Saint-Germain-près-Herment (63) : 64 habitants et des investissements conséquents pour sécuriser la distribution d’eau potable
À Saint-Germain-près-Herment dans le Puy-de-Dôme, l’eau, très peu minéralisée, est très agressive pour les tuyaux. Avec le temps, les canalisations se sont obstruées, bouchées par de la boue et de la rouille. Au bout du réseau de distribution, les usagers disposaient d’un débit très faible.
Résolue à régler le problème, et pour préparer l’avenir, la commune a remplacé une partie de ses conduites et construit un château d’eau. Un choix coûteux, que les élus ont décidé de financer par, notamment, une hausse du prix de l’eau. Une augmentation bien acceptée, qu’il a fallu parfois expliquer aux usagers.
Devant la mairie de Saint-Germain-près-Herment, un champ où le foin vient d’être mis en balles - Crédits photo : Banque des Territoires
Pendant des années, nous n’avons pas augmenté le prix de l’eau, par crainte d’assommer les gens, mais c’est une certainement une erreur car il faut investir tout le temps. La durée de vie des tuyaux n’est pas éternelle, lorsqu’un emprunt est terminé il est presque déjà nécessaire de recommencer. J’exagère ici, mais à peine !
Comment ce projet de renouvellement des conduites et de construction d’un château d’eau s’est‐il imposé à l’agenda de votre commune ?
Nous avons beau être situés dans le réservoir de la France, nous avons connu en 2020, 2021 et 2022 trois épisodes consécutifs de sécheresse. Mais déjà, en 2008, notre système avait commencé à montrer ses limites, avec l’arrivée sur la commune d’une usine de production de granulés de bois. Ponctuellement, l’usine prélève massivement de l’eau. Pour que les abonnés situés derrière elle sur le réseau conservent du débit, nous avons opté pour la construction d’un deuxième château d’eau, en même temps que le renouvellement des canalisations.
Outre l’obstruction des conduites par la boue et la rouille, nous avions des problèmes de fuites récurrents, car la fonte en vieillissant brise comme du verre. Or la disponibilité de l’eau ne va pas aller en s’arrangeant : nous ne pouvons pas nous permettre d’en perdre. Aussi, nous avons profité de ces travaux pour équiper les châteaux d’eau de capteur de débit. Nous mesurons ce qui rentre, ce qui sort, nous pouvons ainsi identifier les fuites potentielles sur le réseau. Quand le débit nocturne en sortie de château d’eau n’est pas à zéro, cela signifie qu’il y a une fuite quelque part !
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Nous travaillons beaucoup avec l’entreprise de travaux publics Lemonnier, qui nous a donné quelques conseils.
Le cabinet Safège nous a aussi accompagnés.
Est‐ce qu’une étude de faisabilité et/ou d’impact a été réalisée sur ce projet ?
Le diagnostic du schéma d’eau potable réalisé en 2010 par le cabinet C2EA mettait en évidence ces problèmes d’approvisionnement en eau et d’eau rouillée. Nous travaillons maintenant avec le cabinet Safège pour la réalisation du nouveau diagnostic, commencé en 2023. Non seulement le diagnostic conditionne l’obtention des aides et des subventions, mais aussi il permet d’avoir une photo du réseau.
Concernant les compétences, quels sont les principaux sujets à maîtriser avant de se lancer dans un tel projet ?
Il faut une très bonne connaissance de son réseau. Et ça n’est pas une chose évidente !
Mon grand-père était maire de la commune de 1947 à 2003. Il connaissait le réseau par cœur. Quand il est parti, cette connaissance fine est partie avec lui. L’équipe municipale de l’époque a passé tout le mandat suivant à repérer les vannes puis reporter, à la main, leurs emplacements sur les cartes. Nous sommes par la suite passés à une cartographie numérique. Le maire qui a pris ça en charge s’en est occupé de 2017 à 2020, il a utilisé un système open source, que nous continuons à utiliser et mettre à jour aujourd’hui.
Lors de la phase de diagnostic et de planification, comment la collectivité a‐t‐elle assuré le bon dimensionnement du projet et l’adhésion des citoyens ?
Pour le dimensionnement, nous avons repris le schéma existant, nous n’avons rien inventé ! D’autant que depuis 1961, date de réalisation du réseau, nous avons connu tout de même un exode rural. Il y a donc moins de monde à approvisionner. Pour ce qui concerne l’acceptation de l’augmentation du prix de l’eau, nous avons eu quelques réflexions sur le fait que l’eau du robinet est de couleur orangée, alors que les gens la paient plus cher. Il suffit alors d’expliquer que sans ces travaux, financés notamment par l’augmentation du prix de l’eau, ce serait pire ! Et tout le monde comprend bien cela. Nous avons en effet augmenté le prix de l’eau, passant de 1 euro le mètre cube à 1,30 euro. Nous avons aussi augmenté le prix de l’abonnement, tout en faisant attention à ne pas trop élever ce prix, pour ne pas pénaliser ceux qui consomment peu d’eau et ont peu de moyens.
Comment avez-vous financé ce projet et quelles sont les aides sollicitées/obtenues ?
Le nouveau château d’eau a coûté 270 000 euros. Nous avons une part d’autofinancement de 60 %, répartie entre un prêt de 110 000 euros sur 25 ans et une subvention issue du budget communal. Le reste a été pris en charge par le département du Puy-de-Dôme et par l’agence de l’eau Loire-Bretagne pour la partie « conduites et adduction ». Le renouvellement des conduites et de l’adduction a été réalisé en deux phases. La première a coûté 220 000 euros, la deuxième, qui est toujours en cours, coûte 180 000 euros. Là, l’autofinancement est de 30 à 35 % du montant global.
La question du financement est compliquée, car les règles de la comptabilité des communes pour les investissements relatifs à l’eau limitent notre marge de manœuvre.
Pendant des années, nous n’avons pas augmenté le prix de l’eau, par crainte d’assommer les gens, mais c’est certainement une erreur car il faut investir tout le temps. La durée de vie des tuyaux n’est pas éternelle, lorsqu’un emprunt est terminé il est presque déjà nécessaire de recommencer. J’exagère ici, mais à peine !
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
Les acteurs qui nous ont accompagnés pour ces travaux sont l’agence de l’eau Loire-Bretagne, la Safege pour les études, et les entreprises Le Monnier, Besançon et Lyaudet pour les travaux publics.