Gestion intégrée des eaux pluviales dans l’agglomération brestoise (29)
Le réseau commun eaux usées, eaux pluviales sature en période de fortes pluies, entraînant un rejet de ces eaux dans la rade de Brest. Aussi Brest Métropole choisit d’infiltrer une partie des eaux de pluie directement dans le sol, là où cela est possible, pour réduire le volume dans le réseau. Une démarche qui s’inscrit en parallèle de la construction de bassins de stockage supplémentaires.
L’objectif est de déconnecter 10% du réseau en 10 ans. Cette gestion intégrée des eaux pluviales est menée sur différents sites publics ou semi publics, en fonction des opportunités et des possibilités.
Infiltration des eaux de pluie sur un parking – Crédits photo : Brest Métropole
Nos projets fonctionnent comme une boîte à outils : parmi toutes les possibilités on choisit celle qui va coller avec le site, ses usages et ses contraintes.
Comment ce projet s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?
L’arrêté ministériel du 21 juillet 2015 a mis un coup d’accélérateur à la réflexion de Brest Métropole sur la nécessité de faire évoluer le système d’assainissement puisqu’il allait être considéré non-conforme. Nous avions déjà débuté une étude sur le dimensionnement des bassins de stockage. Progressivement l’idée de la gestion intégrée des eaux pluviales s’est imposée comme une solution complémentaire, car à coût équivalent, il y aurait des cobénéfices. Le déclencheur, a été un échange au Carrefour des gestions locales de l’eau avec un spécialiste de la gestion intégrée des eaux pluviales.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Suite à l’échange avec le spécialiste de la gestion intégrée des eaux pluviales au Carrefour des gestions locales de l’eau, nous avons étudié la bibliographie sur le sujet, notamment des expériences menées aux Etats-Unis. En France, il s’est avéré que la ville de Roanne avait entrepris une expérience de déconnexion de surfaces actives, innovante. Elle en démontrait la faisabilité. Le territoire Douaisis s’était également déjà intéressé à cette problématique depuis les années 90, en lien avec son histoire minière. Y avait été testé l’infiltration de l’eau dans le sol, au plus près de là où elle tombe. Et ça fonctionnait ! Nous sommes donc allés observer et rencontrer les interlocuteurs de Douaisis agglo en 2019.
Est-ce qu’une étude de faisabilité et/ou d’impact a été réalisée sur ce projet ?
Nous sommes partis du principe que c’était possible. La question était de savoir comment et à quel coût. Une étude technico économique a donc été menée. Elle a défini des ratios de coût au m2, en fonction de la difficulté : tel budget permet la gestion intégrée de l’eau de telle parcelle, sur telle surface. Cette étude a été croisée avec celle dédiée au dimensionnement des bassins tampons pour étudier différents équilibres et établir des modélisations de la part du surplus d’eau absorbée par les bassins, et de la part d’eau infiltrée.
Nous avons débuté l’expérimentation sur des sites pilotes en 2019 pour confirmer la faisabilité technique et vérifier le respect des coûts estimés par l’étude théorique. Depuis, les expérimentations de nouvelles techniques de gestion intégrée des eaux pluviales se poursuivent sur diverses parcelles publiques ou semi-publiques (écoles …).
Dans la pratique nous saisissons les opportunités - la réfection d’une route par exemple - pour intégrer la gestion des eaux pluviale à la gestion des espaces publiques, en fonction des usages et des contraintes souterraines.
Concernant les compétences, quelles sont les principaux sujets à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?
Cela croise des compétences de gestion des usages de l’espace public, des connaissances des réseaux, des approches en gestion des eaux. Le chef de projet devient le maître d’œuvre voire le maître d’ouvrage de la gestion intégrée des eaux pluviales. L’avantage majeur est qu’au sein d’une collectivité comme la nôtre, toutes les compétences sont réunies (voirie, espaces vert, écoles, gestion de l’eau…). Ainsi, nous agissons en concertation entre services, sans devoir recourir à des interlocuteurs externes. Une collaboration qui est devenue fluide avec l’expérience.
Lors de la phase de diagnostic et de planification, comment la collectivité a-t-elle assuré le bon dimensionnement du projet et l’adhésion des citoyens ?
Le dimensionnement émane de la modélisation réalisée par Eau du Ponant. Elle s’appuie sur une approche technico économique pour déterminer la part du réseau à déconnecter en fonction de la difficulté technique et la part du surplus prise en charge par les nouveaux bassins tampons.
Les habitants sont informés de cette approche d’infiltration des eaux de pluie dans le sol, par des panneaux sur les sites où l’eau est infiltrée (parc, école, route…), le temps de la végétalisation. La presse s’est aussi faite le relais de ces initiatives.
Puisque 50% du ruissèlement des eaux de pluie sur le territoire concerne l’espace privé, donc les particuliers et les entreprises, nous envisageons d’encourager les habitants à mettre en place des mesures de gestion intégrée. Peut-être faudra-t-il les accompagner. Nous avons déjà mené une campagne de distribution de récupérateurs d’eau de pluie à tarif réduit pour encourager la déconnection au réseau.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles sont les aides sollicitées/obtenues ?
Le financement provient du budget assainissement et du budget principal de la collectivité ainsi que d’un financement de l’Agence de l’eau Loire-Bretagne.
Quels sont les autres acteurs qui ont accompagné Brest Métropole dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
La réalisation de l’étude technico économique pour modéliser la part des bassins tampons et celle de la gestion intégrée des eaux de pluie a été réalisée par Eau du Ponant dans le cadre d’un consortium autour du projet MEDISA. L’évaluation du potentiel de déconnexion des eaux pluviales a été réalisé par le Bureau d’Etudes Infraservices.