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A Saint Jean Cap Ferrat (06), renaturer la dernière parcelle d’ampleur pour conserver la biodiversité

Dans les Alpes-Maritimes (06) la commune de Saint-Jean-Cap-Ferrat, ancien village de pêcheurs située sur une presqu’île très prisée, a bénéficié d’un concours de circonstances exceptionnel pour pouvoir acquérir la dernière parcelle libre classée en zone naturelle, directement en bordure du littoral.

Dans un contexte immobilier très contraint (il ne reste plus aucun terrain public par ailleurs sur le territoire et le prix du mètre carré est probablement le plus cher de France), la commune s’offre ainsi la possibilité de concilier un projet de développement à destination des générations futures avec la nécessité de protéger son patrimoine naturel unique, et notamment la biodiversité du site.

Sur place, les ruines d’un ancien bâtiment vont ainsi être détruites pour rendre toute sa dimension naturelle au site et une réflexion est actuellement menée pour développer un projet autour de la valorisation de l’agriculture locale, notamment à visée pédagogique. Dans une région de plus en plus soumise à la sécheresse la commune va mettre en place une solution pour capter les eaux de ruissellement et ainsi irriguer les arbres qui seront nouvellement plantés. Un projet de renaturation qui s’inscrit pleinement dans une dynamique pérenne.

Entretien avec Jean-François Dieterich, maire de Saint-Jean-Cap-Ferrat

Parole de collectivité
Jean-François Dieterich, maire de la commune de St-Jean-Cap-Ferrat - Crédits photo : Banque des Territoires
Gestion des eaux pluviales

Ce projet est présenté par :

  • Jean-François Dieterich, maire de Saint-Jean-Cap-Ferrat
Cette parcelle, nous l’avons achetée pour laisser aux générations futures le dernier site de la commune accessible et abritant une biodiversité exceptionnelle.
Jean-François Dieterich

Parole de collectivité

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Comment ce projet s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?

Nous avons été informés par la SAFER (Société d’Aménagement Foncier et d’Etablissement Rural) qu’une parcelle située sur notre commune était en instance d’être vendue. Classée en zone naturelle, c’est la SAFER qui détenait le droit de préemption, c’est donc elle qui en a été informée en premier et qui nous a sollicités car la surface, de 27 795 mètre carrés entièrement plate en bord de mer, représentait une opportunité unique !

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

Il faut savoir que notre commune est située sur une presqu’ile du littoral des Alpes-Maritimes, à quelques kilomètres de Monaco et de la frontières italienne. C’est un ancien village de pêcheurs devenu aujourd’hui un territoire très prisé, un véritable écrin de verdure où l’essentiel du territoire communal est constitué de propriétés privées. Dans ce contexte, nous ne disposons pas de terrain public pour pouvoir envisager le moindre projet. Quand cette opportunité s’est présentée, nous avons dû réagir vite.

Concernant les compétences, quels sont les principaux sujets à maitriser avant de se lancer dans ce projet ?

Ils sont d’ordre juridique et financier.

Nous avons eu des échanges avec la SAFER car c’est elle qui devait acquérir le terrain (classé en zone naturelle) en premier lieu, avant de pouvoir nous le revendre dans la foulée.

Mais nous n’avions pas les fonds suffisants pour pouvoir l’acquérir. Nous avons donc fait appel à la Banque des Territoires pour nous accompagner dans ce financement. Il a pu se faire grâce à un prêt sur trente ans intitulé « Gaïa sobriété foncière », un dispositif spécifique dédié à la sobriété foncière et la désartificialisation des sols. Le projet rentrait parfaitement dans ce cadre, car il a vocation à valoriser le caractère naturel du site.

Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ?  Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?

Clairement, dans notre situation, une opportunité comme celle-là, ne se représente pas deux fois. Il s’agit de la dernière parcelle de terrain plat sur la totalité de la superficie de la commune. Elle représente 1% de la surface totale de la commune. Historiquement, la parcelle, qui était constituée de roches, a servi de carrière pour la création du port de Monaco au début du siècle dernier. C’est la raison pour laquelle le site est baptisé « La Carrière ». Aujourd’hui c’est une zone naturelle protégée non constructible qui est soumise à pratiquement toutes les règlementations : celles du Conservatoire du littoral, parcelle classée Espace Naturel Remarquable, à proximité d’un site classé (le sémaphore de St-Jean-Cap-Ferrat) donc soumis aux autorisations de l’architecte des bâtiments de France…etc.

Le cahier des charges du projet que nous développons doit impérativement entrer dans le cadre du plan local d’urbanisme. Notre marge de manœuvre est donc étroite.

Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet, et avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens ou co-construit avec eux ?

L’idée est d’offrir un espace de renaturation qui puisse accueillir plusieurs projets, pour lesquels nous sommes encore en réflexion. Le site, sur lequel pousse une végétation exceptionnelle composée de pins, chênes et oliviers ne doit pas être dénaturé. Nous souhaitons composer avec l’existant afin de le mettre en valeur. Il y a une idée autour de l’huile d’olive que nous pourrions produire à partir des oliviers déjà présents et d’autres qui seraient replantés. Nous réfléchissons aussi à la possibilité de planter des bigaradiers pour produire la fleur d’oranger, servant à fabriquer l‘huile essentielle et l’eau de fleur d’oranger. Ces produits pourraient être vendus ensuite à l’office de tourisme par exemple. Nous aimerions également valoriser le site d’un point de vue pédagogique, à destination des enfants des écoles de la commune avec la création d’un jardin potager pilote, entre autres. Et éventuellement aussi peut être avec un équipement type accrobranche. En tout état de cause, le seul bâti qui serait envisageable serait minimal et en lien direct avec l’activité développée : petit stockage technique, toilettes….

Comment la collectivité a-t-elle financé le projet et quelles sont les aides sollicitées et obtenues ?

Ce fut toute la difficulté à laquelle nous nous sommes confrontés !

Le propriétaire vendait ce terrain pour 5,3 millions d’euros. Il avait déjà un acheteur et avec la préemption de la SAFER, nous devions nous décider en une semaine. Heureusement, nous avons pu nous mettre en lien très rapidement avec la Banque des Territoires pour planifier le financement. Le prêt accordé sur 30 ans s’est élevé à 4 millions d’euros et la commune a complété sur ses fonds propres à hauteur d’1,3 millions d’euros.

Quels sont les autres acteurs qui ont accompagné la commune dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

Outre la SAFER et la Banque des Territoires, nous avons ces derniers mois sollicité et obtenu l’assistance de l’Agence d’Urbanisme Azuréenne, qui a pour mission d’accompagner les acteurs publics dans les politiques d’aménagement territorial.

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Le projet en détails

Dates clés

1899

Le site est exploité sous forme de carrière servant à créer les enrochement du port de Monaco

1975

Le camping, dernière activité officielle sur la parcelle, ferme ses portes

Mai 2024

Le site est mis en vente et la SAFER exerce son droit de préemption

Juin 2024

La Banque des Territoires est sollicitée pour le prêt permettant à la commune d’acquérir le terrain

Chiffres clés

27 795

m2 pour la parcelle rachetée par la commune de St-Jean-Cap-Ferrat

1

% du territoire de la commune

4

millions d’euros pour son prix

À retenir

Il n’y a que des points positifs, mais attention, il faut savoir s’armer de prudence et de patience quand on se lance dans un projet comme celui-là. La tentation serait d’aller vite pour proposer quelque chose rapidement à la population. Or, je pense au contraire que nous devons prendre notre temps pour proposer un projet mûrement réfléchi, et ce ne sera peut-être pas encore achevé sous cette mandature

Ressources

Préservation du patrimoine naturel : Saint-Jean-Cap-Ferrat acquiert l’ancienne carrière

Article de La Banque des Territoires

Saint-Jean-Cap-Ferrat acquiert l’ancienne carrière grâce au soutien de la Banque des Territoires

Article de Petites Affiches

Les partenaires de ce projet

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Banque des Territoires

SAFER

SAFER

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Agence d’Urbanisme Azuréenne (AUA)

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