DISTRIBUTION DE L’EAU

Renouvellement de canalisation à Blaisy-Bas (21) : quand une fuite devient une opportunité

Parole de collectivité

Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, Aquagir part à la rencontre d’élus et de porteurs de projets qui sont passés à l’action

Face à une fuite de 5 m³/h sur une canalisation d’eau potable des années 70, la Communauté de Communes Ouche et Montagne (21) a saisi l'opportunité pour repenser entièrement son réseau à Blaisy-Bas.

Remplacement de conduite, suppression d'un réservoir, création d'un by-pass : des travaux simples, bien préparés, menés sans technicité excessive. Repositionner la conduite sur le chemin d'accès, anticiper les points de coupure, préserver la continuité de service : autant de réflexes qui font qu'un chantier contraint devient un réseau mieux exploitable.

Derrière ce chantier, une ambition plus large, celle d'une régie qui reprend la main sur son patrimoine après des décennies de sous-investissement.

Ce qui fait la réussite d'un chantier, ce n'est pas la technicité, c'est la préparation, la planification et les échanges en amont.

Benoît CARITEY, Directeur des Services Techniques de la Communauté de Communes Ouche et Montagne

L'interview

Comment ce projet s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?

Le point de départ des travaux de Blaisy-Bas vient d’une fuite sur une canalisation qui reliait 2 réservoirs à Blaisy-Bas, une perte estimée à 5 m³/h, ce qui représente un volume de 3 500 m³ par mois.

À l’origine, la source alimentait un premier réservoir (appelé le réservoir “haut”) puis l’eau descendait via une canalisation des années 70 dans un deuxième réservoir (réservoir “bas”). Cette conduite se situait dans un talweg, une position difficile d’accès avec beaucoup de végétation.

Nous avons donc profité des travaux pour faire plusieurs opérations en même temps.

D’abord, nous avons remplacé la conduite par une nouvelle canalisation en fonte (DN 125) que nous avons repositionnée sur le chemin d'accès pour d'améliorer l’accessibilité. Nous en avons profité pour poser deux fourreaux (DN 90) en parallèle de la future conduite en réserve pour une future alimentation électrique.

Ensuite, nous avons établi une alimentation directe du réservoir haut en direction de la commune, ce qui nous a permis d'améliorer les temps de séjour de l’eau en supprimant l'alimentation du réservoir bas. Ce dernier a été démantelé et définitivement sorti de l’exploitation de la régie.

Nous avons également créé un by-pass, une dérivation permettant l'alimentation directe de la commune depuis la source, installé un compteur de sortie dans le réservoir “Haut”, simplifié le départ de la distribution et renouvelé les canalisations intérieures détériorées.

La tranchée a été remblayée avec les matériaux extraits du chemin (à l'exception de l'enrobage de la conduite, réalisé en gravellette), pour garantir une remise en état de surface strictement identique à l'existant.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

Ce ne sont pas des dossiers très compliqués. Nous sommes sur des dossiers courants que nous sommes capables de traiter en interne. Recherche de fuite, l’analyse de nos compteurs pour savoir ce qui passe et ce qui se perd, c’est de l’analyse interne, il n'y a rien de technique.

Définir un nouveau tracé, identifier l'impact et le point de raccord, là aussi, on sait faire. Nous ne sommes pas sur un ouvrage complexe qui nécessite une technicité particulière. C'est un domaine de compétence courant, que nous maîtrisons.

Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?

Il faut savoir gérer un marché public, assurer le suivi des travaux et le suivi de chantier, et ça, c'est en interne. Sur ce projet précis, il n'y avait pas d'études hydrauliques complexes ni de compétences pointues requises au-delà de ça. Une bonne préparation, une bonne planification, de bons échanges en amont pour ne rien rater, c'est l'essentiel.

Comment avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou coconstruit avec eux ?

Nous avons travaillé avec la mairie qui a assuré le relais auprès de la population : pourquoi ces travaux, comment ils allaient être réalisés.

C'est ensuite la mairie qui choisit les canaux de diffusion adaptés à l'échelle locale. Sur site, on a aussi installé un panneau de chantier pour informer directement les riverains et les usagers en périphérie des travaux.

Il faut replacer ça dans un contexte plus large. En 2020, la concession arrivait à terme avec le délégataire en place. Les élus ont alors souhaité reprendre la main en constituant une régie, afin d'avoir une vraie maîtrise du réseau d'eau potable. Malheureusement, 30 ou 40 ans de sous-investissement se traduisent forcément par des besoins importants. Cette situation s'est également traduite par une tarification de l'eau relativement basse. Le fonctionnement courant était assuré, mais il n'y avait pas forcément de planification des investissements ni de renouvellement des équipements sur le long terme.

Aussi, pour financer l'ensemble de ces travaux, au-delà de la recherche de subventions et d'autres financements possibles, une harmonisation des tarifs a été mise en place sur le territoire. C’est vrai que certains usagers ont vu leur tarif augmenter, ce qui a provoqué des réticences. Mais nous avons fait des réunions publiques, des portes ouvertes, pour expliquer que l'argent récolté n'allait pas au fonctionnement, qu’il était vraiment ciblé sur l'investissement. Aujourd'hui, les élus et les habitants commencent à mesurer le travail accompli. Cela ne plaît à personne de payer plus, mais c'est notre rôle de ne pas leur mentir, et finalement, beaucoup sont surpris de constater l'importance des travaux réalisés.

Avez-vous mené une étude pour définir son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?

Ce travail s'est fait en interne. Nous n’avons pas commandé d’étude formelle : nous avons regardé ce qu'on pouvait faire, analysé les avantages qu'on pouvait en tirer, et on a avancé à partir de là. Au-delà de la fuite à réparer, les gains en termes d'accessibilité et d'exploitation du réseau étaient évidents.

D'une manière générale, quand on refait un réseau, des extensions ou des modifications, on essaie de réfléchir à l'avenir : est-ce qu’un lotissement va se construire ? Typiquement, cela fait partie des points discutés avec les mairies pour avoir une vision globale et pouvoir anticiper.

D'une manière générale, nous essayons d'augmenter les ouvrages présents sur les réseaux pour faciliter la sectorisation. Sur certaines communes, si on doit intervenir aujourd'hui, on est quasiment obligé de couper l'eau à tout le monde faute d'ouvrages intermédiaires.

Alors quand on recrée un réseau, on se pose toujours la question d’ajouter des vannes pour maintenir la continuité de service. Nous réfléchissons aussi en termes d'exploitation à tout ce qui peut faciliter le travail des agents sur le terrain.

Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées et obtenues ?

Le coût total global de cette opération spécifique s'élève à 58 957,50 € HT.

Le financement de ces travaux a été exclusivement porté par des subventions de la DETR (Dotation d'Équipement des Territoires Ruraux), obtenues au titre du dossier global « Travaux AEP 2023 » à hauteur d’un taux de 20 %.

Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

Pour les travaux, nous sous-traitons, la régie ne fait pas de travaux en interne. Nous nous concentrons sur notre cœur de métier qui est la gestion des équipements, la maintenance et l’entretien. Pour tout ce qui relève du chantier, nous faisons appel à des prestataires. Un appel d'offres a été lancé, remporté par l'entreprise NGE antenne Dijon, qui a réalisé l'ensemble du chantier.

Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?

C'est de bien étudier l'impact et les besoins. Je prends un exemple concret. Actuellement, nous préparons notre programme de travaux 2026 : 1,5 million de travaux de chantier sur les canalisations de transport. Nous avons lancé toutes les études préalables, de la recherche d'amiante dans les enrobés, aux sondages géologiques, nous faisons tout ce qui est nécessaire pour préparer le dossier.

Et une des premières étapes que je mène, c'est de rencontrer le département et les mairies concernées pour voir si mon chantier peut s'inscrire dans une démarche globale, s'il y a une concomitance ou des problématiques particulières.

Plus un chantier est bien préparé en amont, réfléchi et discuté avec tous les acteurs locaux, plus on a de chances qu'il aboutisse.

Le projet en détails

Dates clés

  1. Janvier - mars 2023

    Études de travaux

  2. Mars - juin 2023

    Consultation des entreprises et analyse des offres

  3. Juillet 2023

    Constat des défauts sur le réseau de Blaisy-Bas et étude de la solution technique à mettre en œuvre

  4. Août - Septembre 2023

    Réalisation des travaux sur site

Chiffres clés

  • 58 957,50

    euros, le coût HT de l'opération

  • 5

    m³/h de fuite

À retenir

  • Amélioration de la situation avec la création d’un Bypass

  • Amélioration du taux de renouvellement de l’eau dans les réseaux grâce à la suppression d’un réservoir

  • Chantier compliqué car l’accès était difficile

Les partenaires du projet

  • DETR

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