concrets à fournir sur le projet ?

Avant 1999, le haut de plage perdait en moyenne une trentaine de centimètres de sable chaque année, soit environ 1 000 m³ de sable emportés. Grâce au dispositif Ecoplage, aucun rechargement de sable n’a été nécessaire depuis 25 ans. Son efficacité est d’ailleurs visible : dès l’arrêt des pompes (pour des questions de maintenance par exemple), l’eau réapparaît en surface de la plage.

La piscine du Remblai est déjà alimentée en eau de mer à partir de l’eau drainée. Le premier segment de réseau de chaleur a été créé et la chaufferie sera fonctionnelle au printemps 2026. Le système atteindra ensuite son plein régime à l’hiver 2026-2027, en assurant le chauffage de dix bâtiments.

Plus largement, quelle est l’actualité de votre société sur la thématique des projets eau ?

Sur ce sujet des réseaux de chaleur, nous avons été sollicités par des communes du Sud-Ouest de la France. Plusieurs communes des Pays de la Loire sont venues voir le chantier des Sables d’Olonne.

Concernant l’eau potable, une station balnéaire au Sénégal nous a fait étudier l’installation d’un système pour alimenter des unités de dessalement d’eau de mer pour produire de l’eau potable.

D’après votre expérience, quelle est la durée moyenne de ce type de projet ?

Depuis les études techniques jusqu’à la réalisation, le déploiement du dispositif Ecoplage demande environ 5 ans et le système Enerplage environ 3 ans. Cela inclut également les temps d’échanges avec la collectivité et avec les parties prenantes concernées, notamment les acheteurs de l’énergie produite.

Le projet en détails

Dates clés

  1. Mars 2024

    Début des travaux

  2. Juin 2025

    Raccordement de la piscine du remblai pour son approvisionnement en eau de mer

  3. 2024 - 2025

    Création du premier réseau pour 10 bâtiments

  4. Avril à Septembre 2026

    Mise en service, avec raccordement de 10 bâtiments

Chiffres clés

  • 1200 kw

    la Puissance installée (600 Kw par pompe)

  • 5GW/an

    la chaleur renouvelable produite

  • 3,3 km

    la longueur du réseau de chaleur urbain

À retenir

  • L’articulation des deux dispositifs produit un projet particulièrement complet dans le cas des Sables d’Olonne, avec à la fois la réutilisation pour la piscine et l’alimentation du réseau de chaleur

  • Il présente simultanément une haute valeur environnementale, avec une économie de 1000t/CO2 par an, et un intérêt économique au regard du coût de l’énergie

  • Il s’agit d’un projet ambitieux qu’une collectivité peut difficilement porter seule compte tenu de la contrainte financière. Cela nécessite donc d’aller rechercher des subventions auprès d’acteurs publics tels que l’Europe et l’ADEME

Les partenaires du projet

Aucun partenaire pour le moment.

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