À Baugé-en-Anjou (49), le Couasnon retrouve son fonctionnement naturel grâce à une mobilisation collective
Affluent de l’Authion, le Couasnon traverse le Baugeois (49) sur 55 km. Recalibré dans les années 1980, il comportait encore récemment de nombreux obstacles à l’écoulement, tels que des clapets et des moulins.
Le syndicat mixte du bassin de l’Authion et de ses affluents (SMBAA) conduit depuis de nombreuses années plusieurs opérations de renaturation sur le Couasnon. Entre 2023 et 2025, il a restauré 1,4 km de rivière à Baugé-en-Anjou, en concertation avec les propriétaires privés et publics.
Tout en prenant en compte les usages locaux, cette opération rétablit la continuité écologique et améliore le fonctionnement global du milieu.
En 2025, le Couasnon a été restauré sur 1,4 km à l’aval de Baugé jusqu’au lac de Vieil-Baugé. - Crédits photo : SMBAA.
Nous avons défini les aménagements en considérant l’intérêt général porté par la commune, la communauté de communes et le syndicat, et les attentes des riverains (...)
L'interview
Comment ce projet s’est-il imposé à l’agenda du syndicat mixte du bassin de l’Authion et de ses affluents ?
Franck Rabouan : Le projet est né de notre volonté de supprimer le répartiteur manuel qui répartissait les eaux pluviales provenant de Baugé, entre le bief et le Couasnon naturel car cet ouvrage constituait un obstacle majeur à la continuité écologique. Les montées en charge du Couasnon, rapides et importantes lors d’épisodes pluvieux, présentaient également un risque d’inondation et nécessitaient parfois des interventions d’urgence des agents du syndicat. Nous souhaitions reconnecter le Couasnon à la zone humide attenante, en créant une zone de débordement dans un secteur sans enjeu.
Robin Chombart : L’ancien lit de la rivière était creusé, atteignant jusqu’à 1 mètre à 1,5 mètre de profondeur. Recalibré dans les années 1980, le Couasnon comportait également des portions rectilignes. La présence de clapets et de seuils perturbait l’écoulement de l’eau et la continuité écologique. Pour améliorer l’ensemble des fonctionnalités du cours d’eau, le syndicat a décidé d’étendre la restauration sur 1,4km, jusqu’à l’étang du Vieil Baugé à l’aval, en tenant compte des usages, notamment agricoles.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Ralph Clarke : Nous nous sommes appuyés sur nos nombreux retours d’expérience sur le bassin de l’Authion, mais aussi sur une analyse approfondie du fonctionnement de la rivière et des enjeux identifiés. Notre objectif était de restaurer les milieux aquatiques, tout en améliorant la qualité et la disponibilité de la ressource en eau. Nous avons privilégié des solutions fondées sur la nature : rétablissement de la continuité écologique, reméandrage sur deux parcelles, restauration du lit du cours d’eau et d’une zone humide, création d’une mare.
Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou coconstruit avec eux ?
Robin Chombart : Nous avons préparé les grandes lignes du projet en mobilisant nos compétences internes, notamment sur le fonctionnement des milieux et la modélisation hydraulique, avant de travailler avec le bureau d’étude. Le volet réglementaire est important également, puisque nous avons monté un dossier Loi sur l’eau, avec l’accompagnement et la validation des services de l’État. Le linéaire restauré traverse des terrains appartenant à la communauté de communes, des parcelles privées ainsi que l’étang du Vieil-Baugé. Nous avons donc mené un important travail de concertation avec les propriétaires. Nos solutions sont adaptées au contexte et aux usages existants. Par exemple, un seuil en escalier préservant la continuité écologique remplace l’ancien répartiteur, mais nous avons conservé le bief car il alimente un moulin et des parcelles agricoles.
Franck Rabouan : Le syndicat a pris en charge le financement de l’ensemble des travaux, tandis que les propriétaires restent responsables de l’entretien et de la maintenance. Une convention formalise l’accord entre le SMBAA, l’exploitant et le propriétaire, et détaille les travaux réalisés.
Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?
Ralph Clarke : Nous avons dimensionné et chiffré les travaux et aménagements, en nous appuyant sur l’étude pour la restauration de la continuité écologique réalisée par ICEO-environnement. Ce dimensionnement a été discuté et voté en conseil syndical. Nous avons élaboré un programme d’actions intégré visant la restauration des milieux et la préservation des ressources en eau. Ce projet s’intègre dans un programme de continuité écologique à l’échelle du bassin du Couasnon, désormais rétablie sur environ 23 kilomètres, depuis la confluence avec l’Authion jusqu’à Baugé-en-Anjou.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?
Le projet a été financé dans le cadre du contrat territorial Eau du bassin versant de l’Authion. Son budget s’élève à 310 000 euros HT.
Le financement est assuré par :
- L’Agence de l’Eau Loire Bretagne, à hauteur de 50% : subvention
- La Région Pays de la Loire, à hauteur de 30% : subvention
- Le Syndicat Mixte du Bassin de l’Authion et de ses Affluents, à hauteur de 20% : auto-financement.
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
Outre les financeurs, mentionnés plus haut, les acteurs suivants sont intervenus dans la préparation et mise en œuvre du projet :
- DDT49 (Direction Départementale des Territoires du Maine-et-Loire) et l’OFB (Office Français de la Biodiversité) : accompagnement et validation sur le volet réglementaire
- Commune de Baugé-en-Anjou : emplacement pour le stockage des machines et matériaux, et propriétaire de parcelles attenantes au Couasnon (parcelle de l’étang de Vieil-Baugé)
- Communauté de Communes Baugeois-Vallée : validation du projet et travaux ambitieux sur ses parcelles
- Bureau d’études ICEO-environnement : étude complète et maîtrise d’œuvre durant les travaux
- Association Ligue pour la Protection des Oiseau (LPO) du Maine-et-Loire : réalisation de l’étude faune-flore avant travaux sur l’ensemble du secteur d’étude
- Fédération de Maine-et-Loire pour la Pêche et la Protection du Milieu Aquatique : réalisation des pêches de sauvegarde
- Entreprise PIGEON : réalisation des travaux
- Association de réinsertion ACTENSO : entretien de la végétation et pose de clôtures
- Riverains : accueil des travaux chez eux
Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?
Franck Rabouan : Pour favoriser l’adhésion, la clé, c’est de communiquer très tôt sur le projet, d’échanger avec les riverains et les élus, de les écouter et de leur montrer des réalisations concrètes.
Le reportage a été réalisé quelques semaines avant le décès soudain de Ralph Clarke, le 5 mai 2026. Le SMBAA a souhaité publier son témoignage en hommage à son travail.