GESTION DES EAUX PLUVIALES

Intégrer l’infiltration et les bassins dans un projet urbain sur dalle (93)

Parole de collectivité

Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, Aquagir part à la rencontre d’élus et de porteurs de projets qui sont passés à l’action

Le projet de requalification de l’esplanade de la Commune de Paris transforme un espace sur dalle de 2,85 hectares en un système urbain intégrant pleinement la gestion des eaux pluviales. De quoi permettre la création de promenades plantées sur dalle et de noues en pleine terre, connectées à des bassins paysagers rénovés.

L’eau est désormais gérée sur site, en étant collectée, ralentie puis infiltrée grâce à un enchaînement de dispositifs. Cette approche permet de répondre aux exigences d’infiltration à la parcelle, tout en améliorant le cadre de vie, la biodiversité et l’adaptation au changement climatique.

L’objectif était de sortir d’un système entièrement imperméable, où l’eau était évacuée, pour recréer un cycle sur site, et redonner une fonction écologique aux bassins.

Téo Garcia

L'interview

Comment le projet s’inscrit-il dans la transformation du quartier du Mont-d’Est ?

L’esplanade de la Commune de Paris constitue une pièce centrale du quartier du Mont-d’Est, aménagé à partir des années 1970 selon les principes de l’urbanisme sur dalle. Conçu à l’origine comme un pôle tertiaire majeur de l’Est parisien, le site s’est progressivement dégradé, notamment avec la désaffectation de la gare routière en sous-face.

Cette situation a révélé des dysfonctionnements importants : rupture entre quartiers, mauvaise lisibilité des cheminements, dégradation des espaces publics et déficit d’attractivité. Le projet vise à transformer ce lieu en une véritable centralité contemporaine, en rétablissant des continuités urbaines et en intégrant les enjeux environnementaux, dont la gestion de l’eau.

Quels constats vous ont amenés à faire de l’eau un enjeu structurant ?

Le site était quasi totalement imperméable, reposant sur une dalle déconnectée du sol naturel. Les eaux pluviales étaient évacuées directement vers les réseaux, sans infiltration ni régulation, ce qui accentuait les phénomènes de ruissellement.

Par ailleurs, le quartier est identifié comme déficitaire en espaces verts, avec moins de 10 m² par habitant. Cette combinaison (minéralité, manque de végétation et absence de gestion intégrée de l’eau) contribuait à des phénomènes d’îlots de chaleur et à une faible qualité environnementale.

Ces constats ont conduit à repositionner l’eau comme un élément structurant du projet, en lien avec la création d’une trame verte et bleue à l’échelle du territoire, en articulation avec les grands espaces naturels environnants, le lac des Mares-Dimanche et le parc Louis-Antoine de Bougainville notamment, afin de créer de vraies continuités paysagères

Comment s’organise concrètement la gestion des eaux pluviales sur le site ?

Le projet repose sur une logique de gestion à la source, visant à infiltrer l’eau au plus près de son point de chute. Ce type d’approche répond aux règlements d’assainissement, qui imposent aujourd’hui de limiter fortement les rejets d’eaux pluviales vers le réseau public.

Le site est structuré en micro-bassins versants, qui organisent le cheminement de l’eau à l’échelle de l’esplanade. Concrètement, l’eau de pluie tombe sur les promenades et les espaces publics, est guidée par des caniveaux à ciel ouvert, puis transite par des noues végétalisées où elle peut s’infiltrer progressivement.

Lorsque ces dispositifs atteignent leur capacité maximale, l’eau est dirigée vers les bassins paysagers, qui assurent un stockage temporaire et une régulation des écoulements. Ce système en cascade permet de ralentir l’eau, de favoriser son infiltration et de limiter les rejets vers le réseau.

Quel rôle jouent les bassins dans le projet ?

Les bassins constituent un élément central du dispositif. Initialement conçus en béton, ils ont été entièrement requalifiés et végétalisés dans une première phase livrée en 2021.

Ils assurent plusieurs fonctions complémentaires : hydraulique, en recevant les eaux excédentaires ; écologique, en accueillant des habitats aquatiques ; paysagère, en structurant les espaces publics. Ils remplacent en partie le rôle du réseau en permettant de gérer sur site les volumes d’eau excédentaires, sans les évacuer immédiatement.

Des aménagements spécifiques ont été intégrés, comme des îlots flottants constitués de substrats en fibres naturelles. Ces dispositifs favorisent la biodiversité, en offrant des zones de refuge pour les poissons et de nidification pour les oiseaux.

Le fonctionnement des bassins est également optimisé par des systèmes d’oxygénation de l’eau, permettant de limiter les phénomènes d’eutrophisation, c’est-à-dire la prolifération d’algues liée à un excès de nutriments qui appauvrit l’eau en oxygène, et de recréer un écosystème viable.

Comment le projet concilie contraintes techniques et renaturation ?

L’intervention sur une dalle existante impose de nombreuses contraintes. Le site est traversé par des infrastructures majeures, dont le RER A, et comporte des volumes souterrains importants. Cela limite les possibilités de création de pleine terre.

Le projet repose donc sur une approche différenciée : ouverture de la dalle lorsque cela est possible ; création de fosses de plantation profondes (jusqu’à 1 m) lorsqu’il n’est pas possible de développer de la pleine terre ; aménagement de noues en dépression ; maintien de certaines zones sur dalle végétalisée.

Cette combinaison permet d’introduire du végétal et de l’infiltration, malgré un contexte fortement contraint.

Enfin, le chantier s’inscrit dans un environnement urbain dense et très fréquenté, ce qui impose des contraintes fortes en matière d’organisation, de phasage et de maintien des circulations.

Quels diagnostics ont été réalisés en amont ?

Plusieurs études ont été conduites, notamment sur la géotechnique, l’hydrogéologie et la perméabilité des sols. Un travail spécifique a également été mené sur les sédiments des bassins, qui accumulaient des polluants liés à plusieurs décennies de ruissellement.

Un diagnostic écologique a été réalisé afin d’identifier les enjeux en matière de biodiversité. Il a mis en évidence la présence d’espèces d’oiseaux patrimoniales, confirmant l’intérêt de restaurer des habitats favorables.

Comment le projet a-t-il été financé ?

Le coût global de l’opération s’élève à environ 40 millions d’euros. Le financement repose sur un montage mixte :

  • 50 % de financement privé, lié à la valorisation des programmes commerciaux
  • 30 % de subventions publiques (Agence de l’eau, État, Région, Métropole, ANCT)
  • 20 % de participation des collectivités (Ville de Noisy-le-Grand et Grand Paris Grand Est)

Le projet bénéficie notamment de soutiens au titre du Fonds Vert, du Fonds Friches et du programme Nature 2050 (lire notre encadré), qui accompagne également le suivi écologique dans le temps.

Quels enseignements tirez-vous de cette opération ?

Le projet montre l’intérêt de considérer l’eau comme un levier structurant de l’aménagement, capable de transformer en profondeur le fonctionnement d’un espace urbain.

Il met également en évidence la nécessité d’anticiper les enjeux de gestion : les aménagements développés, notamment paysagers, doivent être compatibles avec les moyens des collectivités, afin d’assurer leur pérennité.

Enfin, il confirme que la transformation d’un site contraint, comme une dalle, est possible, à condition de mobiliser des compétences pluridisciplinaires et d’adopter une approche intégrée. Ce type de dispositif peut être transposé sur d’autres espaces fortement imperméabilisés, à condition d’adapter les solutions aux contraintes locales, notamment la présence de réseaux, la portance des sols et la profondeur disponible pour la pleine terre.

Quelles perspectives pour la suite ?

Les prochaines étapes concernent la livraison progressive des promenades plantées entre fin 2026 et fin 2028. À long terme, un suivi sera assuré jusqu’en 2050 dans le cadre du programme Nature 2050.

Les premières modélisations montrent une amélioration significative du confort thermique, avec la création d’îlots de fraîcheur pouvant atteindre jusqu’à 4°C ressentis de moins que la situation initiale.

Le projet en détails

Dates clés

  1. 2021

    Livraison de la phase 1 (requalification des bassins)

  2. 2021 - 2027

    Travaux de requalification globale

  3. T4 2026

    Livraison des promenades plantées du socle Nord

  4. T4 2028

    Livraison des promenades plantées du socle Sud

Chiffres clés

  • 2,85

    hectares, la superficie du site aménagé

  • 40

    M€, le coût total du projet

  • 100

    %, le pourcentage des pluies courantes infiltrées

À retenir

  • Réintroduction d’un cycle de l’eau fonctionnel en contexte contraint

  • Transformation des bassins en écosystèmes urbains

  • Complexité technique liée aux infrastructures existantes

Les partenaires du projet

  • Agence de l’eau Seine Normandie

  • Etat

  • Région Ile-de-France

  • Métropole Grand Paris

  • ANCT

  • Ville de Noisy-le-Grand

  • Grand Paris Grand Est

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