GESTION DES EAUX PLUVIALES

Un quartier « Zéro tuyaux » pour les eaux pluviales à Rennes (35)

Niveau d'expertise : intermédiaire

Dès le début de la conception du quartier de Beauregard, à Rennes (35), la volonté était de développer un quartier « zéro tuyau », avec des haies bocagères conservées et une infiltration sur place de l’eau de pluie pour alimenter cette trame verte.

Le plan du quartier a été conçu pour dessiner un parcours aérien de l’eau (plutôt qu’un réseau enterré) et tenir compte de la topographie, le point haut du quartier étant l’un des plus hauts de Rennes.

Des noues, bassins et gabions permettent d’infiltrer l’eau, de retenir les fortes pluies, ou des caniveaux permettent de conduire directement les gouttières vers la rivière pour les maisons les plus proches du cours d’eau.

On ne prévoit pas l’aménagement d’un quartier sans une vision lointaine.

Philippe Clément

L'interview

Comment le projet s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?

L’agglomération rennaise augmente d’environ 6 000 habitants par an. Dès les années 90, la collectivité prévoyait la construction de 5 000 logements sur la zone de Beauregard. La première partie date des années 90, les livraisons de logements sont toujours en cours et les dernières devraient avoir lieu en 2030.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

Dans les années 90, il existait peu d’exemples de gestion aérienne des eaux. Cela dit, les Rennais ont régulièrement échangé avec des ingénieurs grenoblois qui s'y intéressaient aussi. Et près de Caen, une commune a mené un projet expérimental avec un bureau d’étude avant-gardiste sur la gestion alternative des eaux pluviales ; les techniciens de la ville de Rennes se sont également formés auprès de ce bureau d’étude dans les années 90.

À Rennes, les premières tranches ont permis de tirer des enseignements pour les suivantes. Par exemple, les premières noues étaient plutôt conçues comme des fossés. Or, les noues doivent être larges et avoir des rives en pente douce, pour servir de zone tampon et de percolation. Ainsi, les noues les plus récentes rappellent plutôt un paysage de zone humide et accueillent régulièrement des grenouilles.

L’une des nouveautés dans le quartier de Beauregard-Quincé (commencé dans les années 2000 et qui se termine en 2026) : des noues de transfert, qui permettent de faire transiter l’eau vers un autre espace.

Un autre enseignement tiré des premières tranches est que la percolation de l’eau est difficile dans cette zone, le sol étant argileux. Pour Beauregard-Quincé, les urbanistes ont cherché à faciliter cette percolation, en « grattant » le sol par endroits et en implantant des plantes traçantes, dont les racines créent des galeries.

Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou coconstruit avec eux ?

Nous sommes allés chercher des urbanistes capables d’avoir comme fil conducteur l’esprit paysager du quartier.

À la fin des années 90, les premiers retours des habitants étaient critiques : la présence de la boue (les routes n’étant pas terminées), le manque de stationnement, et des retours sur trop d’enherbement, pas assez d’entretien. Ce n’était pas les attentes des années 90 pour un quartier nouveau. Il a fallu de la pédagogie, en réunions publiques, pour expliquer pourquoi les haies étaient conservées et pourquoi l’herbe ne serait tondue que 2-3 fois par an. Les remarques sur l’entretien des espaces verts continuent, mais sont plus rares. Le Covid a cependant permis aux habitants de se réapproprier leur quartier et de mieux apprécier et accepter les espaces verts.

Une association de quartier s’est rapidement constituée et la Ville a proposé d’impliquer ces habitants dans la construction du quartier. Ceux-ci ont alors été incités à se projeter sur le vivre ensemble, les futures zones de construction, la préservation de la nature. Ainsi, l’association de quartier a fédéré les questions des habitants.

Paradoxalement, nous avons reçu des plaintes pour la présence de moucherons, moustiques et surtout, au printemps, pour le bruit des grenouilles en période de reproduction.

Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?

Pour dimensionner le projet, nous avons un dossier « loi sur l’eau » avec des objectifs : la collectivité a décidé d’atteindre un objectif de retenue de 8 litres par seconde par hectare (contre 3 litres par seconde par hectare par un milieu naturel), pour gérer les crues vingtennales et, sur la partie la plus haute, au titre d’une expérimentation, les crues centennales.

Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?

Parmi les financements contribuant à la construction du quartier, nous avons eu une subvention de l’Agence de l’eau Loire Bretagne, sur le secteur expérimental évoqué plus haut.

Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

La maîtrise d’œuvre de la Collectivité (Direction des Espaces Publics et Infrastructures) a été impliquée dès le démarrage du quartier, avec des compétences internes avérées, puis aidée ponctuellement, en fonction des secteurs d’aménagement, par des bureaux d’études hydrauliciens. Plus récemment, l’apport des scientifiques d’Agrocampus Rennes a permis de mieux saisir encore les caractéristiques des sols et le fonctionnement des nappes de ce secteur.

Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?

Pour la gestion des eaux pluviales, il faut considérer les trames vertes et bleues, mais aussi la trame noire (une nuit sans lumière pour préserver la biodiversité) et la trame brune (pour préserver la qualité des sols). Il faut concevoir ces trames ensemble pour prendre en compte les fonctionnalités des sols et pas seulement le parcours de l’eau.

Le projet en détails

Dates clés

  1. 1993

    Création de la ZAC Beauregard

  2. 2005

    Création de la ZAC Beauregard-Quincé

  3. 2006

    Création de la ZAC Portes de Saint-Malo

  4. 2030 - 2031

    Livraison des derniers logements du quartier (ZAC portes de Saint-Malo)

Chiffres clés

  • 110

    ha de surface totale du quartier

  • 60

    % des espaces aménagés sont des espaces verts

  • 6

    km environ de haies bocagères

À retenir

  • Nous avons pu préserver le patrimoine paysager et le magnifier. Nous avons pu tenir la trame dessinée dans les années 90 car tout au long du projet nous avons eu des élus convaincus que la qualité environnementale est mieux acceptée avec la visibilité du cadre

  • En coût global, cela ne coûte pas moins cher de faire des noues que de poser des tuyaux, car il y a un coût d’entretien des espaces verts important

  • Un point d’enseignement : les constructeurs prévoient de plus en plus de collecter des eaux pluviales au niveau des immeubles (réutilisation pour les sanitaires par exemple), ainsi, les volumes d’eau qui arrivent au sol des nouveaux quartiers sont en-deçà des prévisions

Les partenaires du projet

  • Agence de l'eau Loire-Bretagne

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