Au cœur de la Bresse (01), redonner vie au Marais
Parole de collectivité
Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, Aquagir part à la rencontre d’élus et de porteurs de projets qui sont passés à l’action
Historiquement composé de prairies fauchées, le marais de Vial s’est progressivement fermé, se couvrant d’arbres, à mesure que les pratiques agricoles perdaient de leur intérêt économique. Les arbres, par leur évapotranspiration, assèchent le milieu, et lui font perdre les caractéristiques propres à une zone humide.
Le syndicat mixte Veyle vivante s’est alors attaché à ré-ouvrir partiellement le milieu par des travaux de bûcheronnage, et a favorisé la reprise d’une prairie avec des semences locales. La zone humide se réinstalle, répondant à plusieurs enjeux : biodiversité riche, zone d’expansion de crue, et amélioration de l’alimentation en eau des couches superficielles du sol par la nappe phréatique, gage d’une meilleure résilience des milieux concernés au réchauffement climatique.
Sous les arbres, une source, dans le Marais de Vial - Crédits photo : Banque des Territoires
Ce type de projet nécessite de notre part des adaptations permanentes en fonction de la manière dont réagit le milieu. Les choses se décident sur le terrain.
L'interview
Comment ce projet s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?
Le marais de Vial est l’une des zones d’affleurement de la nappe phréatique des cailloutis de la Dombes, vaste réserve aquifère de plus d’un millier de kilomètre carré, alimentant en eau potable une grande partie de l’agglomération de Bourg-en-Bresse.
Cette proximité de la nappe explique l’existence du marais, et ses principales caractéristiques : des sols gorgés d’eau à faible profondeur, la présence de petits ruisseaux phréatiques charriant une eau d’excellente qualité, une biodiversité spécifique des milieux humides voire très humides… jusqu’à la fin du 20ème siècle, une exploitation extensive par fauche de certaines de ses surfaces assurait par ailleurs un entretien adapté à la nature du site.
Ces caractéristiques font du marais, par sa taille et par sa nature, une des priorités du territoire dont on s’occupe. Cette priorisation est renforcée par les pressions sur le milieu, qui n’ont fait que s’intensifier depuis plusieurs décades : la présence de captages d’eaux potables impacte négativement le niveau de la nappe, l’abandon des anciennes zones prairiales entraînent leur enfrichement et leur banalisation, divers travaux de drainage ont été réalisés ponctuellement par des particuliers, certains ruisseaux phréatiques ont été curés et recalibrés…
C’est face à ce constat notre syndicat a cherché, dès les années 2010, à préserver et restaurer les différents biotopes présents sur ce site et les fonctionnalités qui leurs sont associées. Les premières initiatives étaient relativement modestes et s’appuyaient sur des opportunités existantes : des parcelles dont la commune est propriétaire, des travaux de réouverture réalisés dans le cadre de mesures compensatoires d’aménagement d’une zone commerciale sur une commune voisine…
Au fil des années, sur la base de ses premières initiatives opportunistes s’est construite une stratégie plus structurée, impliquant des démarches actives d’acquisitions foncières avec la mobilisation d’outils et des partenaires spécifiques, comme la SAFER, et la poursuite des travaux de restauration de milieux à plus grande échelle, et l’intervention d’initiatives extérieures, comme l’implantation des mares par la commune.
Notre implication est encore loin d’être achevée, avec l’émergence de nouveaux projets de restauration, notamment consacrés aux ruisseaux phréatiques du marais. Une opération de valorisation pédagogique du site à destination du public est également en cours de conception.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Au moment d’ouvrir la première parcelle, nous nous sommes basés sur le travail du Conservatoire des espaces Naturels, qui a rédigé et mis en œuvre pendant plusieurs années un plan de gestion sur la parcelle du marais, très intéressant d’un point de vue biodiversité.
Nous sommes partis des principes définis dans ce plan de gestion pour les étendre, en les adaptant, aux surfaces dont nous avons pu acquérir la maîtrise foncière, et définir le cadre global de nos opération de restauration des milieux.
Au regard de nos ambitions plus importantes d’aménagement sur ce site, notamment nos projets de restauration de cours d’eau phréatiques, nous prévoyons l’organisation d’un comité scientifique constitué d’experts locaux de ce type de milieux, afin de nous aider à construire nos futures opérations.
Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou coconstruit avec eux ?
Il faut s’y connaître en milieu naturels, car il y a de grosses contraintes pour les travaux, notamment pour ce qui concerne la portance des sols. Il faut aussi des compétences de naturaliste, et d’hydrologie. Ce à quoi il faut ajouter toutes les compétences d’un gémapien !
Il faut aussi savoir s’adapter. En septembre nous aurions voulu faucher, mais le terrain s’est avéré beaucoup trop humide, le passage des engins allait dégrader le sol. Ce n’est pas possible en ce moment non plus, car nous avons beaucoup d’espèces qui sont en train de nicher. Si la mission avait été confiée à un prestataire externe, il y a de grandes chances qu’il aurait accompli cette tâche en septembre, sans prendre en compte la dégradation du sol. C’est pourquoi, je conseillerais de conserver ces travaux en interne si possible, et à défaut, d’avoir une surveillance étroite de l’entretien du site.
Pour ce qui concerne l’acceptabilité, c’est en effet un point sensible pour ce type de travaux, qui peuvent être très impressionnants. Il faut faire de la pédagogie, il y a une très grande sensibilité aux espaces naturels et à la manière dont ils sont traités. Ici, nous avons de la chance, car les gens ont conservé la mémoire de ce lieu en tant que marais. Le voir redevenir un marais a donc été bien accepté. Il faut savoir qu’il y a 80 ans, on ne trouvait pas un arbre ici ! Les prairies étaient fauchées. Petit à petit, ces pratiques sont devenues moins intéressantes économiquement. Les parcelles ont été abandonnées, et les arbres se sont installés.
Nous veillons à préserver les usages en place, comme la chasse ou la pêche. Lorsque ces usages sont amenés à être impactés par nos actions, nous veillons à contacter les personnes concernées le plus en amont possible pour en discuter et trouver un terrain d’entente. S’il n’est pas toujours possible d’éviter les oppositions ou certains malentendus, nos actions sur ce site ont été à ce jour globalement bien reçues.
Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?
Nous ne sommes pas partis de zéro, car nous avions de la donnée via le plan de gestion du Conservatoire d'espaces naturels.
Nous avons choisi les zones à ré-ouvrir en fonction de plusieurs critères. Pour commencer, l’abattage des boisements de plus de trente ans est soumis à autorisation. Nous avons donc focalisé notre attention sur les zones dont les boisements ont moins de trente ans. Nous avons pu les localiser grâce aux photos aériennes disponibles sur géoportail. Nous n’avons pas d’obligations réglementaires, pas d’autorisation préalable à obtenir, mais nous avons préféré rester en contact avec les services de la DDT, à qui nous avons demandé conseil avant de lancer les opérations.
Ce type d’opération repose largement sur notre capacité à exploiter des opportunités, foncières notamment, lorsqu’elles se présentent. Bien que s’appuyant sur des principes désormais bien établis en matière de restauration de zones humides, ce type de projet nécessite de notre part des adaptations permanentes en fonction de la manière dont réagit le milieu, ses évolutions et les usages qui peuvent en être fait. Les choses se proposent et se décident sur le terrain.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?
Le projet a été financé par l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse et par le département de l’Ain. Le reste à charge a été porté par le syndicat. Sauf la première phase, qui a été portée par le pétitionnaire privé, dans le cadre de mesures compensatoires.
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
Outre les financeurs cités plus haut, la commune de Polliat a été, et est toujours, un soutien incontournable de nos opérations sur ce marais. On imagine mal mettre en œuvre de type d’opération sans un soutien solide de la commune concernée.
Rappelons le rôle du CEN qui, bien que n’intervenant plus sur le site depuis plusieurs années, a posé des principes de gestion dont nous nous inspirons toujours fortement.
France Nature Environnement est intervenu pour s’occuper de la création des mares réalisées sur l’initiative de la commune, sur les terrains que nous avons réouverts et avec notre collaboration.
Enfin, ces opérations ont bénéficié du concours indirect des agriculteurs locaux, via l’utilisation de semences prairiales produites localement pour réensemencer les espaces restaurés. C’est une démarche qui rejoint un autre projet mené par le syndicat : nous avons participé à monter une filière de production de semences locales. Grâce à un outil spécifiquement conçu et élaboré pour ce type de récolte, les herbes sont conservées sur pied lors de la récolte des graines. Les agriculteurs peuvent ensuite commercialiser des semences. Cela permet de ramener de la valeur pour ces espaces. Et l’intérêt pour la biodiversité est énorme : une prairie bien diversifiée peut compter une cinquantaine d’espèces différentes.
Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?
Difficile à dire ! C’est à la fois un heureux concours de circonstances sur lequel nous avons capitalisé, et un travail de terrain de longue haleine ! Ce sont des projets qui prennent du temps, il faut être à l’écoute des opportunités et les saisir, même si elles ne correspondent pas à l’ordre des priorités établies sur le papier. Pour nous, cela a été tout l’inverse d’une démarche descendante, où les solutions auraient été trouvées en réunion et imposées sur le terrain.
Il faut prendre en compte les contraintes et les usages locaux. Il y a une grande part d’informel, il est très important de rencontrer les gens, les propriétaires, les usagers, les agriculteurs, de voir avec qui ça se passe bien, et avec qui ça n’est pas facile, ça permet de gagner du temps à l’avenir.
Enfin, dernier point primordial : quand on restaure, il faut penser dès le début à l’entretien, pour que tout cela soit pérenne. Il faut trouver un système, pour que si, un jour, à la suite de décisions politiques ou autre, nous ne bénéficions plus de subventions, si nous n’avons plus d’argent, que tout ce que nous avons fait ne serve pas à rien, et puisse perdurer.