GESTION DES EAUX PLUVIALES

Dans le Parc Naturel de la Sainte Baume (83), des agriculteurs sont rémunérés pour améliorer la biodiversité de leur exploitation

Niveau d'expertise : intermédiaire

L’Agence de l’eau a imaginé le dispositif « Paiement pour Services Environnementaux », un dispositif basé sur le volontariat permettant de rémunérer l’agriculteur pour des pratiques agricoles aidant l’environnement. L’objectif principal de ce dispositif est de développer les activités agricoles favorables à la préservation de la ressource en eau et de la biodiversité des milieux associés. L’idée étant de rémunérer à la fois l’amélioration de certaines pratiques (diminuer l’utilisation d’herbicides, réduire l’irrigation…) comme la mise en place de nouvelles infrastructures agro écologiques que sont les haies, les mares, les arbres.

Dans le Var, ce projet a été porté par le Parc Naturel de la Sainte Baume, qui a suivi et accompagné, pendant 5 ans, 23 exploitations volontaires présentes sur le parc.

Le projet PSE a permis d’encourager la transition agroécologique des agriculteurs du territoire et soutenir des pratiques respectueuses de l’environnement.

Alaric Stephan

L'interview

Comment ce projet s’est-il imposé à l’agenda du Parc Naturel Régional de la Sainte Baume ?

Fin 2019, l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse a lancé un appel à initiative pour le déploiement à grande échelle du programme « Paiement pour Services Environnementaux » (PSE) qui consiste à proposer à des exploitations agricoles d’un territoire donné de les rémunérer en échange de bonnes pratiques environnementales à l’échelle de leur exploitation, comme peut l’être la création de haies ou de mares, permettant de recréer de la biodiversité.

Nous avons répondu à cet appel en tant que Parc Naturel, et nous avons été retenus en 2020. Il a fallu ensuite construire de toute pièces un cercle d’indicateurs précis et les calibrer compte tenu de nos spécificités régionales afin qu’ils deviennent le référentiel sur lequel les agriculteurs se basent pour mettre en place ces bonnes pratiques.

Parmi les 23 exploitations accompagnées, le vigneron Jean Charles Gambini, installé depuis 1988 sur son exploitation, le « Domaine de Garbelle », converti en bio depuis de nombreuses années et plus récemment en biodynamie. Sur ses 8 hectares de vigne, il a accepté de laisser un enherbement spontané un rang sur deux, pendant 5 à 6 mois au début, puis 9 mois par la suite. Il n’a pas constaté de baisse de rendement dû à la concurrence entre la vigne et l’herbe et a par contre vu une nette différence positive sur son sol par rapport au ruissellement qui n’entraine plus la terre lors des épisodes de forte pluie, et une sécheresse moindre entre les rangs. A l’issue de ce dispositif rémunérateur, il a décidé de conserver les pratiques mises en place.

Une autre agricultrice, Sylvaine Diesnis a quant à elle démarré en 2015 un projet de Jardin –Forêt sur 2,7 hectares de prairie. En acceptant le défi du PSE, elle a mis en place une mare et divers bassins d’orages spécifiques lui permettant de ralentir, disperser, infiltrer et même stocker l’eau sur sa parcelle historiquement plantée de vignes dans une configuration qui laissait courir et disparaître l’eau en quelques heures à peine lors des épisodes pluvieux. L’hydrologie régénérative qu’elle pratique, couplé à l’installation d’aménagement favorables à la faune (nichoirs, hôtels à insectes…) et à la restitution de matière organique dans le sol (broyats laissés systématiquement en place sur le sol) lui permettent aujourd’hui de recréer progressivement un écosystème complexe tout en ramenant de la biodiversité.

Le PSE a donné à ces deux agriculteurs une visibilité financière bienvenue pour continuer à améliorer leurs pratiques.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

En fait, il faut savoir que l’expérimentation et l’innovation fait partie de l’ADN des Parcs Naturels Régionaux.

Nous avons mis un an environ à construire le référentiel de ce projet avec l’aide d’un bureau d’études spécialisé, Actéon Environnement. Nous étions quatre Parcs Naturels Régionaux à développer ce projet sur notre territoire PACA, nous avons donc mutualisé les réunions avec le bureau d’études pour faire des économies d’échelle.

Comme notre territoire de la Sainte Baume compte un certain nombre de vignerons et qu’ils étaient plusieurs à avoir accepté ce défi avec nous sur cinq ans, l’un de nos indicateurs portait sur le ré-enherbement des coteaux de vigne, entre les rangs, ceci afin entre autres d’augmenter la biodiversité et de mieux retenir l’eau pendant des épisodes de fortes pluies.

Si un exploitant acceptait de ré-enherber sa vigne, l’indicateur proposait de le faire 3, 4, 5…et jusqu’à 8 mois par an. Plus le nombre de mois où il conservait cet enherbement était élevé, plus il était rémunéré.

Concernant les compétences, quels sont les principaux sujets à maitriser avant de se lancer dans ce projet ?

Clairement, les compétences sont d’ordre économique et agroécologique. C’est bien d’avoir quelques bases de cet ordre. Après au delà du bureau d’études spécialisé qui nous a accompagnés, nous nous sommes également entourés d’autres partenaires comme la chambre d’agriculture, AgribioVar et le réseau régional Bio de Provence. Ils ont fait partie du comité technique en phase de montage du projet.

Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?

Le dimensionnement s’est fait à partir de l’adhésion des agriculteurs, et notre capacité à les mobiliser. Ils ont été 23 exploitants à se lancer dans l’aventure pour cinq années entre l’été 2021 et août 2025.

L’idée étant de les rémunérer sur l’évolution de leurs pratiques sur les cinq années, avec un montant annuel entre 120 et 200€ à l’hectare. Une part de la rémunération portait sur le régime de transition, qui était mieux payé, et une autre sur le régime d’entretien. Les inciter à améliorer leur performance environnementale de façon pérenne et chiffrée était l’objectif.

Comment avez-vous financé le projet et quelles sont les aides sollicitées et obtenues ?

Pour la rémunération des agriculteurs, c’est un projet qui était financé à 100% par l’Agence de l’eau. Pour le pilotage du projet, le Parc Naturel finançait à 30% et l’Agence de l’eau à 70%.

Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

Comme je l’ai dit un peu plus haut, nous avons sollicité la chambre d’agriculture, AgriBio Var et le réseau régional Bio de Provence pour mettre en place le projet et le structurer au mieux. Et bien entendu, l’Agence de l’eau a été notre partenaire financier mais aussi technique.

Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?

Je pense qu’il faut être en mesure d’évaluer objectivement les compétences en interne et donc, de disposer de moyens humains suffisants pour piloter le projet.

L’Agence de l’eau exige d’ailleurs un accompagnement technique humain car elle estime que cet accompagnement individuel auprès des agriculteurs produit un effet de levier rassurant et offre un cadre qui leur permet de prendre les risques que l’on attend d’eux de façon sécurisante.

Le projet en détails

Dates clés

  1. Fin 2019

    L’Agence de l’eau lance l’appel à initiative

  2. Début 2020

    Le Parc Naturel Régional de la Sainte Baume y répond en plein confinement

  3. Mai 2021

    Les 23 exploitations retenues par le Parc Naturel Régional de la Sainte Baume sont présentées à l’Agence de l’eau

  4. Eté 2021

    L’expérimentation démarre

Chiffres clés

  • 23

    exploitations sont retenues pour participer au projet « Paiement pour services environnementaux »

  • 330

    hectares engagés

  • 300 000

    euros de rémunération totale versée sur 5 ans à l’ensemble des agriculteurs

À retenir

  • Nous avons véritablement utilisé ce dispositif comme un outil d’animation territoriale, et cela nous a permis de mener de vrais projets positifs en terme de biodiversité

  • Près de 80% ont été motivés et on clairement fait de belles améliorations sur leur exploitation

  • Les limites sont liées au fait que cela reste sur une base de volontariat. Les convaincus ont été confortés, mais pour certains cela n’a pas suffit à leur donner un nouveau cap

Les partenaires du projet

  • Agence de l'Eau Rhône Méditerranée Corse

  • Chambre d’agriculture du Var

  • AgriBio Var

  • Réseau régional Bio de Provence

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