À Bordeaux (33), un îlot de chaleur majeur converti en espace végétal
À Bordeaux Bastide, la nature est en passe de reprendre ses droits dans l’Allée Serr. Longtemps déserté dès que les températures s'élèvent, ce vaste espace minéral, identifié comme un îlot de chaleur majeur, a engagé une première phase de transformation.
Objectif : renaturer progressivement cet espace public et en corriger les excès thermiques.
Un projet urbain vertueux, qui devrait inciter les habitants à se réapproprier ce vaste espace de la rive droite.


Entretien avec Didier Jeanjean, conseiller municipal
Ce projet est présenté par :
- Didier Jeanjean, Conseiller municipal
Parole de collectivité
Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, aquagir part à la rencontre d'élus et de porteurs de projets qui sont passés à l'action
Comment le sujet s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?
Dès notre arrivée à la mairie de Bordeaux, nous avons sollicité l'agence d'urbanisme de Bordeaux pour dresser un inventaire précis des îlots de chaleur. Très vite, il est apparu que l’Allée Serr était l’un des points noirs du territoire. Les quelques arbres présents avaient été plantés dans de très mauvaises conditions, et ne jouaient plus leur rôle de rafraîchissement urbain. Par ailleurs, il s’agit d’un espace public assez vaste, en cœur de ville, largement sous-utilisé. L’été, dès que les températures grimpent, le site est déserté. Tous ces arguments en faisaient un secteur prioritaire, à la fois urgent à traiter et porteur d'un réel potentiel de requalification.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Sur la question des îlots de chaleur, je me suis nourri de retours d'expérience observées à l'étranger et en France, ainsi que de différentes publications et travaux de référence…
Pour l'approche purement technique, nous avons confié le pilotage à des professionnels, en l’occurrence l’Agence d’urbanisme de Bordeaux. Elle nous a accompagnés à partir d'études existantes, en tenant compte des contraintes de faisabilité, du terrain… Nous avons la chance de disposer de services très compétents, capables d'apporter des réponses étayées.
Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou co-construit avec eux ?
Nous n’avons pas eu besoin de faire appel aux citoyens, car ils se sont largement manifestés. Nous avons travaillé main dans la main avec des associations de quartier et des collectifs locaux, et notamment une association de défense des arbres… Nous leur avons présenté un avant-projet leur détaillant les arbres qui allaient être conservés, ceux qui devaient être abattus ou transplantés…
L'enjeu était d'associer, dès l'amont, des collectifs dans le cheminement, qui, habituellement, n'est que technique.
Sur les compétences, évidemment c’est toujours mieux de s’intéresser au cycle de l’eau, mais un élu n’a pas nécessairement à avoir cette connaissance-là. En revanche, il faut savoir s’entourer des bonnes compétences, et assumer de porter une vision politique claire, quitte à ce qu'elle ne fasse pas l'unanimité.
Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?
Une fois le projet politiquement acté, nos équipes ont effectivement mené une étude de faisabilité. Il s'agissait de s’assurer de la réalité opérationnelle du projet, et de sa compatibilité avec notre budget. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’Allée Serr se fera en deux phases.
Aujourd’hui, nous avons traité le terre-plein central. La seconde phase concernera l'ensemble de la partie bitumée. A terme, nous conserverons environ 4 mètres de bitume dédiés à la circulation automobile, complété par de larges trottoirs végétalisés, avec une piste cyclable sous les arbres. Nous conservons la place de la voiture, mais elle se partagera avec d'autres usages.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?
L’opération a été financée dans le cadre du programme "1 Million d’arbres" porté par Bordeaux Métropole, dont l'objectif est de renforcer la végétalisation des villes de la Métropole, dans une optique de lutte contre le réchauffement climatique. Le complément a été assuré par des fonds communaux.
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
Pour conception technique, nous avons travaillé avec la paysagiste Marion Vaconsin. La maîtrise d’œuvre, sur la phase d’étude, a été confiée à SCE. Parmi les autres acteurs figurent les entreprises de voirie NGE/Malet et d’espaces verts Technivert. Par ailleurs nous avons également associé les acteurs locaux « Aux arbres citoyens » et « ACPEL Bastide ».
Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?
Je dirai qu’il faut du courage politique ! Le rafraîchissement d’espace public urbain est, selon moi, la seule solution pour s’adapter aux dérèglements climatiques. Je n’en connais pas d’autres. Mais il faut avoir le courage de porter une vision sur le long terme. La politique est un jeu de temps court, alors que ces sujets-là, par nature, s'inscrivent dans le temps long.
Il faut être capable de se projeter dans vingt ans : imaginer l'allée Serre, quand les arbres formeront un véritable tunnel végétal, avec un petit jardin partagé, des tables d’échecs, un terrain de pétanque…
Accepter de renaturer un espace, c'est aussi accepter de revoir en profondeur notre rapport à l'eau : sans pleine terre, tout finit au caniveau, et l'effort reste vain.
Et, évidemment, il faut être bien conseillé. Nous avons la chance à Bordeaux de bénéficier de l'expertise des services métropolitains, qui sont très compétents. Mais encore faut-il savoir les écouter.
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Le projet en détails
Dates clés
2021
Septembre 2025
Mars 2026
Chiffres clés
7
135
3 500
À retenir
Le premier point positif est le côté social. À terme nous aurons peut-être un petit jardin partagé, nous ferons parfois des extensions d’écoles, qui viendront travailler ici, avec leurs élèves, des tables d’échecs, des terrains de pétanque…
Le second point est bien sûr l'impact environnemental sur le rafraîchissement, sur l’infiltration des eaux et sur la biodiversité. Nous allons voir revenir des papillons, des oiseaux…
Le point négatif réside dans le poids financier, qui est non négligeable pour la collectivité. À Bordeaux, nous avons la chance que le maire accepte de consacrer un budget conséquent aux espaces verts, ce n’est pas le cas partout.
Ressources
Les acteurs de la filière eau impliqués dans ce projet
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Données de contact
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