Rodez Agglo Habitat (12) : redonner droit de cité à l’eau et à la nature
Parole de bailleur
Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, Aquagir part à la rencontre de bailleurs sociaux qui sont passés à l’action
Opérateur historique du logement social de l’agglomération ruthénoise, Rodez Agglo Habitat gère 2 400 logements.
Au nord de la ville, au cœur de Saint Eloi Ramadier, identifié comme un quartier en décrochage social, l’ensemble PLR – Sainte Barbe a bénéficié en 2025 d’une opération majeure de renaturation des espaces extérieurs. Près de 600 000 € ont été investis pour la désartificialisation de 2000 m2 environ au profit d’espaces végétalisés et de zones de stationnement mieux réparties. Des jardins de pluie ont été aménagés en pied de façades pour infiltrer les eaux pluviales et piéger les polluants mais aussi restituer l’humidité par évapotranspiration en période de chaleur.
Des citernes ont été installées hors sol pour récupérer l’eau et arroser les nombreuses plantations (arbres d’ornement, arbres fruitiers, arbustes pour les oiseaux et massifs fleuris composés d’essences multiples). Les zones de stationnement quant à elles ont été réalisées en nid d’abeille de béton et de gazon, toujours par souci d’infiltration des eaux. Un nouveau rapport à l’eau, à sa gestion et à son respect y est dessiné pour tous, opérateurs et habitants, dont la qualité de vie s’en trouve améliorée.
Renaturation ensemble PLR – Sainte Barbe - Crédit photo : Rodez Agglo Habitat
Gérer un patrimoine immobilier comme le nôtre implique de se soucier des locataires actuels mais bien sûr et aussi de ceux de demain.
L'interview
Comment le projet s’est-il imposé à l’agenda de Rodez Agglo Habitat ?
Conforter la place de la nature dans le patrimoine de Rodez Agglo Habitat constitue l’un des objectifs de notre Convention d’Utilité sociale (CUS) 2020-2026. Ce document stratégique, qui nous engage vis-à-vis de nos organismes de tutelle, porte une ambition plus poussée : la réduction de nos émissions de gaz à effet de serre et ce, à un moment où le secteur de l’habitat social se questionnait davantage sur la performance énergétique.
Mon réflexe de technicien m’amenait d’abord à envisager seulement les réponses éprouvées (isolation, décarbonation des énergies utilisées) pour y satisfaire mais la Commission Développement durable qui avait impulsé ces « vertes » intentions a ouvert le champ des solutions au-delà du bâti. J’avoue qu’alors j’étais perplexe et je le dis très sincèrement, je ne pensais pas du tout à l’eau. Mes collègues pensaient « identification des arbres marquants », « création d’espaces ombragés » pour lutter contre les effets d’îlots de chaleur, « création de jardins partagés » pour favoriser le vivre-ensemble et « restauration de la biodiversité » en lieu et place des déserts végétaux, ces pelouses bien tondues qui souffrent tant l’été.
De proche en proche, nos interrogations nous ont amené à réfléchir à la question des circulations, des espaces imperméabilisés puis au traitement des eaux pluviales.
Une opération s’est imposée d’elle-même, datant des années 60/70 dans le quartier Saint Éloi Ramadier : 62 logements sociaux répartis entre l’immeuble Sainte-Barbe (21 logements) et les PLR (pour programme à loyer réduit), 3 bâtiments de 41 logements. 68 % d’imperméabilisation des espaces pour le premier, 93% pour le second : on est là sur l’exemple type d’un consensus autour du bitume qui s’est sédimenté avec le temps. Exit la nature ! Or, elle existait bien sur les plans architecturaux d’origine. Mais l’essor de la voiture et les demandes nouvelles qu’elle a fait naître chez nos locataires qui voulaient se garer au plus près de leur cage d’escalier ont eu raison du dernier brin d’herbe. Le bitume était perçu comme plus propre, la balayeuse pouvait intervenir jusqu’en pied d’immeuble, les enfants jouer au ballon sans se salir.
On ne peut déplorer aucune mauvaise intention derrière chaque accommodement, chaque renoncement qui était très apprécié et vécu comme une amélioration du cadre de vie. L’époque était au tout-voiture.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Nous ne nous sommes pas engagés sur PLR - Sainte Barbe tout de suite. Sour l’impulsion de notre Commission Développement durable, des premières expérimentations ont été réalisées entre 2020 et 2022 dans le cadre de projets de rénovation urbaine et de requalification de parcs et d’espaces arborés et végétalisés existants.
Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou coconstruit avec eux ?
Sur ces premiers projets pilotes, nous avons imposé la présence de paysagistes diplômés dans l’équipe d’architectes. Sur PLR - Sainte Barbe qui est un projet paysager, nous avons encore hissé cette exigence d’un cran puisque c’est la paysagiste qui est devenue la cheffe d’équipe. Je tiens d’ailleurs à souligner le travail de pédagogie de notre paysagiste, Mme Boudot, qui a su convaincre que l’on pouvait réussir en plaçant le végétal au centre du projet. Nous avons non seulement écouté ses préconisations mais nous les avons aussi suivies, toutes, et quasiment à la lettre. Certaines étaient coûteuses et ont nécessité d’économiser sur d’autres postes mais la programmation de l’atelier des Bordes qui a compris nos besoins a entièrement été mise en œuvre.
Les locataires n’ont pas été directement associés dans le détail à ce projet spécifique de renaturation. Cependant, ils l’ont été dans le cadre plus vaste d’un programme de rénovation urbaine du quartier Ramadier Saint Eloi qui a commencé par des études urbaines et sociologiques. Elles ont été menées avec le soutien de Rodez Agglo, la collectivité de rattachement de Rodez Agglo Habitat, de la ville de Rodez et de l’État. La rencontre avec les habitants avait démontré la nécessité de requalifier les espaces extérieurs des îlots d’habitat social.
Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?
Notre Conseil d’administration a voté le lancement d’une consultation pour que soit réalisée une étude de programmation afin de définir précisément le programme, appréhender toutes les contraintes (réseaux, stationnement, accès pompiers …) et estimer le montant des travaux. Cette étude, qui ne devait porter que sur PLR au départ, a très vite montré qu’il fallait aussi englober Sainte Barbe, à côté, pour des motifs évidents de codépendance sur les ruissellements, les eaux pluviales mais aussi les cheminements. Une maîtrise d’œuvre a été désignée (Atelier des Bordes, paysagiste, Sud Infra Environnement, bureau d’études). Son premier diagnostic faisait clairement état d’un « espace goudronné en noir sur toute la surface, encloisonné, sans aucune végétation ; un fabuleux exemple d’îlot de chaleur ».
Comment Rodez Agglo Habitat a-t-il financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?
Dans un premier temps, nous avons répondu début 2022 à un appel à projets de l’agence de l’eau Adour Garonne et de la région Occitanie, baptisé « Désimperméabilisons les sols urbains ! ». Nous pensions avoir nos chances puisque son objectif « donner à l’eau et à la nature droit de cité » était identique au nôtre. Malheureusement, nous n’avons pas été retenus. Ma collègue, Agathe Delebarre, qui a fait un formidable travail sur ce dossier, est allée rencontrer l’agence de l’eau qui nous a conseillé de recandidater sur un programme pluriannuel d’intervention en faveur d’une meilleure gestion des eaux pluviales. Nous avons donc repostulé et notre projet a été retenu. L’agence de l’eau a abondé notre budget à hauteur de 150 000 €, la moitié de la part travaux dévolue à l’eau, soit 300 000 sur les 600 000 € du projet. Nous avons financé le solde.
Je tiens à souligner que nous ne sommes pas des experts des guichets de financement auxquels prétendre, nous n’en avons tout simplement pas l’habitude. En outre, le projet n’a pas été inspiré par telle ou telle promesse de subvention ; c’est bien sa cohérence qui a prévalu jusqu’au bout.
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
Notre projet a été mené dans le cadre plus large du programme de rénovation urbaine du quartier soutenu par la commune, Rodez Agglo et l’Etat dans le cadre du Contrat de Ville.
Fait original en matière de projet d’espaces extérieurs, la maitrise d’ouvrage menée par Rodez Agglo Habtat s’est appuyée sur le bureau de contrôle APAVE qui a vérifié les conditions d’accès des secours en concertation avec les services d’incendie et de secours.
Ont également pris part à cette opération de requalification des espaces extérieurs le coordinateur SPS ZDFC Formation Conseil (Sécurité Protection Santé), et pour les travaux la SARL Puechoultres sur le lot voiries et réseaux divers, Sols Midi Pyrénées sur le lot bétons et enfin, ID Verde, sur le lot aménagements paysagers. Du mobilier, fourni par l’ESAT SEVE, de la fondation OPTEO, a également été installé par notre Régie pour créer des espaces de repos et de rencontre dans les zones végétalisées.
Quels conseils donneriez-vous à un bailleur social qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?
Je dirais simplement qu’il faut parfois s’autoriser à sortir de sa zone de confort et des sentiers battus. Cette opération de désimperméabilisation en est l’exemple parfait. En qualité de technicien, j’avoue qu’elle ne me semblait pas du tout être, si ce n’est une priorité, un type de solution tant apprécié des locataires. Si l’on s’en tient à la ligne budgétaire, on peut même avoir le sentiment qu’elle nous coûte cher.
Or, ce programme va améliorer le confort d’été des habitants et donc, leur qualité de vie. Il participe également à une meilleure régulation des eaux pluviales. Que dire du temps long ? Dans 50 ans, ces aménagements paysagers seront encore là alors que mon parking, j’aurais eu à le refaire deux fois entre-temps. L’argent investi dans un office HLM se réfléchit forcément sur le long terme. Gérer un patrimoine comme le nôtre implique de se soucier des locataires actuels mais bien sûr et aussi de ceux de demain.
Je tiens à saluer ce travail de la Commission Développement durable installée par notre Conseil d’Administration. En suscitant cette nouvelle approche, en faisant appel à d’autres type de Maîtrise d’œuvre, nous nous sommes laissés convaincre du bien-fondé de cette « sortie de route ».