GESTION DES EAUX PLUVIALES

La gestion intégrée des eaux pluviales, de l’expérimentation à la généralisation à Mauges Communauté (49)

Niveau d'expertise : intermédiaire

Confrontée au risque de surcharge du réseau unitaire d’assainissement, la commune de Montrevault-sur-Èvre a choisi en 2018 de ne plus collecter les eaux pluviales dans le réseau unitaire sur 1,4 km de linéaire. Et plutôt que de créer un réseau séparatif, elle a expérimenté l’infiltration à la parcelle.

Cette expérience sert de base aux six communes nouvelles qui forment Mauges Communauté : le règlement communautaire des eaux pluviales adopté en 2023 impose la gestion intégrée des eaux pluviales (GIEP) pour toutes les nouvelles constructions, habitat et zone d’activité. En 2025, la nouvelle zone d’activité, les Couronnières 2 à Liré, est la première à intégrer complètement les principes de la GIEP.

Il est important de ne pas aborder les projets uniquement sous l'angle de la gestion des eaux pluviales, mais plutôt de définir l'espace public souhaité et d'intégrer ensuite la gestion de l'eau

Christophe Dougé

L'interview

Comment la gestion intégrée des eaux pluviales s’est-elle imposée à l’agenda de votre collectivité ?

Avec la création de Mauges Communauté en 2016, les compétences liées à l'eau, y compris l'assainissement, l'alimentation en eau potable et la gestion des milieux aquatiques, ont été transférées à cette nouvelle entité. Depuis 2020, l’agglomération a aussi la compétence de l’eau pluviale urbaine. Cette clarification de la mission prend du temps et est toujours en cours. Montrevault-sur-Èvre a expérimenté la gestion intégrée des eaux pluviales. Nous nous sommes interrogés sur la façon de porter ce sujet à l’échelle de l’agglomération. Devons-nous tout déconnecter ? Comment faciliter l’acculturation des élus, des acteurs et des habitants ?

ll a fallu constituer un service qui n’existait pas auparavant. Les épisodes de sécheresse et de canicule, notamment celui de 2022, ont renforcé la prise de conscience sur la gestion durable des eaux pluviales. Préserver les ressources en eau et rendre le territoire plus résilient face aux aléas climatiques est devenu une priorité. En cas de fortes précipitations, les réseaux unitaires et les stations d’épuration sont saturés, engendrant des déversements dans les milieux aquatiques. La gestion intégrée des eaux pluviales est donc un sujet transversal pour la collectivité avec de nombreux enjeux, dont la lutte contre les pollutions, les inondations ou encore la préservation de la ressource en eau.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

En 2015, une conférence sur la gestion des eaux pluviales et l’assainissement a marqué le point de départ de la réflexion. Nous étions en train de passer tous nos réseaux unitaires (eaux usées et eaux pluviales mélangées) en séparatif sur la commune de Montrevault-sur-Èvre. Nous avons souhaité aller plus loin en expérimentant une déconnexion des eaux pluviales et une infiltration à la parcelle. L’expérience d’une commune sert aux autres. La démarche s’est structurée de 2015 à 2020. Toutes les communes travaillaient sur un Plan local de l’urbanisme (PLU) avec un zonage eaux pluviales. En 2024, des conventions opérationnelles ont été passées entre Mauges Communauté et chaque commune.

Pour la rédaction du règlement communautaire et le zonage eaux pluviales, nous nous sommes appuyés sur le bureau d’étude Elleny (pour la hauteur de pluie à gérer), notre connaissance du territoire (schémas directeurs de gestion des eaux pluviales, recensement des litiges), notre règlement d’assainissement et des règlements EP extérieurs.

Est-ce qu’une étude de faisabilité et/ou d’impact a été réalisée sur ce projet ?

Le cabinet Elleny a réalisé l’avant-projet, les études de déconnexion et le contrôle de la directive cadre sur l'eau, la non-connexion des 10 logements neufs et des visites terrain du premier projet. Un diagnostic sur les réseaux d'assainissement et les pratiques de gestion des eaux pluviales a permis d’identifier les zones prioritaires d'intervention.

Concernant les compétences, quelles sont les principaux sujets à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?

Savoir communiquer efficacement avec les parties prenantes, y compris les élus, les techniciens, les habitants et les partenaires locaux (bailleurs, promoteurs, constructeurs, terrassiers…). La collectivité dispose d'une connaissance fiable de son réseau grâce aux schémas directeurs d'assainissement et aux schémas directeurs de gestion des eaux pluviales récupérés des communes. Cela permet d'adapter les solutions de gestion des eaux pluviales aux spécificités de chaque territoire. La volonté politique de la collectivité de mettre en œuvre une gestion intégrée des eaux pluviales est un facteur clé de succès. Elle se traduit par la mise en place de réglementations, de zonages et d'incitations financières.

Nous avons développé en interne une expertise sur la gestion intégrée des eaux pluviales. Le pôle Cycle de l’eau de Mauges Communauté s’est structuré et étoffé avec 85 postes ouverts, dont une responsable de la stratégie eau pluviale et 2 postes de techniciens en gestion des eaux pluviales.

Lors de la phase de diagnostic et de planification, comment la collectivité a-t-elle assuré le bon dimensionnement du projet et l’adhésion des citoyens ?

À Montrevault-sur-Èvre, les élus et les techniciens de Mauges Communauté étaient présents sur le terrain. Le CPIE Loire-Anjou a également fait des visites pour aider les particuliers à trouver des solutions avec l’eau issue de leurs gouttières. La collectivité a financé la déconnexion des EP, notamment des bacs de récupération d’eau de pluie (échelles à eau) pour les plantations et des aménagements de gouttières des maisons particulières.

Nous avons fait le choix de la gestion intégrée des eaux pluviales sur toutes les nouvelles constructions.
Chaque permis de construire ou d'aménager dans le périmètre de Mauges Communauté devra présenter un projet en ce sens.

Pour passer du projet vitrine de Montrevault-sur-Èvre à la généralisation, la collectivité a pris le temps de sensibiliser et former les élus, les aménageurs, les bailleurs sociaux, les notaires, les constructeurs et les terrassiers. En interne, les services d’urbanisme sont de plus en plus formés et coordonnés, ce qui permet d'intégrer la gestion des eaux pluviales dans les projets d'aménagement. L’information est relayée auprès des habitants par les supports de Mauges Communauté dont la plaquette GIEP remise à chaque contrôle d’habitation et réunion préalable à des travaux de mise en conformité.

À Saint-Pierre-Montlimart, en 2024, toute la gestion des eaux pluviales du nouveau parc urbain a été réalisée en infiltration. En 2025, la zone d’activités les Couronnières 2 à Liré (commune déléguée d’Orée-d’Anjou) intègre complètement les principes de la GIEP : noues, chaussées réservoir, matériaux drainants...

Notre travail d’acculturation se poursuit mais cela prend du temps. Nous sommes attentifs à bien transmettre l'état d'esprit de la GIEP : il ne s’agit pas de l’appliquer de manière littérale, en calculant des volumes de stockage sans se soucier de l'intégration paysagère ni des besoins des habitants. Cela pourrait conduire à des aménagements mal conçus suscitant l'insatisfaction.

Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles sont les aides sollicitées/obtenues ?

Le budget total du premier projet de déconnexion est de 650 000 €. La collectivité a bénéficié d’une subvention de l'Agence de l'eau Loire-Bretagne d'un montant de 200 000 € (à hauteur de 60 % pour l’étude et 50 % pour les travaux de gestion intégrée) et d’aides du département du Maine-et-Loire.
Le solde a été autofinancé. Le projet de déconnexion des gouttières au réseau unitaire était moins coûteux que la réalisation de réseaux séparatifs. Cette économie a permis de financer la voirie et les aménagements.

Pour les autres réalisations, notamment la zone d’activités Les Couronnières 2, nous n’avons pas calculé la différence de coût entre les solutions avec création d’un réseau d’eaux pluviales, avec noues seules, et avec la GIEP telle que réalisée.

Quels sont les autres acteurs qui ont accompagné dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

L’aménagement à Montrevault-sur-Èvre a été réalisé par Eurovia avec le maître d’œuvre Artelia, celui de la zone d’activité par la société Alter. Mauges Communauté a organisé des matinées de sensibilisation-formation à destination des acteurs du territoire (élus, aménageurs, habitants) pour l’acculturation à la GIEP.

Le projet en détails

Dates clés

  1. 2015

    Mise à l’agenda & Inspiration

  2. 2018-2019

    Diagnostic & planification

  3. 2020-2025

    Compétences

  4. 2021-2030

    Réalisation

Chiffres clés

  • 1,4

    km de linéaire déconnecté sur l’expérimentation à Montrevault

  • 650 000

    euros, le coût de la GIEP comprenant les voiries et les plantations à Montrevault-sur-Èvre

  • 4

    postes dédiés à la GIEP au pôle cycle de l’eau

À retenir

  • La mutualisation des expériences : avoir toutes les compétences de l'eau au sein de Mauges Communauté garantit une cohérence d’action

  • L’acculturation des partenaires élus, aménageurs, bailleurs sociaux, notaires, constructeurs, terrassiers, services d’urbanisme...

  • Les difficultés rencontrées par les services techniques communaux : des noues trop creuses qui rendent l'entretien mécanique difficile, la création de nouveaux espaces verts demandant du personnel et des ressources...

Les partenaires du projet

  • Agence de l'eau Loire-Bretagne

  • Département Maine et Loire

  • CPIE Loire-Anjou

  • Eurovia

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