À Malville (44), restaurer un plan d’eau et sa zone humide au bénéfice des milieux naturels
Les plans d’eau ont des impacts avérés sur les milieux aquatiques : eutrophisation et qualité dégradée de l’eau, pertes liées à l’évaporation, modification de peuplements piscicoles…
Identifié lors d’un inventaire sur la masse d’eau de la Farinelais, au nord-ouest de la Loire-Atlantique, un plan d’eau situé sur une parcelle communale à Malville n’avait pas d’usage par la collectivité.
Le Syndicat Chère Don Isac (SCDI) a accompagné la commune de 2023 à 2026 dans un projet de réduction de sa surface et de restauration écologique de la zone humide associée. Ces aménagements ont nécessité un important travail de concertation avec des acteurs privés.






Entretien avec Margot Escudier
Ce projet est présenté par :
- Margot Escudier, technicienne milieux aquatiques sur le bassin versant de l’Isac, au syndicat Chère Don Isac.
Parole de collectivité
Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, aquagir part à la rencontre d'élus et de porteurs de projets qui sont passés à l'action
Comment ce projet s’est-il imposé à l’agenda du syndicat Chère Don Isac ?
Compte tenu de sa forte densité de plans d’eau, le bassin de la Farinelais constituait une masse d’eau prioritaire pour la campagne d’inventaire et de suivi des plans d’eau menée par la DDTM de Loire-Atlantique entre 2020 et 2022. Cette opération visait à estimer les impacts cumulés des plans d’eau à l’échelle du département. Les services de l’État ont demandé la régularisation de plusieurs sites, dont un plan d’eau situé sur une parcelle communale à Malville. La commune, n’en ayant pas l’usage, a demandé conseil au SCDI qui a proposé un projet de restauration du site.
L’eau stagnante des plans d’eau favorise l’eutrophisation et dégrade la qualité de l’eau. À Malville, le plan d’eau étant déconnecté des eaux de surface, les effets sur la qualité des milieux aquatiques voisins étaient limités et principalement liés aux risques de surverse en hiver. Mais la position du plan d’eau en tête de bassin accentuait les impacts de l’évaporation sur la ressource disponible en été pour les cours d’eau à l’aval. Nous avons donc lancé une étude de faisabilité, envisageant à la fois la suppression du plan d’eau et la restauration écologique du site, notamment de deux petits cours d’eau formant des fossés drainants.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Les techniques de restauration de cours d’eau sont aujourd’hui bien identifiées. Nous nous appuyons notamment sur les nouvelles références et approches proposées par l’Office Français de la Biodiversité, ainsi que sur les retours d’expériences de notre réseau : autres syndicats, cellules techniques et associations professionnelles intervenant dans le domaine du grand cycle de l’eau.
Néanmoins, chaque site ayant ses particularités, notre expérience de terrain nous permet d’adapter les aménagements et solutions au contexte local. Nous échangeons aussi beaucoup sur ces projets entre techniciens rivière au sein de l’équipe du SCDI. Nos discussions avec le bureau d’étude sont également essentielles, afin d’apporter un regard technique complémentaire sur les aménagements envisagés.
Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou coconstruit avec eux ?
La DDTM a accompagné le syndicat sur les aspects réglementaires liés aux plans d’eau et aux travaux (calendriers, pêches de sauvetage…).
Outre les compétences techniques, ce projet a nécessité un important travail de concertation avec deux acteurs concernés : un agriculteur exploitant gratuitement la parcelle pour le foin et l’élevage, ainsi qu’une association de moto-cross dont le terrain se situe au-dessus du plan d’eau. L’association pompait de l’eau dans le plan d’eau une fois par an pour arroser son terrain avant ses compétitions, ce qui n’est plus possible. Par ailleurs, la restauration du site a conduit à déplacer un cours d’eau, qui traverse désormais la parcelle et impacte donc l’activité agricole.
Nous avons réalisé des aménagements pour adapter le projet au contexte et limiter les impacts pour l’agriculteur et l’association de moto-cross : installation d’un passage à gué sur la parcelle agricole et d’une clôture pour éviter le piétinement du cours d’eau par les animaux en pâture, et création d’un bassin tampon sur le terrain de motocross afin de limiter l’érosion lors de gros orages. Ce bassin offre également une réserve d’eau pour l’association, bien que plus limitée que l’ancien plan d’eau.
Plus largement, nous avons communiqué sur les objectifs et modalités du projet aux habitants dans les bulletins municipaux de Malville et sur le site internet du syndicat.
Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?
L’inventaire de la DDTM a permis une première caractérisation du plan d’eau. En 2023, le bureau d’études Hydros Solution a mené les études de faisabilité de l’aménagement et d’impact sur la faune et la flore. Trois scénarios, correspondant à différents niveaux d’ambition ont ensuite été présentés à la commune. Celle-ci a retenu la solution intermédiaire, qui prévoyait la suppression du plan d’eau et la restauration de deux petits cours d’eau.
Toutefois, l’absence de matériaux disponibles sur site et le coût très élevé du transport de terre nous ont finalement conduit à renoncer à la suppression totale. Nous avons décidé de réduire la surface du plan d’eau de 1300 m2 à 540 m2. Cet arbitrage permettait de diminuer significativement l’impact sur les milieux et de requalifier le plan d’eau en mare, qui n’est pas soumise à une déclaration d’existence.
Par ailleurs, nous avons restauré les deux cours d’eau : déplacés au point bas de la parcelle, reméandrés et redimensionnés, ils peuvent désormais déborder plus facilement sur le terrain, permettant ainsi à la parcelle de retrouver sa fonction de zone humide.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?
Le budget total des travaux s’élève à 34 100 € HT (incluant le chantier en 2024, puis les plantations d’arbres en 2025 et la clôture en 2026).
Le projet a été financé dans le cadre du Contrat Territorial Eau :
- Agence de l’eau Loire-Bretagne : 50%
- Région Pays de la Loire : 30%
- Syndicat Chère Don Isac : 20%
Le SCDI a bénéficié d’un AquaPrêt de la Banque des Territoires de 256 000 € durant l’année 2024, pour l’ensemble de ses travaux milieux aquatiques, incluant ceux réalisés à Malville.
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
- DDTM 44 : inventaire et accompagnement sur le volet réglementaire
- Commune de Malville : propriétaire public à l’initiative du projet
- Usagers : concertation
- Hydros Solution : études
- Entreprise locale TP de la commune : tranchée de vidange
- Richard TP et entreprise d’insertion locale Accès Reagis : chantier
- Fédération de Pêche : pêche de sauvetage
- Communauté de communes Estuaire Sillon (CCES) : fourniture de terre de chantier à titre gracieux
Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?
Lorsqu’elles n’ont pas de technicien spécialisé dans les milieux aquatiques, les petites collectivités ont tout intérêt à solliciter l’appui de syndicats de bassin, de cellules d’animation technique ou de bureaux d’études spécialisés.
De plus, il est essentiel d’expliquer clairement les objectifs et la démarche engagée à l’ensemble des personnes concernées, car la suppression du plan d’eau peut susciter des inquiétudes.
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Le projet en détails
Dates clés
2020 - 2022
2023
Printemps - Eté 2024
Hiver 2025 - 2026
Chiffres clés
760
2 000
150
À retenir
Le partenariat a particulièrement bien fonctionné, notamment avec les services de l’État et la commune, qui ont joué un rôle moteur, ainsi qu’avec l’ensemble des partenaires associés au projet
Le projet réalisé était ambitieux, puisqu’il associait à la fois la réduction de la surface du plan d’eau et la restauration des fonctionnalités des cours d’eau et de la zone humide
Sur ce projet, nous ne disposions pas de terre sur site pour le comblement du plan d’eau. Il a donc fallu faire venir cette terre, ce qui a compliqué le chantier et représenté un coût de transport particulièrement élevé
Ressources
Restauration des écosystèmes aquatiques au niveau d’un plan d’eau communal à Malville
Article du syndicat Chère Don Isac
Malville. L’effacement d’un plan d’eau sur le domaine public
Article de Ouest France
Les partenaires de ce projet
Banque des Territoires

Agence de l'Eau Loire-Bretagne

Région Pays-de-la-Loire

Commune de Malville

DDTM44

Fédération de la Pêche

Communauté de communes Estuaire Sillon (CCES)
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