Inspection robotisée des canalisations pour Vendée Eau (85)
Parole d'entreprise
Pour vous inspirer, Aquagir donne la parole aux entreprises qui accompagnent les collectivités dans leurs projets de gestion de l’eau
ACWA Robotics a accompagné le syndicat des eaux de Vendée (Vendée Eau) dans l’inspection de 3 kilomètres de canalisations, à l’aide d’un robot de pointe.
Capable d’évoluer en toute autonomie, il utilise des technologies acoustique et d’ultrasons pour détecter les différents problèmes pouvant affecter les tuyaux : fuites, corrosion, perte d’épaisseur. De quoi permettre de réaliser des dizaines de milliers d’euros d’économie, en cas de renouvellement non-efficient, c'est-à-dire qui aurait pu être évité.
Le robot a reçu de nombreux prix, étant salué comme une innovation majeure.
Le robot Pathfinder, capable d’avancer en toute autonomie et d’évoluer dans les coudes – Crédit photo : ACWA Robotics
L'âge d'une canalisation n'est pas forcément un signe d'obsolescence. La seule façon de connaître son état réel est de collecter des données à l'intérieur du réseau.
L'interview
Pouvez-vous nous parler du projet que vous avez mené pour le syndicat Vendée Eaux ?
En septembre 2025, nous avons accompagné Vendée Eau sur l’inspection d’une conduite stratégique reliant deux usines de traitement d'eau potable. Cette canalisation, âgée de plusieurs décennies, s'étend sur environ huit kilomètres. Le syndicat souhaitait déterminer s'il était nécessaire de la renouveler ou de la doubler afin de sécuriser l'alimentation en eau.
Pour répondre à cette question, nous avons inspecté trois kilomètres de réseau, répartis en deux missions distinctes de deux kilomètres puis d'un kilomètre. Vendée Eau a créé un point d'accès spécifique afin de permettre l'introduction de notre robot dans la canalisation en charge, sans interrompre le service.
Au cours de son parcours, notre robot collecte différents types de données : il enregistre des images en haute définition et des vidéos de l'intérieur de la conduite, mesure l'épaisseur résiduelle des parois grâce à des capteurs à ultrasons et intègre également un système acoustique permettant de détecter d'éventuelles fuites. Toutes ces informations sont compilées après l’inspection afin d'obtenir une vision précise de l'état de l'infrastructure.
Cette mission nous a également permis de cartographier avec précision la canalisation. Sur des réseaux construits il y a 60 ou 70 ans, les plans sont parfois incomplets ou imprécis. Grâce à nos technologies de localisation embarquées, nous sommes capables de reconstituer très précisément le parcours du robot et donc celui de la conduite, sans recourir au GPS qui ne fonctionne pas dans ce type d'environnement.
À l'issue de l'inspection, le robot revient à son point d'entrée. Les données sont ensuite analysées par nos équipes qui produisent un rapport synthétique destiné aux exploitants et aux décideurs.
Dans le cas de Vendée Eau, les conclusions ont montré que la canalisation était globalement en bon état. Quelques équipements nécessitaient un remplacement, mais aucun renouvellement complet n’apparaissait nécessaire à court terme. Selon les estimations du syndicat, cette connaissance de l'état réel de l'ouvrage a pu permettre d’économiser entre 600 000 et 700 000 euros de dépenses qui auraient pu être engagées de manière préventive.
Comment le projet s’est-il imposé à l’agenda de Vendée Eau ?
La question de départ était simple : fallait-il renouveler cette canalisation ou la doubler ? Dans ce cas de figure, cela dépendait de l’état de la canalisation que nous inspections : trop détériorée, il aurait fallu la renouveler et en profiter pour agrandir sa capacité ; en relativement bon état comme nous l’avons trouvée, il suffisait alors de la doubler par une autre canalisation. L'objectif de notre intervention était justement d'apporter des éléments factuels permettant de prendre la bonne décision technique et financière.
Quels conseils donneriez-vous à une collectivité pour la gestion des sujets de pollution de l’eau ?
Notre conseil serait de s'inscrire dans une véritable démarche de gestion patrimoniale : la connaissance de son réseau constitue le point de départ de toute stratégie de long terme. Cela suppose notamment de disposer d'une bonne sectorisation du réseau ; de mettre en place des outils de surveillance permettant de détecter les fuites et de suivre régulièrement les performances du service. Une fois ce premier niveau de connaissance acquis, il devient possible d'identifier les ouvrages les plus critiques et de concentrer les moyens là où ils sont réellement nécessaires.
Notre intervention s'inscrit dans cette logique globale, en tant qu’étape à forte valeur ajoutée. Nous apportons un niveau de connaissance supplémentaire sur des canalisations stratégiques, celles dont la défaillance pourrait avoir des conséquences importantes pour le service public de l'eau. Les collectivités les plus avancées dans leur gestion patrimoniale atteignent souvent un niveau de performance élevé. Pour continuer à progresser, elles ont besoin d'informations beaucoup plus précises sur l'état réel de leurs infrastructures. C'est précisément la valeur que nous apportons.
Savez-vous si la collectivité, dans le cas cité, s’est assurée de l’adhésion des citoyens ?
Vendée Eau a bien sûr communiqué sur les opérations d’inspection en cours sur le réseau, mais je tenais ici à souligner un point qui me paraît extrêmement important : les usagers mesurent rarement la complexité des infrastructures qui permettent d'amener l'eau potable jusqu'à leur robinet. Pourtant, derrière ce service qui paraît évident, il existe des réseaux parfois très anciens qui nécessitent des investissements importants pour être maintenus en bon état : la gestion patrimoniale représente un coût et soulève inévitablement la question du prix de l'eau. En France, cette question est parfois sensible alors que le mètre-cube d’eau revient en moyenne à 4€, contre 8€dans des pays comme le Danemark.
Pourtant, lorsque les enjeux sont clairement expliqués, les citoyens comprennent généralement la nécessité d'entretenir et de moderniser les infrastructures. Il existe donc un véritable travail de pédagogie à mener pour faire comprendre que la préservation du patrimoine d'eau potable est un investissement indispensable pour garantir la qualité et la continuité du service.
Quels ont été les résultats de ce projet ?
Les résultats sont très satisfaisants. La mission a permis de confirmer le bon état général de la conduite et d'éviter un investissement qui aurait pu s'avérer inutile. Au-delà de l'économie réalisée, l'intérêt est également opérationnel : les travaux de renouvellement de conduites de transport sont particulièrement complexes, notamment lorsqu'ils nécessitent l'ouverture de la chaussée ou l'interruption du service. Pouvoir cibler précisément les interventions réellement nécessaires constitue un gain important pour les collectivités comme pour les entreprises de travaux. Notre approche ouvre également la voie à des solutions de réhabilitation plus ciblées, comme le chemisage de certaines sections de réseau lorsque cela est pertinent.
Au sujet de votre entreprise, pouvez-vous nous résumer en quelques mots le contexte de la création de votre structure ?
ACWA Robotics est née en 2018 du constat que les gestionnaires de réseaux d'eau potable manquent souvent d'informations fiables sur l'état réel de leurs infrastructures. Les réseaux sont enterrés, parfois âgés de plusieurs décennies, et leur renouvellement représente des investissements considérables. Nous sommes partis de l'idée qu'il était nécessaire d'apporter davantage de données objectives aux collectivités afin qu'elles puissent prendre leurs décisions sur la base de l'état réel des ouvrages et non uniquement sur leur ancienneté.
Depuis sa création, notre entreprise a développé le robot autonome Pathfinder, obtenu plusieurs distinctions internationales dont trois Innovation Awards au CES de Las Vegas en 2023, intégré l'incubateur international de l'eau Imagine H2O et réalisé ses premières missions opérationnelles sur les réseaux d'eau potable français.
Quelle est la proposition de valeur de votre structure pour les collectivités ?
Où et quand puis-je renouveler les canalisations critiques ? Notre rôle est d'apporter aux collectivités les données dont elles ont besoin pour gérer leurs infrastructures. La question n'est pas tant la technologie utilisée que la qualité de l'information produite. Grâce à nos inspections, les exploitants savent quelles canalisations doivent être renouvelées, lesquelles peuvent continuer à être exploitées et où concentrer leurs investissements.
Comment fonctionne votre solution ?
Notre approche consiste avant tout à apporter aux exploitants et aux collectivités les informations dont ils ont besoin pour gérer leur patrimoine de manière éclairée. Une mission débute toujours par la compréhension du besoin du client, de son réseau et des enjeux associés à la conduite concernée. Nous définissons ensuite les données à collecter afin de répondre à ses questions : localisation précise de l'ouvrage, état structurel de la canalisation, présence éventuelle de défauts ou encore caractéristiques hydrauliques.
Nous réalisons alors l'inspection de la conduite en service, sans interrompre la distribution d'eau aux usagers. Les données recueillies sont ensuite analysées et croisées afin de produire une vision complète de l'infrastructure inspectée. L'objectif est de transformer ces informations techniques en éléments d'aide à la décision directement exploitables par les gestionnaires.