A Colmar Agglomération (68), des récupérateurs d’eau de pluie à moindre coût pour les habitants
Parole de collectivité
Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, Aquagir part à la rencontre d’élus et de porteurs de projets qui sont passés à l’action
A Colmar Agglomération (68), les habitants peuvent se voir délivrer une cuve de récupération d’eau de pluie à moindre coût : 80% de son prix est pris en charge par la collectivité.
La Colmarienne des Eaux, exploitant des réseaux d’eau et d’assainissement, participe en soutien logistique et technique à l’opération en organisation notamment la récupération des cuves. Les récupérateurs d’eaux pluviales répondent à deux enjeux environnementaux identifiés sur le territoire de Colmar Agglomération : économiser l’eau potable et prévenir la dégradation de l’eau.
Les cuves sont stockées à la Colmarienne des Eaux, en attendant d’être récupérées par les usagers - Crédits photo : Banque des Territoires
Il n’existe pas d’opération parfaite, et l’important est de s’adapter à ses propres contraintes et ressources, pour choisir la meilleure formule.
L'interview
Comment ce projet s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?
Thomas Duhal : A mon arrivée en 2023 au sein de la Colmarienne des Eaux, mon poste incluait déjà une ligne dédiée à la mise en place et au suivi de l’opération, que la collectivité a engagé en 2022. Cette dernière souhaitait répondre à certains objectifs internes de déconnexion du réseau d’assainissement, avec possibilité pour les habitants d’acquérir une cuve de récupération des eaux de pluie et/ou infiltration dans le sol. Nous avons donc opté pour une gamme assez large de cuves proposées aux particuliers, de 300 à 3 000 litres (ce dernier volume étant une cuve enterrée) en différents coloris afin de répondre aux besoins du plus grand nombre. Une douzaine de modèles différents sont proposés, avec un simple questionnaire d’inscription sur notre site internet.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Thomas Duhal : En discutant avec d’autres collectivités ou en observant le même type d’opération sur d’autres secteurs, nous nous sommes aperçus que les formules variaient énormément d’une collectivité à l’autre. Quelle formule mettre en place alors, en terme de livraison ou de stockage des cuves ? En terme de volume proposés ? Nous avons opté pour la formule qui nous semblait la plus pertinente, en concertation avec Colmar Agglomération et nos services : la livraison des cuves sur notre propre parking, la Colmarienne des Eaux étant en charge d’ouvrir des créneaux pour que les habitants viennent récupérer leur cuve. Le paiement se fait à notre accueil, avec un montant correspondant directement à seulement 20% du prix du récupérateur. L’usager reçoit ensuite une facture, et l’opération est donc relativement simple jusqu’à réception de sa preuve de raccordement de la cuve à sa gouttière, via une photographie.
Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou coconstruit avec eux ?
Thomas Duhal : Nous avons mené un vaste sondage en amont de cette opération, réalisé début 2024. Avec des questions très simples, il nous a permis de mieux comprendre les besoins des usagers, de les impliquer dans le processus et d’affiner notre formule. Ce questionnaire nous a permis de récolter plus de 750 réponses, de déterminer si nous allions proposer un modèle de cuve enterrée, des coloris variés, etc. Il a bien sûr commencé indirectement à promouvoir l’opération.
Côté compétences, je dirais que ce type d’opération fait intervenir des compétences politiques (convaincre), techniques (pour la partie cuves), logistiques (pour la partie commande et livraisons) et administratives (mise en place de l’appel d’offre, comptabilité). Enfin, il s’agit d’être à l’écoute des habitants et de ne pas oublier une partie relationnelle à tous les niveaux de l’opération.
Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?
Thomas Duhal : Nous n’avons pas réalisé d’études particulières, mais nous nous sommes surtout appuyés sur le sondage réalisé en 2024, pour nous en tenir au plus près aux besoins des habitants : proposer une vaste gamme de cuves, autoriser les copropriétés à y accéder (en rez-de-jardin, et avec l’accord du syndic une cuve peut être installée), proposer une cuve pour chaque commune de l’Agglomération, fournir de mon côté aux habitants un listing des entreprises en capacité de réaliser le terrassement et l’installation de la cuve enterrée, etc.
Avec ce sondage et les différents moyens de communication traditionnels (bouche à oreille, lettres d’information, site internet, discussions de voisinage, livrets de conseils distribués, etc.), l’opération a commencé à faire parler d’elle et nous avons rapidement reçu les premières commandes.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?
Damien Bedel : L’Agence de l’Eau Rhin-Meuse subventionne à hauteur de 60% l’achat des cuves, et la Région Grand-Est 20%. Le reste à charge de l’usager est donc de 20%.
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
Thomas Duhal : Notre principal partenaire est l’entreprise Eglinsdoerfer, située de surcroît à quelques pas d’ici seulement. Elle nous fournit et nous livre les cuves de récupération, toutes fabriquées en France. Sinon, cette opération est réalisée par Colmar Agglomération avec le soutien technique et logistique de la Colmarienne des Eaux.
Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?
Thomas Duhal : Il n’existe pas d’opération parfaite, et l’important est de s’adapter à ses propres contraintes et ressources, pour choisir la meilleure formule en termes de livraison des cuves, de collecte de l’information, de moyens humains et financiers. Il y a des choix à faire en fonction d’un contexte de ressources au sein de la collectivité, de territoire et d’objectifs, en optant pour ce qui nous semble être le mieux en s’étant bien renseigné sur les fournisseurs, les besoins des usagers, les objectifs de l’opération.