Une ravine en centre-ville à Louviers (27)
Dans le cadre d'importants travaux de voirie sur la commune de Louviers, l'Agglo Seine-Eure a entrepris la restauration d’une ravine vieille de plusieurs siècles. L’ouvrage est d’une importance majeure puisqu’il permet l’évacuation des eaux de pluies du centre-ville vers les bords de l’Eure.
Des travaux étaient nécessaires pour éviter un risque d’effondrement de l’ouvrage et ont permis de conforter le rôle de cette infrastructure dans la gestion des eaux pluviales à Louviers.
La Porte de l’eau est un endroit stratégique dans Louviers où circulent de nombreuses voitures. - Crédits photo : Maxime Leroux.
Ce projet-là est vraiment une ode à la transversalité.
L'interview
Comment cet aménagement s’est-il imposé à l’agenda de l'Agglo Seine-Eure ?
Sur l'Agglo Seine-Eure, deux types d'investissement sont réalisés par le service du cycle de l’eau : ceux pilotés intégralement (comme la création de nouvelle stations d’épuration) et d'autres où nous travaillons associé à la Voirie (comme la réhabilitation de nos réseaux préalablement à une réfection de chaussée).
Dans le cas de ce projet de ravine, c’est la voirie en liaison avec les communes qui a initié une démarche de requalification de l’espace de la Porte de l’Eau.
Sur cet espace, se trouve une ravine souterraine : une voûte en demi-ovoïde en briques datée du XVIIIe. Elle est reliée au cœur de Louviers, et permet l'évacuation des pluies du centre-ville sur 1,2 km. Nous devions renforcer la structure de l’ouvrage, pour être en adéquation avec le projet d’aménagement en surface. Nous étions inquiets des travaux de terrassements qui devaient avoir lieu au-dessus et risquaient d’entraîner l’effondrement de l’ouvrage. C’est un endroit stratégique dans Louviers, puisque passe ici de nombreuses voitures, poids-lourds et transports en commun, au bord de l’Eure.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Etant donné le contexte et la complexité du site, il a fallu réfléchir à la meilleure façon de fonctionner pour pérenniser notre ouvrage et pour ne pas mettre en danger cet endroit qui voit passer près de 40 000 véhicules/ jour, avec cette notion de développement économique à ne pas perturber. On a fait un benchmark de ce qui se fait sur ce type d'ouvrage.
On sait qu’il y a des choses qui existent, les comparaisons avec d’autres collectivités m’ont mené vers la région parisienne : une canalisation de ce type faite au tunnel de Saint-Cloud.
Nous avons contacté les entreprises de travaux pour nous faire une idée, et les distributeurs pour les matériaux.
Est-ce qu’une étude de faisabilité et/ou d’impact a été réalisée sur ce projet ?
Oui, nous avons investigué sur cet ouvrage. Nous avons collaboré avec le service des archives de l’agglo pour en savoir davantage, car nous avions déjà un recueil documentaire important avec de la cartographie ancienne sur cet ouvrage, datée du début des années 2000, dernière en date de 2019. On a retrouvé des archives précises avec des notes sur l’état de l’ouvrage. Un recueil bibliographique faisait aussi partie de cette étude. On a modélisé tout l'ouvrage sur 80 mètres grâce au passage d’un drone et on a pu ainsi voir l’état structurel et aussi les raccordements qui ont été effectués sur cet ouvrage depuis le XVIIIe.
La particularité c'est qu’on a fait le choix d’assurer la maîtrise d'œuvre en interne : étude, suivi de travaux, faisabilité ont été menés par la direction du cycle de l’eau. Pour des contraintes calendaires, mais aussi car cela nous intéressait : c’était une première sur l’agglo Seine-Eure. Cela nous a aussi fait gagner pas mal de temps sur la prise de décision.
Concernant les compétences, quels sont les principaux sujets à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?
Yann Le Fur : La direction du cycle de l'eau intégrale nous fait cumuler les compétences sur l'ensemble des aspects. A chaque fois on présente le projet comme tel : on sait que les équipes ont souvent les compétences et qu’on a aussi la possibilité d'aller voir ailleurs, développer des projets qui sortent de l’ordinaire. On essaye de travailler aussi en grande concertation avec la voirie. L'idée c’est vraiment de mettre tout le monde autour de la table. Quand je présente ça aux élus, ceux-ci votent généralement en intégralité.
Maxime Leroux : Ce projet-là est vraiment une ode à la transversalité. Nous avons eu des élus qui se sont investis dans la gestion du projet tout en sachant que les sujets périphériques étaient gérés.
Yann Le Fur : Nous sommes une Agglomération solide financièrement, ce qui nous permet de faire des choix audacieux et coûteux. Quand j’ai présenté ça en conseil communautaire, il a fallu expliquer le contexte, le choix des techniques et il y a eu un vote à l'unanimité.
Lors de la phase de diagnostic et de planification, comment la collectivité a-t-elle assuré le bon dimensionnement du projet et l’adhésion des citoyens ?
Yann Le Fur : En étroite communication avec le service communication de l’Agglo Seine-Eure et de la ville de Louviers, nous sommes allés voir les commerçants et les élus se sont déplacés pour faire une permanence sur place avant la réalisation des travaux…
Les élus du conseil de Louviers étaient demandeurs pour qu’il y ait une réflexion et des plans de circulation mouvants, afin de faire en sorte que l'impact sur les commerçants soit le plus faible possible.
Vis à vis des élus : je me sers souvent des catastrophes qui se passent dans le monde en exemple pour rappeler que dans le cas d’une inondation de la Seine on va la voir venir ; par contre l’orage stationnaire peut avoir des conséquences fâcheuses. Donc la gestion des eaux pluviales est fondamentale. Les élus sont de plus en plus sensibilisés maintenant. Ils savent qu’on doit veiller à un système d'évacuation des eaux de pluie le plus efficace possible.
Maxime Leroux : Il faut savoir que la Porte de l’Eau où se situe la ravine est un carrefour de circulation qui amène directement à un cinéma, avec beaucoup de commerce. Le souhait de nos élus était de faire une phase test auprès de la population. Nous avons mis des panneaux partout, sans démarrer les travaux, pour tester nos hypothèses de gestion de la circulation de manière pleinement intégrés à l’étude de faisabilité.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles sont les aides sollicitées/obtenues ?
Le projet de la ravine a été intégré au contrat de territoire. C’était une enveloppe globale pour le projet d'aménagement. Sur l’ensemble des travaux sur la ravine, nous cumulons 800 000 euros HT, avec études et réalisation.
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
Nous avons fait un marché public octroyé à l’entreprise SADE et nous avons aussi collaboré avec un fournisseur de produit allemand STEINZEUG-KERAMO qui a vérifié tous les dimensionnements avec des coques PRV sur mesure fabriquées spécifiquement pour renforcer la structure.
L’entreprise a pleinement joué son rôle pour nous aider. La transversalité a bien fonctionné entre tous les services (mobilités, voiries, et les services d’autres collectivités comme les transports régionaux). Sur l’aspect génie civile et mise en œuvre, on a été parfaitement accompagnés.