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L’importance écosystémique des forêts alluviales

Cet article a été rédigé par Alexis Treilhes

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Forêts alluviales et ripisylves : une définition

Les forêts alluviales sont des écosystèmes forestiers dont le fonctionnement est intimement lié aux cours d’eau et à leurs dynamiques hydrologiques au fil du temps. Elles se développent dans des plaines alluviales, c’est-à-dire sur les lits majeurs des cours d’eau riches en sédiments. Elles sont donc soumises à des inondations, régulières ou exceptionnelles, qui constituent le moteur même de leur équilibre écologique. Pour cette raison, elles sont parfois qualifiées de forêts inondables.

La frange boisée qui borde immédiatement le cours d’eau s’appelle quant à elle la ripisylve. Toutes les forêts alluviales incluent donc par essence une ripisylve, mais il est tout à fait possible d’avoir des ripisylves sans qu’elles constituent des forêts. C’est même le cas le plus fréquent. La ripisylve joue un rôle fondamental dans la protection des berges contre l’érosion et dans l’apport d’ombrage nécessaire au rafraichissement de la température de l’eau. Elle reste cependant spatialement limitée. A l’inverse, la forêt alluviale s’étend bien au-delà, parfois sur plusieurs centaines de mètres, et peut englober des bras morts du cours d’eau et des zones humides.

 

Ripisylve le long de l’Allier

Des écosystèmes forestiers particuliers

A cause de leur positionnement sur des zones inondées de manière épisodique, la composition des forêts alluviales est en constante évolution. Leur organisation résulte d’un étagement végétal adapté à la fréquence des crues et à la mobilité latérale des cours d’eau. La plupart des espèces d’arbres tolérant mal une immersion prolongée, seules celles qui y sont adaptées ont la possibilité de s’y développer. Les zones les plus exposées aux inondations et aux courants sont occupées par des formations pionnières à bois tendre, généralement des saules, des peupliers ou des aulnes. Ces essences sont pour la plupart relativement fragiles mais ont la capacité de coloniser des sols instables et d’assurer une régénération rapide après une perturbation.

 

Berge après une crue

 

A mesure que l’influence directe des crues diminue, la forêt tend à évoluer vers des peuplements plus mûrs à bois dur, notamment des frênes, des chênes glutineux, des érables, voire des ormes (qui se font de plus en plus rares depuis l’apparition d’un champignon parasite à la fin du siècle dernier). La dynamique naturelle d’évolution peut néanmoins être interrompue ou bloquée lorsque des phénomènes d’engorgement apparaissent. Seules quelques essences tolérantes à l’anoxie (c’est-à-dire l’absence d’oxygène) comme l’aulne glutineux et le saule parviennent alors à s’accommoder de ces sols asphyxiants.

Source : Les milieux alluviaux, guide pour l’identification des stations et le choix des essences, INRAE

 

La dynamique de ces forêts repose sur un ensemble de processus naturels : déplacements de méandres, effondrements de berges, formation d’îlots, dépôts de sédiments, embâcles. Certaines espèces comme le castor jouent un rôle structurant en modifiant localement l’hydrologie et en diversifiant les habitats. Ces perturbations régulières entretiennent une hétérogénéité spatiale favorable à la biodiversité.

Les forêts alluviales se distinguent également par leur luminosité. Les essences ombrageantes comme le hêtre sont inadaptées aux inondations printanières. Couplé au fait que les sols tourbeux ou gorgés d’eau sont plus favorables au déracinement des arbres, cela permet un maintien de trouées de lumières fréquentes et le développement d’une flore diversifiée. La présence de bois mort partiellement ou périodiquement immergé joue un rôle essentiel pour de nombreuses espèces de champignons et de mousses.

 

Chablis (arbre déraciné) sur un sol tourbeux

 

Des bénéfices écosystémiques multiples

Les forêts alluviales rendent de nombreux services écosystémiques.

D’abord, elles jouent un rôle hydrologique central : en période de crue, elles contribuent à stocker temporairement de l’eau dans le lit majeur. La végétation ralentit également la vitesse des écoulements, ce qui participe à la réduction des risques d’inondation en aval. En période d’étiage, elles favorisent le rechargement de la nappe alluviale.

D’autre part, la biodiversité qu’elles abritent est remarquable. Les forêts alluviales offrent des habitats essentiels à de nombreuses espèces végétales et animales, dont certaines sont strictement inféodées à ces milieux : frayères pour les poissons, sites de reproduction pour les amphibiens, avifaune et entomofaune spécialisées (liées notamment au bois mort et aux zones humides temporaires)…

Ces écosystèmes participent également à la régulation du microclimat local. L’ombrage des cours d’eau, l’évapotranspiration de la végétation et la présence de sols humides contribuent à limiter les hausses de température, en particulier lors des épisodes caniculaires. Dans un contexte de changement climatique, ce rôle de régulation thermique devient de plus en plus crucial et constitue un atout réel pour les communes.

Comme toutes les zones humides, les forêts alluviales contribuent par ailleurs à stocker du carbone. En l’absence d’oxygène (ce qui est le cas dans ces milieux saturés en eau), la décomposition de la matière organique est fortement ralentie, permettant une fixation efficace du carbone capté par la végétation.

Enfin (et la liste n’est pas exhaustive), elles assurent un rôle de filtration et de rétention des polluants. Elles sont donc particulièrement utiles dans les bassins versants à forte concentration agricole, où des concentrations excessives en azote et phosphore peuvent engendrer une eutrophisation des cours d’eau.

Un écosystème menacé

Malgré leur importance écologique, les forêts alluviales font partie des écosystèmes les plus menacés. En France, une grande partie de ces forêts a disparu depuis le début du XXᵉ siècle. Les travaux de canalisation, de recalibrage et d’endiguement des cours d’eau ont profondément modifié les dynamiques naturelles de crues, privant ces milieux de l’inondation qui conditionne leur fonctionnement.

Les sols alluviaux étant particulièrement fertiles, ils ont également été largement convertis en terres agricoles. Le drainage des fonds de vallée et la multiplication d’aménagements empêchant les inondations ont ainsi entraîné un abaissement des nappes superficielles, provoquant l’assèchement progressif de nombreux peuplements alluviaux. La forêt alluviale rhénane, l’une des plus vastes d’Europe, illustre cette régression spectaculaire avec près de 8000 hectares perdus depuis le XIXᵉ siècle, bien qu’elle ait depuis fait l’objet de projets de restauration écologique.

Les forêts alluviales sont également exposées aux pollutions diffuses. Les polluants apportés par le ruissellement peuvent s’accumuler dans les plaines d’inondation. Leur capacité d’absorption se transforme alors en menace pour leur pérennité lorsque que les concentrations deviennent trop élevées. Les espèces exotiques envahissantes constituent une autre pression majeure, les vallées fluviales étant des axes privilégiés de dispersion.

Enfin, comme souvent lorsqu’il s’agit d’écosystèmes complexes et fragiles, le changement climatique accentue ces vulnérabilités en modifiant les régimes hydrologiques et en augmentant les températures moyennes.

La gestion des forêts alluviales : un levier stratégique pour les collectivités

La gestion des forêts alluviales constitue un enjeu majeur pour les collectivités territoriales car ces milieux se situent à l’interface de plusieurs compétences publiques : gestion de l’eau, prévention des inondations, aménagement du territoire, biodiversité et adaptation au changement climatique.
Pour cette raison, elle fait généralement partie intégrante des SDAGE (Schémas directeurs d’aménagement et de gestion des eaux). Celui du bassin de la Seine et des cours d’eau côtiers normands rappelle notamment cet article du code forestier : « Compte tenu de l’exceptionnel intérêt de ces systèmes, il est demandé que tous les secteurs résiduels de forêts alluviales du bassin en relation directe avec l’eau soient identifiés et bornés en vue de leur protection, si nécessaire par classement en forêt de protection (L.411-1 du code forestier). […] ».

Les forêts alluviales peuvent aussi jouer un rôle important dans la mise en œuvre de la compétence GEMAPI, notamment à travers des actions de restauration des milieux aquatiques, de gestion des zones d’expansion des crues et de protection des formations boisées riveraines. Leur prise en compte dans les stratégies territoriales permet de renforcer la résilience des territoires face aux risques hydrologiques, tout en contribuant aux objectifs de qualité de l’eau fixés à différentes échelles (DCE, SDAGE…).

Enfin, l’intégration des forêts alluviales dans les documents de planification, tels que les SCoT ou les PLUi, constitue un levier essentiel pour limiter leur artificialisation et préserver leur fonctionnalité. À travers le zonage, les orientations d’aménagement et les règles d’urbanisme, les collectivités peuvent maintenir des espaces de liberté pour les cours d’eau et éviter des implantations incompatibles avec les dynamiques alluviales.

Du côté des professionnels de la forêt, la gestion forestière doit être réalisée avec un soin tout particulier lorsqu’il s’agit de forêts alluviales. Etant donné qu’elles sont composées de massifs de faible surface unitaire ou linéaires, il est fortement déconseillé d’y effectuer des coupes rases dépassant un hectare sous peine d’entraîner des déséquilibres importants. L’usage de désherbants à proximité des points d’eau est à proscrire. Il est également recommandé d’y maintenir un sous-étage et de favoriser la régénération naturelle. Celui-ci peut apporter une diversité supplémentaire en essences et permet de maintenir certaines espèces fragiles comme les ormes.

Préserver et restaurer les forêts alluviales : une démarche gagnante

Lorsque des forêts alluviales sont présentes sur les territoires, il est donc essentiel de les préserver. Dans le cas où elles auraient été dégradées, leur restauration repose avant tout sur le rétablissement des dynamiques hydrologiques naturelles. La reconnexion des plaines alluviales aux cours d’eau, la suppression ou l’abaissement de digues, et la restauration des bras morts et annexes hydrauliques sont des leviers majeurs pour retrouver des fonctionnalités écologiques.

Dans de nombreux cas, la régénération naturelle des peuplements est possible dès lors que les conditions hydriques sont rétablies. Des expériences de restauration menées en France montrent que ces actions, lorsqu’elles sont accompagnées d’un suivi à long terme, permettent de rétablir progressivement des forêts alluviales fonctionnelles.
Ces projets doivent s’inscrire dans une vision globale du bassin versant, associant l’ensemble des acteurs concernés. La concertation avec les usagers et les habitants est un facteur clé de réussite, permettant de concilier les enjeux écologiques avec les usages locaux.

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