L’île de Porquerolles (83) sécurise son alimentation en eau potable grâce à une conduite sous-marine
Inaugurée le 24 mai 2024, la conduite sous-marine d’alimentation en eau potable reliant la presqu’île de Giens à l’île de Porquerolles sur la Commune de Hyères (Var), constitue un ouvrage stratégique pour la Métropole Toulon Provence Méditerranée.
Longue de 5,2 km, cette canalisation de 200 mm de diamètre permet d’acheminer jusqu’à 800 m³ d’eau par jour en période de pointe estivale depuis la nappe alluviale du Gapeau à Hyères.
Fonctionnant de manière gravitaire depuis le continent, elle complète les ressources locales de l’île, tout en préservant les nappes souterraines et les milieux marins remarquables.
Conduite d’eau potable sous-marine reliant Hyères (sur le continent) à l’île de Porquerolles pour sécuriser l’approvisionnement dans des conditions sanitaires et environnementales optimales - Crédits photo : PASTOR/TPM
Cette conduite sous-marine garantit la continuité du service public de l’eau et répond à un enjeu sanitaire majeur à Porquerolles.
L'interview
Comment le sujet s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?
La question de l’alimentation en eau potable de Porquerolles s’est imposée progressivement comme un enjeu majeur, puis comme une urgence. L’île compte environ 350 habitants permanents, pour lesquels les ressources souterraines locales suffisent en période hivernale. En revanche, elle est insuffisante lorsque la fréquentation estivale augmente, avec des consommations de l’ordre de 800 m³ par jour (10 à 15 000 visiteurs/jour en période estivale).
L’exploitation des nappes souterraines locales a entraîné un phénomène de salinisation renforcé par l’augmentation du niveau de la mer, liée à l’intrusion du biseau salé lorsque le niveau de la nappe descend en dessous de celui de la mer. Dans ce contexte de changement climatique, la Métropole TPM et la Ville d’Hyères ont fait le choix d’une solution structurelle et durable, permettant de sécuriser l’approvisionnement sans encourager le développement de l’île, mais en préservant son identité et son patrimoine naturel exceptionnel.
Depuis 2004, la distribution de l’eau sur l’île était compensée en période estivale par des livraisons d’eau potable assurées par un navire-citerne. Ce dispositif présentait cependant plusieurs limites : dépendance à un équipement ancien, risque de panne, coûts élevés, émissions de gaz à effet de serre. Les sécheresses répétées et la rupture d’alimentation survenue à l’été 2020 ont révélé la vulnérabilité du système et fait apparaître un risque sanitaire.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Le projet porté par la collectivité s’est appuyé sur les premières réflexions engagées dès les années 80 et proposant la solution d’une conduite sous-marine.
D’autre part, les orientations nationales et européennes en matière de gestion durable de l’eau ont fortement influencé le projet.
La priorité donnée à la préservation des ressources locales, à la sobriété et à la réduction des impacts environnementaux a conduit à privilégier une solution d’interconnexion, fonctionnant en complément des ressources existantes.
Enfin, les échanges techniques avec les services de l’État, les gestionnaires du domaine public maritime, le Parc national de Port-Cros et les partenaires institutionnels ont permis d’affiner le projet et d’intégrer très en amont les contraintes environnementales. Cette phase de maturation a été essentielle pour construire un projet techniquement robuste et juridiquement sécurisé.
Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou coconstruit avec eux ?
Un projet de canalisation sous-marine nécessite la mobilisation de compétences très spécifiques, tant sur le plan technique qu’environnemental et réglementaire. La maîtrise des travaux maritimes, la connaissance fine des écosystèmes marins, ainsi que la gestion des autorisations en sites protégés ont été déterminantes.
La Métropole TPM a également porté une attention particulière à l’information et à la pédagogie auprès des acteurs locaux. Des réunions d’information ont été organisées, notamment à destination des habitants et usagers de l’île. Des échanges réguliers ont eu lieu avec le Parc national de Port-Cros, afin de garantir la compatibilité du projet avec les objectifs de protection du cœur du parc.
Même si un recours contentieux a été engagé par une association environnementale, celui-ci n’a pas conduit à modifier la stratégie de communication de la collectivité. Au contraire, il a conforté la nécessité d’expliquer le projet, les choix techniques et les bénéfices environnementaux à long terme, dans une logique de transparence et de responsabilité.
Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?
Le projet a fait l’objet de près de cinq années d’études préalables, couvrant les aspects environnementaux, sanitaires, techniques et réglementaires.
Une mission d’assistance à maitrise d’ouvrage a permis de retenir la solution la plus pertinente à l’issue d’une analyse multicritères (sur la base de différents scénarios d’approvisionnement : livraison bateau, dessalement, différents tracés et techniques)
Une enquête publique s’est déroulée du 31 janvier au 2 mars 2022, permettant de recueillir les avis et observations du public.
Le dimensionnement de la canalisation a été volontairement limité à 800 m³ par jour, correspondant aux besoins estivaux actuels, afin de ne pas favoriser une augmentation des capacités d’accueil de l’île. Ce choix traduit une volonté politique forte : sécuriser l’existant sans encourager un développement supplémentaire.
Le tracé a été optimisé pour éviter ou réduire au maximum l’impact sur les Herbiers de Posidonies (espèce végétale protégée endémique de la Méditerranée). La conduite est maintenue au fond par des ancrages adaptés aux différents types de substrats et protégée aux points sensibles par des coques en fonte ou en béton. Des suivis environnementaux ont été réalisés tout au long du chantier, notamment sur les espèces protégées identifiées.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?
Le coût total de l’opération s’élève à 4 651 802 € HT.
Le financement a été assuré par un partenariat étroit entre plusieurs acteurs publics :
- Région Sud – CRET : 1 319 172 € (subvention)
- État – DSIL (CMRTE) : 1 000 315 € (subvention)
- Département du Var : 300 000 € (subvention)
- Métropole TPM – autofinancement : 2 032 315 €
Cette mobilisation financière témoigne de la reconnaissance du caractère structurant et exemplaire du projet à l’échelle départementale, régionale et nationale.
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
Le projet a mobilisé un écosystème d’acteurs diversifié :
- Services de l’État,
- Parc national de Port-Cros (Conseil Scientifique et services techniques)
- Entreprises spécialisées en travaux maritimes,
- Maîtrise d’œuvre et assistance à maîtrise d’ouvrage environnementale,
- Délégataire du service de l’eau (SUEZ), notamment pour la continuité du service.
Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?
Un projet de sécurisation de l’eau sur un territoire insulaire ou contraint doit avant tout s’inscrire dans une vision de long terme.
L’anticipation est clé : études environnementales approfondies, dialogue précoce avec les services de l’État et les acteurs locaux, intégration des contraintes réglementaires dès la conception. La pédagogie est également indispensable pour expliquer les choix techniques et rassurer sur les impacts.
Enfin, il est recommandé de penser ces projets comme des briques d’une stratégie globale d’adaptation au changement climatique, intégrant sobriété, diversification des ressources et protection des milieux naturels.