En Isère (38), Sainte-Marie-d’Alloix désimperméabilise et végétalise un parking pour le transformer en place vivante
Parole de collectivité
Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, Aquagir part à la rencontre d’élus et de porteurs de projets qui sont passés à l’action
Dans le cadre du réaménagement de la place principale de Sainte-Marie-d’Alloix, l’ancienne municipalité de la commune a mené un plan de désimperméabilisation.
Des espaces végétalisés ont été créés, des pavés à joints perméables ont remplacé le goudron du parking et un système ingénieux a été mis en œuvre pour les eaux de ruissellement. Recueillies dans un caniveau à fente, celles-ci alimentent une tranchée de diffusion, qui irrigue les arbres plantés. Le surplus est stocké puis s’infiltre dans une tranchée drainante, creusée sous le parking.
Ainsi, les eaux de pluie sont déconnectées du réseau unitaire et intégralement traitées sur place.
Grâce à un système de tranchée de diffusion alimentée par les eaux pluviales recueillies par le caniveau de la place, les ruissellements servent à irriguer la fosse où six arbres ont été plantés - Crédits photo : Banque des Territoires
La végétalisation et la désimperméabilisation de la place s’intègrent parfaitement au projet global de réaménagement.
L'interview
Comment ce projet s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?
Michel Basset : Quand nous sommes arrivés à la municipalité il y a six ans, nous avions en tête de réaménager cette place du centre-bourg, où sont installés la mairie, un commerce très fréquenté et, à deux pas, la salle polyvalente. À l’époque, cette place était un parking, sans aménagement. Nous voulions la transformer en lieu de vie, y installer un restaurant, la piétonniser et la végétaliser, tout en conservant les places de stationnement, mieux organisées. Nous avons commencé ce projet dès 2020 : c’était la priorité de notre mandat, car cette place méritait d’être dynamisée.
Carole Beylier : Nous avions également une approche écologique avec un projet de rénovation thermique des bâtiments, de passage de l’éclairage en LED et de désimperméabilisation des surfaces. Ici, nous étions encore sur un réseau de collecte des eaux unitaire, nous souhaitions déconnecter les eaux de pluie de ce réseau. Par ailleurs, la végétalisation et la désimperméabilisation nous permettaient de rafraîchir cette place, où il pouvait faire très chaud. Nous avons profité du réaménagement pour mener un projet de gestion des eaux pluviales. L’utilisation des eaux de ruissellement pour irriguer les arbres plantés est une proposition de notre maître d’œuvre Alp’Études, elle répondait à une vraie problématique de notre projet. En effet, nous souhaitions végétaliser la place sans alourdir la charge de travail de notre seul employé communal avec de l’arrosage supplémentaire.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Carole Beylier : Notre communauté de communes Le Grésivaudan a organisé une visite de l’école du Versoud, qui a mené un beau programme de désimperméabilisation dans ses cours. Cette visite a été une belle source d’inspiration : sur le plan technique, paysager mais surtout pour le financement ! Là-bas, j’ai entendu parler du financement de l’Agence de l’eau pour ce genre de projets. Ensuite, j’ai reçu un paysagiste qui m’a expliqué la démarche à suivre, notamment la nécessité de nous faire assister dès que possible par un bureau d’études spécialiste de ces questions de désimperméabilisation. Nous avons donc lancé un appel d’offres pour la maîtrise d’œuvre, remporté par Alp’Études, qui a su parfaitement répondre à notre demande.
Michel Basset : J’ajoute que sur un autre volet du projet global -, la rénovation thermique des bâtiments et l’installation de panneaux photovoltaïques -, nous avons sollicité l’aide de l’Association pour une GEstion Durable de l’Energie (AGEDEN), qui nous a bien accompagnés. Et puis, le vice-président de notre communauté de communes nous a vraiment appuyés, d’ailleurs nous avons eu une aide financière précieuse de la comcom’, qui souhaitait soutenir ce genre de projets contribuant en même temps au dynamisme commercial des bourgs.
Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou coconstruit avec eux ?
Carole Beylier : Avec un volet aménagement, paysage, gestion des eaux pluviales et voirie, ce projet requiert beaucoup de connaissances ! Pour une petite commune comme nous, ça a été un gros défi, car nous ne disposons pas de service technique dédié. Nous avons appris ! Et puis, dès que nous avons sélectionné notre maître d’œuvre, nous avons pu nous appuyer sur une expertise technique permettant de transformer nos besoins en solutions. Par exemple, Alp’Études nous a conseillé de créer un sens unique de circulation sur la place, pour avoir une simple voie au milieu des parkings, cela permettait de gagner des places de stationnement, mais aussi de l’espace à végétaliser. Ils nous ont également orientés pour la création d’une zone foodtrucks au bout de la place, avec du mobilier urbain.
Le montage des dossiers de subventions est aussi assez complexe : j’ai beaucoup travaillé sur le narratif global de notre projet, c’est intéressant mais ça prend du temps !
Michel Basset : L’adhésion des citoyens ne doit pas être négligée, car dès qu’il y a des travaux, il y a potentiellement de la nuisance pour les riverains. Mais surtout, associer les citoyens dès le départ permet de répondre à leurs attentes. Nous avons créé une commission participative ouverte à tous les habitants dès le début du projet, en 2021. D’abord, nous avons demandé aux citoyens de partager avec nous l’idée qu’ils se faisaient de la future place. Nous avons organisé quatre réunions en amont du projet pour faire participer ce groupe et l’informer de l’avancement du projet. Cette commission nous a permis de dégager deux priorités remontées par les habitants : végétaliser la place et ne pas perdre de places de stationnement. Le volet parking était également prioritaire pour nous, en particulier pour les commerces de la place, épicerie, coiffeur ainsi que le restaurant que nous venions d’installer, qui accueillent souvent une clientèle de passage. Il était essentiel pour les usagers de nos équipements communaux, notamment la salle polyvalente dont les manifestations attirent des usagers et spectateurs des communes voisines. Nous avons également soigné la communication auprès de tous les habitants, en les informant à travers notre newsletter mail et notre bulletin municipal. Enfin, pour les quelques habitants de la place, nous avons organisé une réunion pour présenter le chantier.
Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?
Carole Beylier : Notre maître d’œuvre a mené les études, pour l’aménagement de la place mais aussi pour les solutions de désimperméabilisation et de recueil et traitement des ruissellements. Il a dimensionné les dispositifs hydrauliques pour une crue trentennale. Sur le volet désimperméabilisation, les places de stationnement sont équipées de pavés à joints perméables et des massifs de végétaux ont été créés. Côté place, les ruissellements sont recueillis par un caniveau à fente, très discret, pour alimenter une tranchée de diffusion, qui irrigue les arbres plantés. Et le surplus est stocké puis infiltré dans une tranchée drainante, creusée à deux mètres de profondeur sous le parking. Ainsi, toutes les eaux de pluie sont gérées sur place et, en plus, nous profitons de l’eau de pluie pour alimenter automatiquement notre végétation ! Côté voirie, au niveau de la place, les eaux de ruissellement ont également été déconnectées du réseau. Ces eaux recueillies dans des regards alimentent trois puits d’infiltration créés à proximité. Cette solution requiert moins de place que les tranchées.
Michel Basset : Pour la gestion de l’eau, nous souhaitions une solution écologique et auto-suffisante : c’est effectivement le cas ! Pour la végétation non irriguée, nous voulions également des plantes robustes, qui ne nécessitent pas d’entretien. Sur les autres volets du projet global, il s’agissait de dimensionner une place avec suffisamment de stationnements, de la végétation, et des espaces de vie avec des bancs et même des tables du côté de l’espace food-trucks.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?
Carole Beylier : La partie gestion de l’eau de notre projet s’élève à 146 800 euros HT, financés pour moitié par l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse. Pour le projet global de réaménagement de la place, nous avons eu la chance d’obtenir énormément de subventions – près de 80 % de notre budget ! -. La communauté de communes le Grésivaudan, le Département, la Région et l’État (fonds vert) nous ont accompagnés. Je crois que le fait de faire la demande de subventions en début de mandat est un vrai plus car peu de projets sont lancés, il reste encore de l’argent dans les enveloppes !
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
Michel Basset : En dehors de notre maître d’œuvre, nous avons bénéficié d’un accompagnement de la communauté de communes, et notamment de son vice-président, très attaché à ce projet un peu pilote.
Quels conseils donneriez-vous à une collectivité qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?
Carole Beylier : D’abord de ne pas lésiner sur l’information et la pédagogie auprès des habitants, pour bien les embarquer dans le projet. Pendant les travaux, nous informions très régulièrement les habitants de l’avancée via une newsletter hebdomadaire, envoyée à nos 300 inscrits, ainsi que nos commerçantes qui ont été les plus impactées. C’est très précieux, car les travaux génèrent des nuisances et impliquent des changements d’habitude. Je conseille également de consulter les citoyens, pour qu’ils aient l’opportunité de donner leur avis et de faire des propositions qui nourrissent le projet. Enfin, démarrer ce genre de projet en début de mandat laisse le temps de le voir aboutir.