La Ville de Sens (89) a engagé un vaste plan de désimperméabilisation de ses cours d’école
Parole de collectivité
Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, Aquagir part à la rencontre d’élus et de porteurs de projets qui sont passés à l’action
Après une première expérience réussie de désimperméabilisation d’une cour d’école en 2023, la Ville de Sens a multiplié les projets : sept cours ont fait l’objet de travaux à mi-2026 et autant le seront prochainement. Les aménagements sont adaptés de manière personnalisée à chaque établissement scolaire. L’objectif est de favoriser l’infiltration de l’eau dans les couches inférieures et de profiter de ces travaux pour végétaliser les espaces extérieurs lorsque cela est possible afin de réduire la température des cours d’école.
Pour plus de souplesse et pour réduire les coûts, les travaux sont intégralement pilotés par le service des Espaces verts.
Vue aérienne de la cour après travaux de l’école Arènes. - Crédit photo : Ville de Sens
Ce projet s’inscrit dans une démarche écologique globale visant à renaturer les espaces urbains, améliorer la gestion de l’eau et lutter contre les ilots de chaleur.
L'interview
Comment le sujet de la désimperméabilisation des cours d’école s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?
Le projet est né d'une réflexion engagée par les services de la Ville, il y a sept à huit ans, visant à réaménager des cours d'école vieillissantes. Cette démarche a été renforcée par les enjeux liés au changement climatique et confortée par les discussions avec les directeurs d’établissements scolaires, professeurs des écoles et parents d’élèves via les conseils d’école.
Au départ, on a surtout évoqué la possibilité de faire des plantations dans les cours d’école. Puis la question d’un programme de désimperméabilisation et de végétalisation s’est invitée dans les discussions. Nous avons bien conscience que cela ne règlera pas le problème de surchauffe des établissements, mais c’est un moyen de réduire la température extérieure dans les cours et de permettre à l’eau pluviale de s’infiltrer naturellement dans les couches inférieures de la terre. Cela va dans le sens d’un meilleur bien-être des enfants, des enseignants et personnels scolaires, tout en permettant de lutter contre le réchauffement climatique.
Nous avons démarré par une école pilote, l’école élémentaire Charles Michels en 2023. Puis poursuivi avec des écoles « prioritaires » en raison du gain de désimperméabilisation possible et de leur exposition : l’école élémentaire Gaston Marnon (1 093 m²), les deux cours de l’école Lucien Cornet (1 406 m²), les écoles maternelles Arènes (1 636 m²) puis Chaillots (959 m²) et enfin l’école élémentaire Champs d’Aloup (1 270 m²).
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Nous nous sommes appuyés sur le savoir-faire des services de la collectivité, et plus particulièrement le Service des parcs, jardins et espaces verts, ainsi que sur les réalisations menées par d'autres collectivités.
Nous avons fait des recherches sur internet pour identifier des projets menés par des collectivités et communiqué avec certaines d’entre elles. Quelques visites sur site ont été effectuées. Nous avons également consulté des guides méthodologiques sur la végétalisation et la désimperméabilisation des cours d’école publiés par les services de l’État, accessibles en ligne.
Les retours d’expérience nous ont montré qu’il ne faut pas se focaliser uniquement sur la végétalisation : il faut la mixer avec la désimperméabilisation, qui est essentielle pour aider l’eau à s’infiltrer, notamment en cas d’orages et de pluies intenses.
Dans la pratique, les projets menés en France se ressemblent tous, à quelques exceptions près. En revanche, les modalités de mise en œuvre varient d’une ville à l’autre. À Sens, nous avons préféré piloter en interne l’ensemble des projets de désimperméabilisation des cours d’école et de les échelonner dans le temps, sans faire appel à des bureaux d’études. Cela nous permet de maîtriser l’ensemble des travaux en toute autonomie et de limiter de coût d’investissement nécessaire pour chaque chantier.
Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des habitants et/ou coconstruit avec eux ?
Ce type de projet nécessite une bonne maîtrise des matériaux, des techniques de désimperméabilisation et des enjeux environnementaux.
En premier lieu, notre service des Parcs, jardins et espaces verts tient compte de la présence d’arbres et autres végétaux pour identifier ceux qui peuvent être protégés et conservés.
Selon l’exposition et les spécificités de la cour, il choisit le type de végétaux qui peuvent être accueillis, l’emplacement des aires de jeux ou de détente, et les revêtements les plus adaptés pour favoriser l’infiltration de l’eau. Il peut s’agir de grave stabilisée, d’un béton ou enrobé drainant, de copaux, de pavés à joints imperméables… Nous évitons les dalles engazonnées car elles nécessitent un arrosage régulier et parfois de la tonte.
La connaissance des essences est aussi une compétence précieuse : nous privilégions des plantes locales capables de supporter la sécheresse et qui ne nécessitent pas ou peu d’arrosage. Sens arbore 4 fleurs au label Villes et Villages Fleuris depuis 1991, ce qui témoigne de notre engagement pour l’environnement et l’expertise de nos services.
Tous les projets d’aménagements des cours d’école sont co-construits avec les directeurs d'école, les enseignants, les parents d'élèves et les enfants. Ils sont associés dès l’amont des projets dans la réflexion globale de transformation des cours. La désimperméabilisation et la végétalisation font en général l’unanimité. Elles sont d’ailleurs maintenant ancrées dans nos pratiques et nous les mettons en œuvre dans d’autres espaces publics.
Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?
Aucune enquête publique n'a été réalisée et le dimensionnement de chaque projet s’appuie sur les compétences techniques et l'expérience des services de la collectivité.
Nous ne menons pas d’études spécifiques du sol et d’études hydrauliques pour chaque cour d’école car cela prendrait trop de temps et serait trop coûteux. Mais tout établissement étant unique en termes de surface à désimperméabiliser, d’exposition, de végétalisation existante ou à implanter, de capacité d’accueil d’aire de jeux etc., chaque dossier est étudié au cas par cas.
Les travaux préparatoires – dessin, chiffrage, plan général du chantier… – sont effectués en régie par les services de la Mairie en année N-1. Cela nous laisse le temps de consulter les parties prenantes à l’occasion de réunions ou lors des conseils d’école, et de proposer des solutions sur mesure à chaque établissement scolaire.
Ensuite, nous réalisons les travaux en année N de manière séquencée, pendant les vacances scolaires. Le suivi des travaux est également réalisé par les services de la Mairie. Cela permet d’offrir une nouvelle cour d’école à la rentrée de septembre.
En plus des sept cours déjà désimperméabilisées et aménagées entre 2023 et 2026, sept à huit autres cours sont d’ores et déjà programmées pour les prochaines années et suivront cette même organisation.
Comment la municipalité de Sens a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?
La collectivité a construit un plan de financement en mobilisant plusieurs partenaires publics engagés en faveur de la transition écologique et de l'adaptation au changement climatique. Des subventions ont notamment été sollicitées et obtenues auprès de l'État au titre de la Dotation de soutien à l'investissement local (DSIL) et du Fonds vert – Axe Renaturation, ainsi qu'auprès de l'Agence Nationale du Sport (ANS), en fonction des composantes du projet.
Cette recherche de cofinancements a permis de réduire le reste à charge de la collectivité tout en portant une opération ambitieuse de désimperméabilisation, de gestion durable des eaux pluviales, de végétalisation des espaces et de création d'îlots de fraîcheur.
En revanche, l'Agence de l'eau Seine-Normandie n'a pas été associée à cette opération car le projet ne répondait pas aux critères d'éligibilité de ses dispositifs d'aide, notamment en l'absence d'étude hydraulique ou de perméabilité des sols.
Au total, pour 6 700 m² désimperméabilisés sur les sept cours d’écoles, le montant prévisionnel des travaux s’est élevé à 600 187,85 € HT. 143 300 € HT ont été obtenus au titre de la Dotation de soutien à l'investissement local, 127 917€ HT du Fonds vert et 15 990 € HT de l'Agence Nationale du Sport. Le solde a été financé par la Mairie de Sens.
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
Chaque projet fait l’objet d’une consultation auprès d’entreprises de travaux publics pour les travaux de terrassement, les évacuations de gravat, l’apport de nouvelles terres, la pose du nouvel enrobé et des aires de jeux.
Nous travaillons avec différents pépiniéristes implantés en France pour sélectionner les essences les plus adaptées à chaque cour d’école.
Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?
Pour mener à bien ce type de travaux, il est essentiel d'associer dès le début du projet les directeurs d'école, les enseignants, les parents d'élèves et les enfants afin de répondre au mieux aux besoins des usagers.
Je conseille également de faire confiance aux services internes des mairies, qui ont les compétences pour réaliser ces projets sans faire appel à des bureaux d’études. Cela permet de gagner du temps et de réduire le montant des budgets. Le savoir-faire des services et leur capacité à travailler ensemble de manière transversale est un réel atout.
Il est important de traiter directement la gestion des eaux fluviales avec des noues et des enrobés drainants qui récupèrent l’eau et facilitent son infiltration dans le sol. A contrario, il est préférable d’éviter des aménagements plus complexes comme les structures alvéolées qui demandent de l’arrosage puis de l’entretien des pelouses. La désimperméabilisation et la végétalisation des cours d’école doit être pensée sur le long terme : la priorité doit donc être donnée aux aménagements les plus durables, adaptés à l’usage qu’en auront les enfants et capables de supporter des aléas climatiques.
La question du financement des travaux doit aussi être étudiée. À Sens, nous avons préféré monter un plan de financement distinct pour chaque projet, pour gagner en souplesse et nous affranchir de certaines contraintes. Mais un plan pluriannuel peut aussi être envisagé et permettre d’aller chercher des subventions auprès d’autres organismes.