Dans la Drôme (26), la désimperméabilisation au cœur de la rénovation du centre de Chavannes
Commune de 800 habitants, Chavannes a désimperméabilisé et végétalisé deux places publiques dédiées au parking. La moitié de la surface de stationnement a été transformée en espaces végétalisés et, sur les places réservées pour les voitures, l’eau s’infiltre à travers des dalles alvéolées.
Quant aux eaux de pluie ruisselant sur les surfaces goudronnées, elles sont récupérées dans un regard en contrebas pour s’infiltrer dans une noue, place de l’ancienne mairie, et dans un puits d’infiltration, place du café.
Soutenu par l’Agence de l’Eau, ce projet associe une gestion vertueuse de l’eau à des aménagements plus agréables en centre bourg.
Sur les places de l’ancienne mairie et du café, 1 500 m2 ont été désimperméabilisés - Crédits photo : Claire Morel
L’infiltration relève du bon sens : gardons l’eau sur nos territoires qui en ont besoin, ne la laissons pas partir trop vite dans la Méditerranée !
L'interview
Comment ce projet s’est-il imposé à l’agenda de la commune de Chavannes ?
Le projet est né en 2022, quand nous avons entendu parler du financement des opérations de désimperméabilisation par l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse.
Nous souhaitions nous engager dans une démarche vertueuse autour de l’eau, ce sujet est important ici car nous subissons régulièrement des épisodes de sécheresse. La désimperméabilisation relève du bon sens : quand l’eau se raréfie, mieux vaut la laisser s’infiltrer dans les nappes plutôt que la rejeter dans la rivière !
Dans le même temps, suite à la fermeture de notre dancing, nous pouvions supprimer des places de parking inutiles sur les places du café et de l’ancienne mairie, pour les rendre plus agréables. Ainsi, nous avons décidé de désimperméabiliser et végétaliser ces places. Et puis, nous avons beaucoup échangé avec notre maître d’œuvre. Cela nous a mené à imaginer un projet plus global avec notamment des travaux sur la voirie pour ralentir les voitures sur la traversée de la commune et la piétonnisation du centre bourg avec la création de trottoirs. Nous avons profité de ces travaux de TP liés à la désimperméabilisation pour concevoir une approche globale de requalification de notre centre bourg, qui nous permettait également de prétendre à d’autres financements.
Aujourd’hui, grâce à cette approche, notre centre est beaucoup plus agréable, végétalisé, piétonnisé et sécurisé.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Pour le volet désimperméabilisation, nous nous sommes notamment inspirés des travaux du quartier de Rovaltain, près de la gare de Valence TGV.
Mais c’est surtout notre maître d’œuvre, le bureau d’études Stadia, qui nous a accompagnés sur le volet technique. Sur les deux places, nous avons enlevé des emplacements de parking, désimperméabilisé les stationnements restants avec des dalles alvéolées et créé des espaces végétalisés. Quant à la solution d’évacuation des eaux sur les surfaces goudronnées, elle est différente sur les deux places. Place de l’ancienne mairie, une noue a été créée : les eaux collectées par le regard en contrebas de la place arrivent dans la noue par une petite canalisation. Cette noue de plus de 15 m2 et un mètre de profondeur permet de stocker l’eau, qui s’infiltre petit à petit. Place du café, nous ne disposions pas de la place nécessaire pour créer une noue : un puits d’infiltration, également relié à un regard en contrebas de la place, stocke l’eau et lui permet de s’infiltrer. Cette solution ne nécessite pas de place : ce puits mesure un mètre de diamètre pour quatre mètres de profondeur.
Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou coconstruit avec eux ?
Oui, d’autant que notre approche est globale ! Mais nous nous sommes appuyés sur notre maître d’œuvre, sur le volet désimperméabilisation comme sur les aménagements paysagers et de la voirie. Pour les aménagements de la voirie, le Département nous a également accompagnés. Trois solutions ont été mises en œuvre pour assurer le ralentissement de la circulation : la création d’un mini-giratoire, des doubles chicanes et un « effet de porte » en sortie, avec des haies. Nous avons également créé des trottoirs pour piétonniser la zone.
Nous n’avons eu aucun mal à obtenir l’adhésion des citoyens car ces travaux rendent notre centre bourg beaucoup plus agréable et sécurisé ! En plus, nous n’avons pas de problème de places de parking ici. Nous avons organisé une réunion publique pour expliquer ces aménagements et surtout les différentes phases de travaux impactant les riverains. La seule problématique des travaux concernait les entrées/sorties des voitures de quelques maisons, l’impact était limité, pour un bénéfice à venir considérable pour notre petite commune !
Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?
Nous souhaitions diviser de moitié les places de parking, le bureau d’études a pu dimensionner le volet désimperméabilisation et végétalisation sur les surfaces disponibles, en laissant des surfaces goudronnées pour l’accès aux places. Stadia a également dimensionné la noue et le puits d’infiltration à partir de la capacité de stockage d’eau nécessaire pour le ruissellement sur les surfaces goudronnées. Ils se sont basés sur des capacités d’absorption des eaux résiduelles d’une pluie de 25 mm. Place de l’ancienne mairie, la noue offre un stockage de 15 m3, le puits place du café permet lui de stocker 3 m3.
Pour le puits d’infiltration, nous étions également limités en profondeur par la présence de la nappe. À l’usage, ce dimensionnement s’avère très bon. Quand la noue est remplie à un mètre, il est prévu que le surplus passe dans le réseau par une canalisation et, depuis fin 2024, cela ne s’est jamais produit. Lors des grosses précipitations, l’eau est stockée mais elle s’infiltre rapidement.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?
Sur le volet désimperméabilisation, l’Agence de l’eau a financé 50 % du budget de 67 040 euros HT, notre reste à charge a été de 33 520 euros HT. Le projet global de requalification du centre bourg, à 856 297 euros HT, a fait l’objet de plusieurs financements. Le Département a pris en charge 39 % du budget pour la réfection des chaussées, voies communales et départementales, trottoirs. La Région a financé 10 % du projet, l’État 11 % via la DETR, Arche agglo 6 %.
Ainsi, notre reste à charge global s’élève à 255 275 euros.
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
Outre le bureau d’études Stadia, notre maître d’œuvre, nous avons travaillé avec trois entreprises pour les différents lots de travaux. Cheval TP a pris en charge la chaussée et le béton, Sols Vallée du Rhône a installé les dalles alvéolées et le béton désactivé. Le paysagiste Valflore a créé les espaces végétalisés.
Quels conseils donneriez-vous à une collectivité qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?
Il faut y aller ! Même si les quantités d’eau infiltrées ne sont pas énormes, puisque nous avons désimperméabilisé 1 500 m2, c’est toujours ça ! Et puis, les bénéfices de la désimperméabilsation et de la végétalisation sont globaux, notamment paysagers. Aujourd’hui, ces places, au cœur du bourg, sont beaucoup plus agréables. La création de la noue peut inquiéter : nous avions envisagé de poser une clôture autour pour la sécuriser, notamment pour les enfants en bas âge. Mais cela n’est pas nécessaire puisque l’eau s’infiltre rapidement, ce qui élimine également les problèmes de moustiques.
Après, évidemment, je ne peux que conseiller de s’entourer d’un bon bureau d’études, pour obtenir une approche globale, et des bénéfices globaux !