Au cœur du bassin du Lathan (49), une restauration écologique ambitieuse sur 12 km
Parole de collectivité
Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, Aquagir part à la rencontre d’élus et de porteurs de projets qui sont passés à l’action
Sous-affluent de la Loire situé principalement en Maine-et-Loire, le Lathan a été largement modifié et recalibré dans les années 1970-1980 sur sa partie aval pour répondre aux besoins agricoles en eau.
En 2018, le Syndicat mixte du bassin de l’Authion et de ses affluents (SMBAA) a lancé un projet de renaturation ambitieux sur douze kilomètres afin de générer un impact écologique significatif. Adaptés aux enjeux et contextes locaux, les aménagements réalisés jusqu’en 2026 visent à restaurer la continuité écologique, à créer des champs d’expansion de crues et à améliorer l’ensemble des fonctionnalités de la rivière.
La renaturation du Lathan vise à la fois des bénéfices pour le fonctionnement des milieux aquatiques mais aussi pour la biodiversité et pour la ressource en eau, notamment en situation de sécheresse. - Crédits photos : SMBAA
Certains riverains et agriculteurs deviennent nos yeux sur le territoire, ils nous informent et nous alertent entre autres sur des débordements
L'interview
Comment ce projet s’est-il imposé à l’agenda du syndicat mixte du bassin de l’Authion et de ses affluents ?
Ralph Clarke : À la suite de la création d’une retenue d’irrigation en amont du Lathan en 1976, la rivière a été élargie et approfondie, afin d’accélérer l’écoulement de l’eau vers Longué-Jumelles, où se concentrent les grandes cultures. Les aménagements ont profondément modifié les échanges entre le Lathan et sa nappe d’accompagnement, pourtant indispensables à la recharge de la nappe et au soutien de la rivière en période de sécheresse. Cette accélération du cycle de l’eau a également accru les risques d’inondation en aval. Par ailleurs, les impacts concernaient également la biodiversité, en lien avec des enjeux de continuité écologique sur le secteur.
Face à ce constat, nous avons réalisé un premier chantier de renaturation sur 1,8 km en 2017. Les effets positifs nous ont incités à répliquer le projet sur 12 km. Notre démarche repose sur la reconnexion du Lathan à sa nappe d’accompagnement et à son lit majeur.
Le secteur retenu prolonge les travaux déjà menés à l’échelle du bassin et permet notamment de reconnecter le Lathan à son affluent, la Riverolle. Ce choix stratégique renforce les fonctionnalités du cours d’eau et la continuité écologique sur un large territoire au cœur du bassin versant.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Ralph Clarke : La réflexion sur la reconnexion de la rivière à son lit majeur et à sa nappe a été inspirée par des échanges internes avec l’animateur du SAGE (schéma d’aménagement et de gestion des eaux) de l’Authion, porté également par le SMBAA, qui travaillait sur des études en hydrogéologie mais aussi avec la fédération de pêche, qui menait beaucoup de travaux de restauration de rivière. Chacun a apporté à la fois ses expériences et ses visions.
Le premier chantier de renaturation mené en 2017 a naturellement été une importante source d’inspiration, d’autant qu’il a été salué par les différents partenaires, dont l’agence de l’eau. Toutefois, ce nouveau projet sur douze kilomètres va plus loin en termes d’ambition mais aussi techniquement. En particulier, la modélisation hydraulique ainsi que l’utilisation du Lidar, technique de mesure de distance à l’aide d’un laser, ont permis d’obtenir des données plus précises sur la topographie et le fonctionnement du cours d’eau.
Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou coconstruit avec eux ?
Ralph Clarke : Nous avons fait appel à un bureau d’études pour compléter nos compétences en hydromorphologie, modélisation hydraulique et gestion de projet. Le technicien fait le lien entre la connaissance du terrain et l’expertise technique.
Des compétences en pédagogie et en concertation sont également essentielles pour favoriser l’adhésion des riverains. Nous avons organisé un atelier avec les propriétaires pour recueillir leurs perceptions et leurs usages et échanger sur le fonctionnement de la rivière. Une visite du site restauré en 2017 leur a donné une représentation concrète du projet.
Ombeline Bouveresse : Nous avons adapté les aménagements aux spécificités locales, en concertation avec les propriétaires : rehaussement du lit, reméandrage, suppression d’obstacles à la continuité écologique, création de zones de débordement… Pour cela, nous avons rencontré individuellement chacun des 50 propriétaires. Nous leur proposons toujours le scénario le plus ambitieux, pour l’affiner ensuite ensemble. Une convention formalise l’accord du propriétaire et détaille les travaux à réaliser. Le dialogue direct avec les riverains favorise les relations de confiance.
Les bons retours que nous avons des premiers travaux, l’effet d'exemple et la communication entre voisins facilitent également l’adhésion. Certains propriétaires restent néanmoins marqués par les anciens travaux de recalibrage réalisés sans concertation. Ils peuvent exprimer une certaine réticence liée davantage à la crainte du changement qu’aux objectifs de restauration.
Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?
Ralph Clarke : L’étude de 2018 utilisant la modélisation hydraulique avait mis en évidence la déconnexion de la rivière avec son lit majeur et les zones humides attenantes. Le dimensionnement des aménagements est un travail conjoint du SMBAA et du bureau d’étude.
Ombeline Bouveresse : La modélisation hydraulique produit des données techniques qui rassurent les élus et les propriétaires, notamment pour définir les zones de débordement, illustrer l’occurrence des crues, les zones concernées, leur emprise... Ces données et supports visuels précis ont été d’une grande aide pour échanger avec l’Office National des Forêts sur la reconnexion du Lathan à sa forêt alluviale. Des relevés sont également menés avant et après les travaux afin d’observer l’évolution de la faune et de la flore.
Comment le syndicat a-t-il financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?
Le projet est financé dans le cadre du contrat territorial eau 2023-2025. Le budget total estimé du projet s’élève à 2,4 millions d’euros.
Répartition des subventions :
- Agence de l’eau (2 phases sur 3) et Fonds Vert (1 phase sur 3) : 70%
- Région Pays de la Loire : 10%
- Fonds MAIF pour le vivant (via le Fonds nature 2050 de la Caisse des Dépôts et Consignation) : 20%
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
Les partenaires techniques :
- Fédération de pêche du Maine et Loire : pêches de sauvetage, dimensionnement des secteurs à enjeux pour la continuité écologique piscicole
- CPIE 37 et LPO 49 (associations naturalistes) : relevés faune flore avant et après travaux, accompagnement lors de la phase chantier
- Service de l’État : Accompagnement réglementaire
- ACTENSO (entreprise de réinsertion) : gestion de la végétation et création des gîtes pour la biodiversité
- Services techniques en interne, ETA Beauvillain et Veolia : entretien de végétation préalable aux chantiers et gestion du bois coupé
- PCM eau environnement : maître d’œuvre
- ISL Ingénierie : étude de dimensionnement / modélisation hydraulique.
- SINTEGRA / ICEO : Topographie
- TP DURAND : Travaux
Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?
Ombeline Bouveresse : Dans la phase de concertation avec les riverains, l’implication des élus facilite grandement l’acceptation du projet. Les échanges entre l’équipe technique et les élus sont donc importants : ils leur permettent de bien s’approprier le projet et, ensuite, de jouer pleinement leur rôle de relais auprès des habitants.
Le reportage a été réalisé quelques semaines avant le décès soudain de Raph Clark, le 5 mai 2026. Le SMBAA a souhaité publier son témoignage en hommage à son travail.