Le syndicat mixte Confluence Eaux (23) a réalisé une interconnexion avec le SIVOM Rive Gauche du Cher
Face aux problèmes quantitatifs et qualitatifs liés à l’eau sur son territoire, Confluence Eaux, le syndicat mixte en charge de produire et distribuer l’eau potable à 11 420 abonnés sur 35 communes du nord-est de la Creuse, a réalisé une interconnexion avec le SIVOM Rive Gauche du Cher via le Syndicat Mixte des Eaux de l’Allier.
Achevé en 2025, le projet a consisté à créer 34 kilomètres de nouvelles canalisations traversant deux départements et deux régions distinctes, permettant ainsi un partage sécurisé de la ressource.
D’un coût total de 8,5 millions d’euros TTC, cette interconnexion a été financée à 70 % par l’Agence de l’Eau Loire-Bretagne, à 10 % par le Conseil départemental de la Creuse, et complétée par l’État via la DETR, atteignant ainsi le plafond de 80 % de financement public autorisé.






Entretien avec Danielle Montagne, Directrice Générale des Services Syndicat Mixte Confluence Eaux
Ce projet est présenté par :
- Danielle Montagne, Directrice Générale des Services Syndicat Mixte Confluence Eaux
Parole de collectivité
Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, aquagir part à la rencontre d'élus et de porteurs de projets qui sont passés à l'action
Comment le sujet s’est-il imposé à l’agenda du syndicat Mixte Confluence Eaux ?
Le Syndicat Mixte Confluence Eaux a émergé de la fusion de plusieurs entités, à savoir le SIAEP du Bassin de Gouzon, le SIAEP de la Région de Boussac, la dissolution du SIAEP Evaux-Chambon Budelière et la fusion du SIAEP des 2 Sources. L'ex-SIAEP du Bassin de Gouzon rencontrait des difficultés quantitatives dues à la baisse de la productivité de ses forages, notamment de son puits principal, ainsi que des problèmes qualitatifs liés à la radioactivité naturelle des eaux, qui dépassait les seuils de qualité établis.
À cette époque, l'utilisation de cette ressource était encore tolérée par les autorités sanitaires malgré ces dépassements. L'ex-SIAEP de la Région de Boussac, quant à lui, faisait face à des problèmes de qualité liés à la présence de métabolites de pesticides dans l'eau, et en 2019, des cyanobactéries s'étaient développées dans la retenue des Martinats, la principale source de ce syndicat, qui ne disposait d'aucune sécurisation de la ressource.
L’interconnexion entre les départements de l’Allier et de la Creuse, reliant le SIVOM Rive Gauche du Cher via le SMEA (le syndicat mixte des Eaux de l’Allier) et le syndicat Confluence Eaux, permet de protéger la qualité de l’eau distribuée aux abonnés et d’assurer leur sécurité sanitaire. De plus, elle facilite l'adaptation au changement climatique car elle garantit une continuité de l'alimentation en eau potable, même en période de sécheresse. Cet aménagement écologique illustre une approche responsable de la gestion de l’eau en anticipant les défis climatiques et environnementaux futurs.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Nous nous sommes inspirés de l'Allier où tous les syndicats d'eau potable sont interconnectés entre eux, ce qui n'était pas le cas en Creuse. Cette organisation leur permettait de se relayer en cas de difficulté, une souplesse dont nous ne disposions pas.
En 2003 et 2019, les épisodes de sécheresse nous ont contraints au citernage. Les services ont dû orchestrer une logistique lourde : mobilisation des équipes, rotations nocturnes, et gestions de situations de crises très tendues. Nous avions besoin d'une solution plus pérenne.
Face à nos problématiques, le SMEA via le SIVOM Rive Gauche du Cher nous ont proposé un appui structurant : fournir de l'eau au territoire. De là est né ce projet d’interconnexion. De nombreux travaux ont été réalisés. Le SIVOM Rive Gauche du Cher a dû doubler son réservoir. Des changements de canalisations ont été effectués sur les deux territoires. Soit la création de 29 kilomètres de réseau. Concrètement, l’eau quitte le réservoir des Carolles (SIVOM Rive Gauche du Cher), transite par Mervéranges (commune de Boussac), rejoint Ventenat, sur la commune de Trois Fonds, avant d'être distribuée à nos abonnés.
Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou co construit avec eux ?
Effectivement, un projet de cette nature exige de nombreuses compétences techniques et réglementaires. Dès lors qu'il s'agit d'eau destinée à la consommation humaine, le cadre légal est très strict. Initialement, nous avions envisagé de développer de nouvelles ressources, mais cette piste a été abandonnée en raison des problèmes de radioactivité.
Cette contrainte a rendu l'interconnexion incontournable. Tout au long du projet, l’Etat et l’ARS nous ont accompagnés afin que tout soit réalisé dans le respect des exigences sanitaires.
Quant à la concertation, elle a été limitée par l'urgence de la situation. Il fallait agir vite. Aucune enquête n'a été menée, mais les abonnés n’ont constaté aucune différence sur la qualité de l'eau. Une communication leur a été adressée pour expliquer la mise en place de l'interconnexion, afin de leur garantir une eau de bonne qualité et en quantité suffisante.
Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?
L'interconnexion a été mise en service en 2025, mais les études de faisabilité ont été lancées bien plus tôt. Cela fait plus de vingt ans que nous réfléchissons à ce projet. Une première étude de faisabilité, confiée au cabinet Larbre et conduite avec les financeurs, a permis de vérifier la viabilité technique et économique de l'opération. Mais ce premier feu vert n'a pas suffi. Il restait encore plusieurs étapes à valider.
Il a fallu réaliser des études car nous devions intervenir dans des cours d’eau et sous une ligne SNCF. Chaque passage nécessitait l’obtention de conventions. A cela s'est ajoutée la question du financement. Nous avons dû attendre 2020, date de validation du schéma départemental de l’eau potable, pour obtenir les financements nécessaires à ce projet.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?
Le coût total de l’interconnexion s'élève à 12M€ TTC, répartis entre plusieurs collectivités de Creuse et de l’Allier. Sur la seule partie creusoise, évaluée à 8,75M€ HT, le syndicat mixte Confluence Eaux a bénéficié d'aides financières de la part de l’Agence de l’Eau Loire-Bretagne, qui a financé entre 60 et 70% du projet (soit 5 128 197 €) ; de l’État via la DETR (Dotation d'Équipements des Territoires Ruraux) pour un montant de 1 142 806 € et du Conseil Départemental de la Creuse avec une aide de 934 600 €.
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
Outre le Cabinet d’études Larbre, plusieurs entreprises de travaux publics ont été mobilisées. Le marché a été attribué à l''entreprise ALZIN pour les lots 1 et 2 tandis que les lots 2 et 3 ont été confiés aux groupements EBL/SOGEA - MIGLIORI - TPCRB- TRULLEN.
Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?
D'abord, définir précisément ses besoins: rencontre-t-il des difficultés pour distribuer de l'eau en bonne qualité et en quantité suffisante ? Ensuite, explorer les différents scénarios possibles pour déterminer la meilleure stratégie pour son territoire.
Profitez d’une offre de financement des projets en faveur de l’environnement : gestion de l’eau, etc.
Le projet en détails
Dates clés
2020-2021
2023
2025
2026
Chiffres clés
11 420
12 000 000
29 000
À retenir
Il y a eu une solidarité entre les territoires qui a permis de mutualiser les ressources pour éviter que la population ne subisse des pénuries
À l’été 2025, aucune coupure d’eau potable liée à la sécheresse sur le territoire de Confluence Eaux
Les difficultés concernaient principalement les passages sous la voie ferrée et le travail entre deux départements de deux régions distinctes
Ressources
Pourquoi certains habitants de la Creuse boivent désormais de l'eau de l'Allier
La Montagne
Les grands chantiers du syndicat Confluence Eaux pour réduire sa consommation
La Montagne
Les partenaires de ce projet

Agence de l'eau Loire-Bretagne
DETR

Creuse Département
Les acteurs de la filière eau impliqués dans ce projet
En savoir plus sur le Syndicat Mixte Confluence Eaux
communes couvertes
Données de contact
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