Désimperméabilisation : le Grand Narbonne (11) aux côtés des communes pour passer à l’action
Au Grand Narbonne, la désimperméabilisation des sols s’est progressivement imposée comme un levier d’action face aux enjeux d’inondation, de gestion des eaux pluviales et d’adaptation au changement climatique.
Dès 2018, une étude exploratoire menée avec le Cerema et la DDTM de l’Aude a permis d’évaluer le potentiel d’intervention sur le territoire et d’ouvrir le dialogue avec les communes membres. Depuis, la Communauté d’agglomération accompagne celles qui souhaitent s’engager dans des projets concrets, tout en favorisant leur montée en compétences, comme cela a été le cas à Cuxac-d’Aude.
L’objectif ? Permettre aux communes de s’approprier ces démarches techniques et de conduire, à terme, les études de faisabilité de désimperméabilisation, avec l’appui méthodologique et l’expertise du Grand Narbonne et de ses partenaires.




Entretien avec Aura Penloup, chargée de mission planification
Ce projet est présenté par :
- Aura Penloup, chargée de mission planification au Pôle aménagement durable du territoire directeur à la Communauté d’agglomération du Grand Narbonne
Parole de collectivité
Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, aquagir part à la rencontre d'élus et de porteurs de projets qui sont passés à l'action
Comment le sujet de la désimperméabilisation s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?
En 2018, nous avons présenté aux communes membres du Grand Narbonne les résultats d’une étude technique sur le potentiel de désimperméabilisation, réalisée de manière exploratoire sur notre territoire. Pilotée par la DDTM de l’Aude et menée par le Cerema, cette étude s’inscrivait dans une perspective plus large de révision de notre SCoT 2020- 2040 et de respect des orientations du Sdage. Orientations qui visent à répondre aux enjeux d’inondation, de biodiversité, de ressources en eau, de gestion des eaux pluviales et d’adaptation au changement climatique.
Le jour de sa restitution, Narbonne et Leucate, deux de nos communes membres, témoignaient des opérations de désimperméabilisation qu’elles avaient déjà réalisées. L’effet d’entraînement escompté ou, en tout cas, la nécessité de passer à l’action est venue de la concomitance de cette réunion avec les inondations qu’avait subies le territoire peu de temps avant. À partir de ce moment, les élus ont fait les liens : ils ont compris l’importance d’infiltrer l’eau afin de ne pas en subir ses pires conséquences. Or, toutes les communes n’ont pas les compétences en interne pour mener les études de faisabilité des projets techniques d’ampleur. C’est l’une des raisons pour lesquelles j’accompagne celles qui le souhaitent à la mise en place de ce type de projets, ce qui est complémentaire de ma mission d’accompagnement à la mise en œuvre du SCoT.
Cuxac-d’Aude s’est montrée volontaire pour se lancer dans une opération de désimperméabilisation, avec notre soutien.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
L’une des réalisations du Grand Narbonne a fait office de vitrine, sans qu’on ne l’ait chargée de ce rôle au préalable. Il s’agit d’un parking situé à l’entrée du Somail dans le Minervois, charmant hameau de 500 habitants, très touristique. Pour éviter que les voitures n’en saturent l’espace, nous avons transformé une friche agricole en zone de stationnement végétalisée sur un sol aménagé et resté perméable. Ce n’est pas à proprement parler une opération de désimperméabilisation mais c’est vrai que son caractère esthétique et fonctionnel a séduit plusieurs élus qui ont voulu s’en inspirer.
Par ailleurs, la Ville de Paris et le CAUE 75 ont lancé un vaste programme baptisé OASIS, dédié à la désimperméabilisation des cours d’établissements scolaires. Un observatoire en ligne documente les différentes réalisations et parmi les ressources disponibles, je me suis intéressée à un guide sur le transfert de compétences. Il m’a beaucoup inspirée dans ma démarche d’accompagnement des communes du Grand Narbonne.
Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou coconstruit avec eux ?
J’ai également beaucoup appris d’une étude de psychologie comportementale réalisée par l'Agence de l'Eau Rhône Méditerranée Corse : Comment argumenter en faveur d’un projet tout en tenant compte du degré d’avancement ou d’engagement, du profil des personnes impliquées dans sa conception, sa réalisation ? Cette étude m’a fourni des outils, des clés de compréhension qui m’ont bien aidée lors de réunions publiques. On ne répond pas et on ne donne pas les mêmes arguments à quelqu’un dont la fonction ou la sensibilité est centrée sur l’environnement, la biodiversité, et à quelqu’un qui a un profil axé sur la voirie, par exemple.
Par le passé, j’avais participé à une formation auprès de l’Ademe autour des notions de psychologie du changement, des normes de groupes. Comprendre les raisons pour lesquelles une personne adhère ou non, fait ou ne fait pas les choses, m’a été utile dans mes échanges avec les différents interlocuteurs.
Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?
Dans le cadre de ma mission d’accompagnement des communes, je fais réaliser les premières études techniques de l’espace à désimperméabiliser : études de sols, de perméabilité, topographie, géolocalisation des réseaux enterrés, présence d’amiante… Ces études visent à attirer notre vigilance sur certains points à affiner dans le cadre de l’étude de faisabilité, si nécessaire.
Au préalable, j’ai validé l’éligibilité du projet aux critères définis par l’Agence de l’Eau à une subvention potentielle. S’il n’y répond pas, je cherche des alternatives. Je monte chaque projet en identifiant le maximum de solutions possibles. À ce stade, une étude paysagère est également engagée…
Pour concevoir les projets de désimperméabilisation de cours d'écoles, la commune, la direction et le personnel de l’école, les enseignants et les intervenants sur les temps périscolaires, les élèves et les parents sont associés à leur définition dans une démarche de co- construction. Cela n'avait pas été possible en 2020, en raison du confinement lié au COVID, mais depuis 2021, pour les projets suivants, l’association Grain d’Art mène avec les élèves de chaque école concernée une animation intitulée « Imagine ta cour ». Elle intervient en classe avec une maquette de l’école et de la cour.
Les élèves expliquent comment ils l’utilisent et de quelle manière ils aimeraient l’améliorer. Des questionnaires sont aussi envoyés à la communauté éducative et aux parents pour recueillir leurs envies, leurs idées. L’objectif est que tous se projettent sur les usages du type « ici, on veut faire du vélo sur un sol dur », « ici, on veut un espace de tranquillité », etc. Parallèlement, les enfants bénéficient d’une sensibilisation au cycle de l’eau et à la biodiversité, intégrée à leur programme pédagogique.
Une fois les études finalisées, si la commune décide de faire réaliser les travaux, elle lance un marché en vue de sélectionner un bureau d’études qui assure l’assistance à maîtrise d'œuvre. C’est ce dernier, qui va l’aider à bâtir le cahier des charges pour la partie travaux. Puis, la commune choisit les entreprises, lance et suit les travaux. La commune de Cuxac-d'Aude a choisi le bureau d'études SUD REHAL. L’équipe de Cuxac-d’Aude a fait preuve d’une mobilisation remarquable pour que le projet aboutisse et soit une réussite. Je reste là, en cas de besoin.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?
Nous montons les dossiers de subvention pour le compte des communes qui en font la demande. Un quart voire la moitié de mon temps de travail est dévolue à cet accompagnement au sens large qui est financé par le Grand Narbonne avec l’aide de l’Agence de l’Eau. S’agissant de Cuxac-d’Aude, la commune maitrise la compétence liée au montage de dossier mais celui-ci étant un peu spécifique, nous l'avons monté avec elle la première année. Ce premier projet de désimperméabilisation a eu pour effet d’alléger le réseau pluvial, un impact très observé par l’Agence de l’Eau qui a donc donné son feu vert pour co-financer ce projet. L’année suivante, la commune a décidé d’inscrire les travaux au budget municipal.
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
Une fois que les travaux ont été menés, notre service au Grand Narbonne reprend la main pour le suivi de gestion. Dans un premier temps, nous avions conçu un petit livret de préconisations dédié, avec les associations Grains d'Art, Aude nature et Epops Biodiversité, nos partenaires sur ce volet coordination, animation, évaluation et gestion. L’initiative était bonne mais le livret, commun à tous les sites, méritait une déclinaison par site afin de définir le "Qui fait quoi et quand ?".
Nous avons donc conçu avec le bureau d'études UrbanWater en 2025 une charte de gestion, plus étoffée et adaptée à chaque site. Ce document est élaboré en concertation avec les acteurs concernés par la gestion de la cour d’école, pour l’année. Il récapitule l’historique du projet de désimperméabilisation et de végétalisation, ses différents acteurs… Il indique aussi qui, comment et quand arroser, récupérer l’eau.
Même chose pour la taille des arbres, des arbustes, des massifs, des plantes grimpantes qu’il faut guider sur les pergolas ou les treilles ou bien comment entretenir le mobilier.
L’objectif est que les usagers s’emparent de la gestion de ce lieu qui est un formidable espace de sensibilisation à la biodiversité, aux enjeux de l’eau, au vivre ensemble, à l’apprentissage du temps long puisqu’il y a un potager.
Cette charte est assortie d’un planning sur l’année, avec une répartition des tâches par type d’usagers (enseignants, élèves, etc …) ou d’intervenants (techniciens communaux espaces verts, entreprise de peinture pour refaire le marquage au sol, etc…). La gestion quotidienne n’est plus du ressort uniquement de la commune même si elle reste présente en arrière-plan. Elle devient l’affaire de tous.
Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?
Grâce à cet accompagnement au transfert d’expériences, les communes s’approprient progressivement les compétences en matière de désimperméabilisation. À Cuxac-d’Aude, la mairie a souhaité désimperméabiliser la cour de l’école élémentaire après celle de la maternelle. Hormis quelques petits conseils qui m’ont été demandés ici et là, la commune a mené seule les études de faisabilité et monté le dossier de subvention, sans passer par moi. Elle a porté ce deuxième projet en quasi autonomie et elle s’est lancée depuis dans une opération de désimperméabilisation à l’échelle d’une avenue et d’un quartier. J’observe qu’elle a réussi à éviter l’écueil des « pertes en ligne » tout au long de cette chaîne de responsabilités, de qualité et de contrôles, entre la conception et la livraison. Cette réussite tient à un savant mélange de disponibilité, de détermination, de confiance et d’intelligence collective.
Sur la désimperméabilisation de parkings et la gestion intégrée de l’eau, nous recensons beaucoup de questions. Je ne peux pas répondre techniquement à toutes mais par l’intermédiaire de notre réseau d’experts, c’est possible. Je peux aider sur ce volet conseils, mais aussi lancer des études, des réunions, mettre en contact avec les bonnes personnes, les inviter à visiter telle ou telle réalisation sur une autre commune du territoire. Ce rôle de facilitateur, je le vois, est déterminant pour favoriser le passage à l’action. Les communes savent qu’elles ne sont pas seules. Nous réalisons en outre des enregistrements de températures en continu et des enquêtes de satisfaction post-travaux.
Profitez d’une offre de financement des projets en faveur de l’environnement : gestion de l’eau, etc.
Le projet en détails
Dates clés
2017-2018
2020
2021
2022 - 2026
Chiffres clés
970
229 856
96 478
À retenir
Sur les 37 communes du Grand-Narbonne, 12 sont engagées dans un projet de désimperméabilisation
Une méthodologie d’accompagnement désormais bien huilée qui favorise l’adhésion des différents acteurs et permet de dépasser les clivages école / municipalité potentiels
Une certaine anticipation des temps de travaux qui ne peuvent avoir lieu que pendant les vacances scolaires
Ressources
Les partenaires de ce projet

Agence de l'eau Rhône-méditerranée-corse
Cerema

DDTM de l’Aude

Cuxac-d’Aude
Les acteurs de la filière eau impliqués dans ce projet
En savoir plus sur la Communauté d’agglomération du Grand Narbonne
communes
Données de contact
Les autres projets - Gestion des eaux pluviales
Un bassin d’orage pour limiter les débordements du réseau à Grundviller (57)
Quatre cuves destinées à la récupération des eaux de pluie à Saint-Pair-sur-Mer (50)
Désimperméabilisation : le Grand Narbonne (11) aux côtés des communes pour passer à l’action

