GESTION DES EAUX PLUVIALES

Un jardin de pluie pour désimperméabiliser la cour de l’ESTP à Cachan (94)

Parole d'entreprise

Pour vous inspirer, Aquagir donne la parole aux entreprises qui accompagnent les collectivités dans leurs projets de gestion de l’eau

À l’ESTP Cachan, Source Urbaine a installé en 2024 un jardin de pluie en bande végétalisée qui récupère les eaux de pluie d’une surface imperméable (enrobé rouge) et les stocke dans une réserve discrète située sous les plantations.

Par capillarité, l’eau remonte dans le substrat et assure une autonomie d’arrosage. Environ 240 m² de surface imperméable sont déconnectés grâce à un jardin de pluie urbain d’environ 12 m², dimensionné pour alimenter une zone arborée et enherbée attenante.

Ce démonstrateur permet de tester, sur un campus d’enseignement, une solution de désimperméabilisation et de gestion intégrée des eaux pluviales.

C’est un démonstrateur concret pour former les futurs ingénieurs à des solutions fondées sur la nature.

Nicolas Griglio, directeur opérationnel de Source Urbaine

L'interview

Pouvez-vous présenter les activités de Source Urbaine ?

Lola PUPIER : Source Urbaine est une entreprise créée en 2020, composée d’une dizaine de collaborateurs, et spécialisée dans la gestion intégrée des eaux pluviales en milieu urbain. Notre objectif est de transformer des surfaces imperméabilisées en espaces végétalisés autonomes, capables de stocker l’eau de pluie et de l’utiliser ensuite par capillarité pour alimenter les plantations. Toutes nos installations sont modulables, adaptables au contexte et conçues pour fonctionner sans arrosage pendant plusieurs mois. Nous accompagnons les collectivités depuis l’étude et le dimensionnement jusqu’au suivi de performance grâce à des capteurs intégrés dans le sol.

Nicolas GRIGLIO : Notre expertise repose sur huit années de retours d’expérience, qui nous permettent d’intégrer dans chaque projet les enjeux techniques de désimperméabilisation, d’infiltration, de ruissellement et désormais de rafraîchissement urbain. Je pilote la partie opérationnelle : coordination avec les entreprises de travaux publics, interface avec les bureaux d’études, supervision du dimensionnement hydraulique et suivi de la mise en œuvre. Nous travaillons aussi avec des partenaires spécialisés - agronomes, écologues, laboratoires - pour garantir la qualité du substrat, la palette végétale et la performance de nos systèmes dans la durée.

Comment la nécessité de désimperméabiliser la cour de l’ESTP Cachan s’est-elle imposée ?

Lola PUPIER : L’ESTP mène un programme global d’aménagement de son campus, avec de nouveaux bâtiments et une réflexion systématique sur les effets du changement climatique. Historiquement, l’école était plutôt associée aux infrastructures minérales (béton, enrobé). Aujourd’hui, elle souhaite intégrer davantage de nature et de gestion de l’eau dans la conception des espaces. Sur cette cour, il existait une grande dalle minérale très exposée. L’idée a été de créer une bande végétalisée fonctionnant comme un jardin de pluie, pour récupérer les eaux de ruissellement.

Nicolas GRIGLIO : Chaque projet sur le campus est l’occasion d’introduire une nouvelle brique d’adaptation. Ici, l’enjeu était de tester la désimperméabilisation, la déconnexion des surfaces du réseau d’assainissement et l’apport d’eau aux plantations pendant les épisodes pluvieux, dans une logique à la fois expérimentale et pédagogique.

En quoi ce projet s’inscrit-il dans la démarche globale de l’ESTP sur l’adaptation au changement climatique ?

Nicolas GRIGLIO : L’ESTP veut faire évoluer sa manière de concevoir les espaces extérieurs en intégrant la gestion des eaux pluviales et la nature en ville dans la formation des futurs ingénieurs. Cette cour fait partie d’un programme plus large où chaque aménagement est l’occasion de tester de nouveaux procédés. Le jardin de pluie est un démonstrateur : il permet de mesurer l’infiltrabilité des sols, la capacité à déconnecter des surfaces du réseau, le comportement d’un système de stockage sous plantation et de suivre l’évolution des végétaux dans un tel lieu.

Lola PUPIER : C’est aussi une démarche académique. Le projet est porté par un enseignant-chercheur et par la direction de l’école, avec l’idée d’observer dans la durée ce que ces solutions changent en matière de gestion de l’eau, de sol et, à terme, de confort sur la cour.

Quelles références ou expériences vous ont guidés pour concevoir ce démonstrateur ?

Lola PUPIER : Dans nos échanges avec l’ESTP, nous ne sommes pas partis d’une page blanche. Nous avions déjà plusieurs années de retour d’expérience sur les jardins de pluie et les systèmes de stockage invisibles que nous installons en milieu urbain. Ce bagage nous a permis d’adapter rapidement un dispositif fiable : collecte en surface, réserve enterrée modulable, remontée par capillarité et autonomie en arrosage. Autrement dit, nous avons transposé un savoir-faire éprouvé à un contexte pédagogique.

Nicolas GRIGLIO : Sur la partie gestion des eaux pluviales, notre référence principale, c’est notre pratique historique : conception hydraulique, dimensionnement des ouvrages et déconnexion de surfaces imperméables. La nouveauté ne vient donc pas du principe, mais du contexte : travailler avec une école, intégrer leurs propres problématiques scientifiques et articuler notre solution avec les aménagements de la cour. Le rafraîchissement, lui, relève clairement de la seconde phase du projet et n’a été envisagé qu’après cette première installation.

Quelles compétences ont été mobilisées pour concevoir, dimensionner et suivre le jardin de pluie à l’ESTP ?

Nicolas GRIGLIO : Une entreprise de Voirie et Réseaux Divers (VRD) a piloté l’aménagement global de la cour : désimperméabilisation, pose des dalles perméables, plantations arborées. Source Urbaine est intervenue sur le dimensionnement hydrique et la conception technique du jardin de pluie, avec l’appui de sa maison mère Saint-Dizier Environnement pour la partie hydraulique.

Lola PUPIER : Nous avons mobilisé notre partenaire Urbasense pour le volet agronomique : leurs capteurs mesurent l’humidité des sols, le stress hydrique des arbres ou la surcharge en eau. À l’ESTP, plusieurs expertises internes sont intégrées : l’enseignant-chercheur coordonne les aspects scientifiques et le suivi du dispositif, et fait le lien avec l’entreprise de travaux publics. Il travaille aussi, pour la suite du projet, avec Colas sur les questions d’albédo - c’est-à-dire la capacité des surfaces à réfléchir la chaleur. Source Urbaine s’inscrit dans cet ensemble en apportant une solution clé en main sur la gestion de l’eau.

Comment s’est organisée la collaboration entre Source Urbaine, l’ESTP et les autres partenaires techniques ?

Lola PUPIER : La coordination côté ESTP s’est appuyée sur un pilotage interne qui assurait le lien entre les différents métiers mobilisés et veillait à maintenir la cohérence avec le projet global d’aménagement de la cour. Cela a permis de fluidifier les échanges et d’avancer avec une vision commune.

Nicolas GRIGLIO : Pour Source Urbaine, la collaboration s’est faite en articulation étroite avec l’entreprise de travaux publics qui réalisait la désimperméabilisation de la cour. Nous nous sommes greffés à leur chantier au moment opportun pour intégrer le jardin de pluie. Nous avons aussi travaillé avec Urbasense, qui déploie des capteurs dans les sols pour mesurer l’humidité, le stress hydrique ou la surcharge en eau. Leur expertise a été essentielle pour positionner les capteurs sous la végétation et assurer le suivi agronomique du jardin de pluie. Plusieurs réunions avec l’ensemble des partenaires ont permis un travail transparent sur les aspects techniques, logistiques et pédagogiques.

Comment avez-vous dimensionné le dispositif ?

Nicolas GRIGLIO : Le principe a été de déconnecter une grande surface imperméable de la cour (environ 240 m² d’enrobé rouge) vers un jardin de pluie d’environ 12 m². Nous sommes volontairement partis sur un ratio sous-dimensionné de l’ordre de 1 pour 20, alors que, classiquement, nous sommes plutôt entre 1 pour 4 et 1 pour 10. L’objectif était de laisser déborder l’excédent d’eau vers la zone enherbée et arborée adjacente, pensée comme zone d’infiltration.

Lola PUPIER : La réserve de stockage est dimensionnée en hauteur, en forme et en matériaux pour garantir une présence d’eau constante sous le substrat et une autonomie d’arrosage, sans tournée spécifique. Les capteurs installés dans le sol permettent de vérifier que l’humidité reste suffisante, y compris en période de sécheresse.

Quels enseignements tirez-vous de cette première phase ?

Lola PUPIER : La principale réussite, c’est la validation technique : la déconnexion de la surface d’enrobé du réseau d’assainissement, la présence d’eau constante dans la terre végétale et l’absence de besoin d’arrosage complémentaire. Le système remplit son rôle de gestion intégrée des eaux pluviales, avec une maintenance limitée à l’entretien des plantes et au suivi des capteurs.

Nicolas GRIGLIO : La principale difficulté a été humaine : les services techniques n’avaient pas été informés de l’expérimentation et ont fauché à plusieurs reprises les plantations, ce qui a limité les résultats agronomiques visibles. À l’inverse, nous avons observé l’apparition spontanée de nouvelles essences végétales, signe que le milieu créé était favorable à la biodiversité environnante. Cela confirme l’intérêt d’intégrer la question de la biodiversité à part entière dans ce type de projet et de renforcer l’information des équipes internes.

Quels conseils donneriez-vous à un établissement ou à une collectivité qui souhaite mener un projet similaire ?

Nicolas GRIGLIO : Le premier conseil est de faire travailler ensemble les métiers de la gestion de l’eau et ceux du paysage. Trop longtemps, ces deux mondes ont fonctionné en parallèle. Ici, l’eau collectée sur les surfaces minérales est utilisée pour alimenter un dispositif végétalisé, ce qui montre la complémentarité des approches.

Lola PUPIER : Il faut aussi penser le projet comme une expérimentation, avec un temps de suivi et d’ajustement. Informer clairement les services techniques et les usagers, prévoir des capteurs pour objectiver les résultats, et, si possible, s’appuyer sur un portage pédagogique (enseignant, service environnement, etc.). Enfin, ne pas hésiter à s’entourer d’experts (hydraulique, agronomie, capteurs) pour sécuriser le dimensionnement et la performance.

Quelles sont les prochaines étapes et comment le projet va-t-il évoluer vers le rafraîchissement urbain ?

Lola PUPIER : Une deuxième phase est en préparation, avec la création d’une voûte végétale en bordure du bâtiment. L’idée est d’ajouter des bacs végétalisés alimentés par la même logique de récupération d’eau, pour combiner gestion de l’eau, ombrage et confort d’été. Un pépiniériste spécialisé dans les plantes grimpantes doit rejoindre le projet.

Nicolas GRIGLIO : Cette 2e édition visera explicitement le rafraîchissement urbain. Des capteurs supplémentaires permettront de mesurer la température ressentie, la qualité de l’air et la réponse des végétaux. Nous capitalisons aussi sur d’autres réalisations, notamment en Île-de-France, qui montrent qu’un apport continu en eau permet des gains sensibles sur le ressenti thermique. L’ESTP souhaite faire de cette cour un démonstrateur d’adaptation climat, avec un suivi dans le temps.

Le projet en détails

Dates clés

  1. Février 2024

    Chantier et plantation

  2. Juillet 2024

    Fauche malencontreuse des végétaux

  3. Janvier 2026

    Installation de la voûte végétale

  4. Février-mars 2026

    Instrumentation pour suivre le rafraîchissement urbain et la qualité de l’air

Chiffres clés

  • 240

    m² environ, les surfaces imperméables déconnectées

  • 12

    m² environ, la surface de jardin de pluie dimensionné pour alimenter la zone d’infiltration

À retenir

  • Déconnexion d’une surface imperméable du réseau d’assainissement et gestion intégrée des eaux pluviales

  • Autonomie d’arrosage et maintenance limitée, avec présence d’eau constante dans la terre végétale

  • Fauchage répété des plantations par les services techniques, faute d’information sur l’expérimentation

Les partenaires du projet

  • Ecole d'Ingénieurs ESTP de Cachan

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