GESTION DES EAUX PLUVIALES

La politique volontariste de Tours Métropole Val de Loire (37) pour la gestion intégrée des eaux pluviales

Parole de collectivité

Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, Aquagir part à la rencontre d’élus et de porteurs de projets qui sont passés à l’action

Depuis le transfert de la compétence « gestion des eaux pluviales urbaines » en 2017, Tours Métropole Val de Loire développe une approche intégrée de la gestion des eaux pluviales dans l’ensemble de ses projets d’aménagement.

Cette stratégie repose sur la limitation de l’imperméabilisation des sols, l’infiltration des eaux de pluie au plus près de leur point de chute et la végétalisation des espaces publics. Elle se traduit par des opérations concrètes de désimperméabilisation, l’intégration d’ouvrages paysagers dans les projets urbains et l’inscription de ces principes dans le règlement du service public des eaux pluviales ainsi que dans le futur PLU métropolitain.

La réussite de cette démarche repose autant sur les compétences techniques que sur la capacité à faire évoluer les pratiques professionnelles.

Emmanuelle Volte

L'interview

Comment le sujet de la gestion intégrée des eaux pluviales s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?

La question de la gestion intégrée des eaux pluviales s’est progressivement imposée comme un enjeu majeur pour Tours Métropole Val de Loire sous l’effet conjugué du changement climatique, de l’évolution réglementaire et des attentes sociétales en matière de cadre de vie. Le transfert de la compétence « gestion des eaux pluviales urbaines » à la Métropole en 2017 a constitué une étape structurante. Très rapidement, nous avons souhaité dépasser la logique traditionnelle d’évacuation rapide des eaux pour développer une approche plus durable, fondée sur l’infiltration à la source et la désimperméabilisation des espaces urbains.

Dès 2019, la Métropole a adopté un règlement du service public des eaux pluviales fixant des principes clairs pour les aménageurs et les usagers. L’infiltration des eaux pluviales, lorsque les caractéristiques des sols le permettent, y est clairement privilégiée. Cette orientation a vocation à être été intégrée au Plan Local d’Urbanisme Métropolitain en cours d’adoption.

La sécheresse exceptionnelle de 2022 a renforcé cette prise de conscience. Nous avons constaté combien l’eau de pluie devait être considérée comme une ressource précieuse permettant de nourrir les sols, soutenir la végétation et réduire les îlots de chaleur urbains.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

Nous nous sommes beaucoup inspirés des démarches déjà engagées par d’autres collectivités françaises pionnières dans la gestion intégrée des eaux pluviales. Les expériences du Grand Lyon ou d’Orléans Métropole ont constitué des références intéressantes, notamment sur l’intégration des solutions fondées sur la nature dans les projets urbains. Les travaux de l’association ADOPTA, spécialisée dans la gestion durable des eaux pluviales, nous ont également apporté des retours d’expérience très concrets sur les dispositifs d’infiltration, les noues paysagères ou les jardins de pluie.

Au niveau local, nous nous sommes appuyés sur le document « Mieux aménager avec les sols vivants », porté par la Direction Départementale des Territoires d’Indre-et-Loire, en partenariat avec Tours Métropole Val-de-Loire et la communauté de communes de Touraine Est Vallées, et avec l'appui de l’Agence d’urbanisme ATU37. Ce travail montre que le sol doit redevenir un élément central de l’aménagement urbain, à la fois pour gérer l’eau, favoriser la biodiversité, limiter les surchauffes urbaines et améliorer le cadre de vie.

Nous avons également développé une culture de partage d’expériences entre collectivités, bureaux d’études, urbanistes, paysagistes et acteurs de l’eau. Cette dynamique nous a permis de construire une approche adaptée aux spécificités du territoire métropolitain et à ses enjeux climatiques.

Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?

La gestion intégrée des eaux pluviales mobilise des compétences très transversales. Il ne s’agit plus d’un sujet technique lié aux réseaux d’assainissement. Il faut également maîtriser des notions d’hydrologie, de géologie, d’urbanisme, de paysage, de biodiversité et même de climatologie urbaine. Chaque projet nécessite une bonne connaissance des caractéristiques des sols, de leur capacité d’infiltration, des risques éventuels de ruissellement et des contraintes d’aménagement.

Au sein de Tours Métropole Val de Loire, cette approche a conduit à renforcer le travail collectif entre plusieurs directions : cycle de l’eau, voirie, espaces verts, urbanisme, aménagement et transition écologique. Cette transversalité est indispensable pour concevoir des projets cohérents et durables.

Il est également important de maîtriser le cadre réglementaire. Les projets doivent respecter le règlement du service public des eaux pluviales, les dispositions du PLU métropolitain ainsi que les objectifs de préservation des milieux aquatiques. Enfin, il faut savoir accompagner les aménageurs et les porteurs de projets privés afin d’intégrer très en amont les principes d’infiltration et de limitation de l’imperméabilisation.

La réussite de cette démarche repose autant sur les compétences techniques que sur la capacité à faire évoluer les pratiques professionnelles et les modes de conception urbaine.

Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou coconstruit avec eux ?

Nous avons mené quelques actions d’information et de sensibilisation pour expliquer les enjeux liés au changement climatique, à l’imperméabilisation des sols et à la préservation de la ressource en eau.

Sur cet aspect l’appui d’associations spécialisées dans la sensibilisation auprès des habitants ou des scolaires est important.

La communication de la Métropole passe notamment par des panneaux explicatifs installés sur certains chantiers ou espaces réaménagés, des articles dans les supports de communication des communes et de la Métropole ainsi que des informations diffusées sur le site internet métropolitain. Nous avons également organisé des journées de sensibilisation et d’échanges avec aménageurs, maîtres d’œuvre auquel participaient également les étudiants de Polytech Tours ou encore les agents métropolitains afin de promouvoir les nouvelles approches d’aménagement durable.

Même si le sujet reste parfois méconnu du grand public, nous constatons une prise de conscience croissante, notamment depuis les épisodes de sécheresse et les fortes chaleurs de ces dernières années.

Avez-vous mené une étude en amont des projets pour définir leur faisabilité ou leur impact ?

Oui, chaque projet fait l’objet d’études préalables spécifiques afin d’évaluer sa faisabilité technique, environnementale et économique. La gestion intégrée des eaux pluviales ne peut pas reposer sur des solutions standardisées : elle doit être adaptée aux caractéristiques de chaque site, à la nature des sols, aux contraintes urbaines et aux usages futurs des espaces concernés.

Plusieurs opérations notables ont ainsi été précédées d’études hydrauliques et géotechniques. C’est notamment le cas du réaménagement du parking de la place Degas à Tours, du parvis de la gare de Saint-Pierre-des-Corps ou encore du parc d’activités Saint-Cosme à La Riche. Ces études permettent de définir les capacités d’infiltration, les volumes d’eau à gérer et les dispositifs les plus adaptés : noues végétalisées, revêtements perméables, bassins paysagers ou tranchées drainantes.

La Métropole intervient également en amont des projets privés dans le cadre des permis d’aménager. Nous demandons aux porteurs de projets d’intégrer les principes d’infiltration et de végétalisation dès la conception. Cela a notamment été le cas pour le programme Kipolis à Tours Nord.

Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement des projets ?

Le dimensionnement des aménagements repose sur une analyse précise des besoins et des caractéristiques de chaque opération. L’objectif est de trouver un équilibre entre performance hydraulique, intégration paysagère, coût d’entretien et qualité d’usage pour les habitants. Nous cherchons à privilégier des solutions simples et adaptées au contexte local.

Pour chaque projet, des études hydrauliques sont réalisées afin d’évaluer les volumes d’eau à infiltrer, les axes de ruissellement et les capacités naturelles du terrain. Les dispositifs sont ensuite conçus pour gérer les pluies courantes directement à la source et limiter autant que possible le recours aux réseaux et ouvrages enterrés traditionnels.

Sur le parking de la place Degas, par exemple, la désimperméabilisation des surfaces a permis de favoriser l’infiltration tout en améliorant le confort thermique du site. Sur le parvis de la gare de Saint-Pierre-des-Corps, la gestion paysagère des eaux pluviales a été intégrée dès la conception des espaces publics. Dans les opérations d’aménagement privées, comme le programme Kipolis, nous veillons également à adapter les exigences au potentiel réel du site.

Cette approche sur mesure constitue l’un des principaux facteurs de réussite de la gestion intégrée des eaux pluviales.

Comment la collectivité a-t-elle financé ces projets et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?

Le financement repose sur des montages adaptés à chaque opération. Les projets intégrant la gestion des eaux pluviales sont généralement financés dans le cadre global des opérations d’aménagement urbain, de voirie ou de requalification d’espaces publics.

Certaines opérations bénéficient également du soutien financier de l’Agence de l’Eau Loire-Bretagne, notamment lorsque les projets contribuent à la réduction des pollutions, à l’infiltration à la source ou à la restauration du cycle naturel de l’eau.

La Métropole apporte aussi une assistance à maîtrise d’ouvrage auprès des communes et des aménageurs afin de faciliter l’intégration de ces dispositifs dans les projets urbains.

Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

Les projets de gestion intégrée des eaux pluviales mobilisent de nombreux partenaires :

  • Agence de l’Eau Loire-Bretagne
  • Communes de Tours Métropole Val de Loire
  • Services de l’État
  • Bureaux d’études spécialisés en hydrologie et urbanisme
  • Entreprises de travaux publics et espaces verts

Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?

Le premier conseil serait de considérer les eaux pluviales non plus comme une contrainte technique, mais comme une véritable opportunité pour le territoire. Pendant longtemps, les villes ont cherché se débarrasser de l’eau de pluie. Aujourd’hui, il faut au contraire apprendre à la conserver, l’infiltrer et la valoriser dans les projets urbains.

Il est également essentiel d’agir très en amont des projets d’aménagement. Plus la gestion intégrée des eaux pluviales est intégrée tôt dans la conception, plus les solutions sont efficaces, simples et économiques. En effet, il revient moins cher de prévoir une infiltration par le sol que de poser de longues canalisations.

Je conseillerais également de commencer par des projets pilotes visibles et pédagogiques. Ils permettent de démontrer concrètement les bénéfices pour les habitants : réduction des îlots de chaleur, amélioration du paysage urbain, développement de la végétation ou limitation des ruissellements.

Enfin, il ne faut pas hésiter à échanger avec d’autres collectivités déjà engagées dans cette transition. Le partage d’expériences est extrêmement précieux pour éviter certains écueils et accélérer la montée en compétence des équipes.

Le projet en détails

Dates clés

  1. 2017

    Transfert de la compétence « gestion des eaux pluviales urbaines » à Tours Métropole Val de Loire

  2. 2019

    Adoption du règlement du service public des eaux pluviales

  3. 2019

    Lancement du schéma directeur des eaux pluviales

  4. 2024

    Intégration de la gestion intégrée des eaux pluviales dans le règlement du PLU métropolitain

Chiffres clés

  • 600

    mm de pluie par an à Tours

  • 45

    litres d’eau infiltrés par m² désimperméabilisé selon les projets

  • 22

    communes concernées par la stratégie métropolitaine de gestion intégrée des eaux pluviales

À retenir

  • Bénéfice écologique évident grâce à l’utilisation de l’eau de pluie sur place évitant l’épuisement de la ressource et favorisant la végétalisation et les ilots de fraîcheur

  • Bénéfice économique en raison de la réduction des travaux d’infrastructures de pose de canalisation et d’équipements techniques

  • Démarche exigeante en termes de temps et de coordination entre les acteurs pour une conduite efficace des projets

Les partenaires du projet

  • Agence de l'eau Loire-Bretagne

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