Transformation d’une friche urbaine en jardin permacole (94)
Parole de collectivité
Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, Aquagir part à la rencontre d’élus et de porteurs de projets qui sont passés à l’action
Implanté sur une friche urbaine d’environ 1 000 m², le jardin permacole de Thiais a été conçu comme un support d’agriculture urbaine à vocation éducative, intégrant dès l’origine les enjeux de gestion de l’eau et de biodiversité.
Sa création a entraîné une requalification globale du parc André Malraux. Le projet s’appuie sur la désimperméabilisation des sols, la diversification végétale et une meilleure infiltration des eaux de pluie, contribuant à améliorer la résilience du site face aux sécheresses et aux pluies intenses, tout en ouvrant des perspectives d’évolution sur la gestion de l’eau à l’échelle du site.
Atelier pédagogique « Les petits plats du jardin » au sein du jardin permacole de Thiais : les enfants du centre de loisirs découvrent les cultures, les saisons et l’alimentation à partir des productions du site - Crédits photo : Ville de Thiais
Ce projet a permis de remettre en question le fonctionnement du parc dans son ensemble.
L'interview
Comment ce projet s’est-il imposé à l’agenda de la commune de Thiais ?
Il s’inscrit dans le cadre du plan communal de transition écologique de la ville, structuré autour de cinq grands axes : développement de la végétalisation ; défense de la biodiversité ; promotion des mobilités douces ; préservation des ressources ; démarche de réduction des déchets. Thiais est une commune urbanisée, fortement minéralisée et traversée par de grandes infrastructures. Les espaces verts y constituent un enjeu majeur, d’autant plus que la ville dispose d’un patrimoine arboré conséquent. La transformation de cette friche et la requalification du parc André Malraux répondent à la fois à ces orientations stratégiques et à une demande croissante de sensibilisation du public aux enjeux environnementaux.
Quels constats ont motivé le projet, notamment sur la gestion de l’eau ?
Le parc André Malraux présentait de fortes surfaces imperméabilisées, y compris au sein de ses circulations internes. Cette configuration accentuait les phénomènes de ruissellement vers la voirie adjacente lors des pluies, tout en limitant l’infiltration de l’eau dans les sols. En période estivale, les pelouses se desséchaient rapidement, la biodiversité s’appauvrissait et l’arrosage devenait contraignant. La ville s’inscrivant en flanc de coteau, la topographie renforçait ces dysfonctionnements. L’un des objectifs centraux du projet a donc été de désimperméabiliser les sols, d’améliorer leur capacité d’infiltration et de mieux gérer l’eau à l’échelle du parc et du jardin permacole.
Comment le jardin permacole a-t-il été conçu en lien avec ces enjeux hydriques ?
L’espace a été pensé comme un support éducatif d’agriculture urbaine, adapté aux contraintes d’une petite surface. Son organisation repose sur plusieurs zones complémentaires : cultures bio-intensives, jardin perpétuel, verger et cultures sous tunnel, chacune ayant des besoins en eau différenciés. Le paillage, la densification des cultures, le choix des variétés et la structuration des sols visent à limiter les besoins en arrosage.
Le projet a également amorcé une réflexion plus large sur la récupération des eaux de pluie et l’adaptation des pratiques d’irrigation, aujourd’hui encore en cours d’amélioration. À ce stade, l’arrosage du jardin repose encore sur le réseau d’eau potable, ce qui explique la place centrale accordée à la réflexion en cours sur la récupération des eaux de pluie.
En quoi ce projet a-t-il entraîné la requalification du parc André Malraux ?
Ce jardin a servi de déclencheur pour repenser l’ensemble du parc bien qu’il représente une surface limitée. La requalification a permis de supprimer des voiries internes imperméables, de diversifier les strates végétales, de remplacer des haies monospécifiques et de planter cinquante nouveaux arbres.
Cette transformation a amélioré le fonctionnement hydrique du site : les sols sont désormais plus infiltrants et mieux connectés, ce qui renforce progressivement la résilience face aux épisodes de sécheresse ou de pluie intense. Cette amélioration constitue toutefois une première étape : si la désimperméabilisation a permis de rétablir un fonctionnement hydrique plus favorable, d’autres leviers restent à explorer à l’échelle du site pour aller plus loin dans la gestion de l’eau.
Quelles références, sources d’inspiration et études ont guidé la conception du projet ?
La réflexion autour du jardin permacole s’est nourrie de plusieurs références en agriculture urbaine et en agroécologie. La notion de permaculture a d’abord été portée par l’association Génération Jardins de Thiais, gestionnaire du jardin pédagogique voisin. Afin de mieux comprendre ces pratiques, la commune s’est notamment appuyée sur les travaux de la ferme du Bec Hellouin, dans l’Eure, identifiée comme une référence nationale en matière de permaculture et d’agroécologie.
En parallèle, la ville a mobilisé des ressources académiques et méthodologiques, en particulier auprès de la chaire Agriculture urbaine d’AgroParisTech, afin de situer son projet dans les différents modèles existants, avec une vocation clairement éducative.
Plusieurs études et diagnostics ont également été réalisés pour poser les bases du projet : des analyses de sols ont été menées en partenariat avec SécurAgri et AgroParisTech sur le jardin permacole et le parc, un avant-projet sommaire a été réalisé par un bureau d’études et un inventaire arboré a été conduit dans le cadre de la charte de l’arbre de la ville. Ces éléments ont permis d’orienter les choix d’aménagement, notamment en matière de désimperméabilisation et de gestion de l’eau.
Quelles compétences et partenaires ont été mobilisés pour la mise en œuvre du projet ?
La ville de Thiais a assuré le pilotage direct du projet en régie, en choisissant de conserver une maîtrise forte sur sa conception et sa mise en œuvre. Elle s’est appuyée sur une organisation partenariale structurée, associant élus, services municipaux et partenaires extérieurs dans le cadre de comités de pilotage et de comités techniques.
Le projet a mobilisé des écologues, paysagistes et bureaux d’études, ainsi que le CAUE du Val-de-Marne, notamment pour la diversification végétale et l’intégration paysagère du parc. L’association Génération Jardins de Thiais a été impliquée dans la continuité du jardin pédagogique existant, tandis que Culture en Ville accompagne le site sur le long terme pour le développement des pratiques de permaculture et l’animation du jardin.
Le programme Nature 2050 (lire l’encadré ci-après), porté par CDC Biodiversité, a joué un rôle central dans l’accompagnement du projet, tant sur le plan financier que méthodologique, avec un suivi des indicateurs écologiques dans la durée. L’ensemble de ces compétences a permis de croiser enjeux techniques, pédagogiques et environnementaux, tout en assurant la pérennité du projet.
Comment le projet a-t-il été financé ?
Le coût total du projet s’élève à plus de 685 000 euros, dont 455 124 euros d’aides apportées par la Métropole du Grand Paris et le Fonds Nature 2050 de CDC Biodiversité au titre de leur appel à projets commun. Ce soutien financier a été déterminant pour engager les opérations de désimperméabilisation, de requalification écologique et d’aménagement du jardin permacole. Le Département du Val-de-Marne a également contribué au projet dans le cadre du plan « 50 000 arbres ». Le reste du financement a été assuré par la commune.
Quels enseignements tirez-vous de ce projet ?
La réussite du projet repose avant tout sur la méthode de travail partenariale et sur l’appropriation du projet par les services municipaux et les habitants. Le suivi des indicateurs dans la durée donne du sens à l’action publique et renforce l’adhésion de la population. Les principales difficultés concernent les coûts de fonctionnement et la montée en compétence des équipes, l’agriculture urbaine et la gestion différenciée nécessitant des savoir-faire spécifiques et du temps.
Quelles perspectives pour les années à venir ?
Le site est désormais un lieu d’animations, d’ateliers éducatifs et de lien social. Les prochaines étapes portent sur l’amélioration de la récupération des eaux de pluie pour l’arrosage et sur le maintien d’une gestion différenciée de qualité. L’objectif est de faire vivre durablement ce projet, en cohérence avec les engagements du programme Nature 2050.
Focus sur le programme Nature 2050
Créé par CDC Biodiversité en 2016 à la suite de l’Accord de Paris, le programme Nature 2050 soutient des actions volontaires de restauration des écosystèmes via la mise en œuvre de solutions fondées sur la nature. En milieu urbain, il accompagne notamment des projets de désimperméabilisation, de lutte contre les îlots de chaleur et de restauration de sols fonctionnels.
Le programme repose sur un engagement de long terme : les sites soutenus font l’objet d’un suivi jusqu’en 2050, incluant des indicateurs écologiques tels que la capacité de rétention en eau des sols, leur fertilité et leur évolution dans le temps.