GESTION DES MILIEUX AQUATIQUES

Dans la forêt domaniale de Cornimont (88), la restauration de l’écosystème d’une tourbière

Niveau d'expertise : intermédiaire

En août 2021, les équipes de l’ONF du Grand Est ont entrepris le projet de restaurer l’écosystème de la tourbière des Écharges au cœur de la forêt domaniale de Cornimont.

Grâce à l’expertise de ses agents, mais aussi un financement à hauteur de 80% par l’Agence de l’Eau Rhin Meuse et d’un prêt de matériel par l’INRAE, l’ONF a pu mener à bien ce maintien en eau de la tourbière et conserver un sol humide, nécessaire pour la bonne santé des forêts et la lutte contre le changement climatique.

À terme, cela devrait permettre de mettre au point une méthode de contrôle en matière de conservation des habitats et de restauration des écosystèmes.

Il faut s'entourer de gens compétents, et il y en a, mais aussi être motivé

Étienne Barbier

Comment le projet s’est-il imposé à l’agenda de votre unité territoriale ?

Les projets partent du terrain et puis sont suivis après toute notre hiérarchie. Nous avons une forêt domaniale où plus de 100 tourbières sont répertoriées. L'idée, c'est de maintenir en état et en eau ces réserves suite au changement climatique. Il y a donc un intérêt assez fort car il y a des captages d'eau sur la forêt qui alimentent la forêt communale de Cornimont et la commune de Cornimont.

Nous avons travaillé en concertation avec le groupe Tétras Vosges car il existait encore des tétras d'origine naturelle. Nous travaillons également sur l'habitat forestier, dont les tourbières font partie. L'ONF a initié les travaux de maintien de l'ouverture dans la zone humide des Écharges.

Le but était de rétablir une ambiance zone humide, en particulier sur les lisières constituées en majorité par les épicéas qui ont tendance à recoloniser le sol et transformer le sol humide en sol forestier.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

Notre métier de forestier, sur le terrain, nous amène à constater que certaines tourbières se referment et qu’il est nécessaire de les protéger. Protéger ces sols humides pour ne pas qu’ils deviennent des sols forestiers. Cela peut prendre 50 ans ou 80 ans, ça va très vite.

Est-ce qu’une étude de faisabilité et/ou d’impact a été réalisée sur ce projet ?

Une étude de botanique a été réalisée avec un suivi avant et après, notamment avec des piézomètres installés dans la tourbière.

Concernant les compétences, quels sont les principaux sujets à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?

Il faut s'entourer de gens compétents, et il y en a, mais aussi être motivé. À l'ONF, nous avons aussi des réseaux, avec des spécialistes. Nous travaillons également en concertation avec l’INRAE, mais aussi avec le Laboratoire Interdisciplinaire des Environnements Continentaux.

Ensuite, les travaux se font avec la technicité des ouvriers. Il y avait quatre objectifs : un état zéro de la zone pour permettre de le suivre à moyen terme, voire long terme ; Vérifier la détectabilité des changements opérés via les travaux ; Mesurer la densité de végétation, les arbres, les arbustes, ainsi que les propriétés du terrain et de la surface ; Entraîner des données pour une reconnaissance automatique.

Lors de la phase de diagnostic et de planification, comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?

Dans la gestion forestière classique d'un technicien forestier de terrain, en l'année N-1, nous prévoyons les travaux qui seront faits l'année suivante. La tourbière des Écharges est un projet que j’ai présenté à mon chef d’unité territoriale, qui a été validé sur le fond sans souci.

Ensuite, nous prévoyons des travaux validés par notre hiérarchie et qui sont arbitrés au niveau national par rapport au crédit. Ensuite, notre rôle de terrain, c'est de convaincre avec des arguments techniques. Mais ce sont des projets qui ont été étudiés en collaboration avec d’autres organismes compétents, qui ne sortent jamais de nulle part.

Comment avez-vous financé ce projet et quelles sont les aides sollicitées/obtenues ?

Le financement a été effectué à 80% par l’Agence de l’Eau Rhin Meuse et à 20% par ONF.  L’INRAE nous a également prêté 3 piézomètres.

Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

Le conservatoire d’espaces naturels de Lorraine nous a accompagnés pour la réalisation de sondages de tourbe, l’INRAE pour le prêt de 3 piézomètres ainsi que le groupe Tétras Vosges pour l’étude habitat tétras. Le CENL (conservatoire des espaces naturels de Lorraine) a également apporté son expérience.

Le projet en détails

Dates clés

  1. 2021

    Inspiration pour le projet

  2. Janvier - Août 2021

    Recherche de compétences

  3. Août 2021

    Réalisation du projet

Chiffres clés

  • 5

    piézomètres installés ainsi qu’1 baromètre pour le suivi hydrologique de la zone

  • 4

    années hydrologiques analysées grâce à ces piézomètres

  • 5

    ha de zones humides sous monitoring / étude

À retenir

  • Ce projet peut servir au développement d'indicateurs d'amélioration de l'habitat à partir de scans Lidar terrestres. Cela pourrait ainsi déboucher sur une méthode de contrôle en matière de conservation des habitats et de restauration des écosystèmes

  • Aussi, le point positif réside dans le fait que les travaux ont été menés à bien, de façon fédératrice. Cela peut aussi former des professionnels de terrain et mutualiser le matériel

  • Le négatif pourrait être le fait que le projet ne soit pas suivi dans la durée, mais ce n’est qu’une hypothèse pour le moment

  • Agence de l’eau Rhin-Meuse

  • INRAE

  • Conservatoire d’espaces naturels de Lorraine

  • Groupe Tétras Vosges

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