GESTION DES MILIEUX AQUATIQUES

En Vendée, des moutons entretiennent la digue des Noailles (85)

Parole de collectivité

Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, Aquagir part à la rencontre d’élus et de porteurs de projets qui sont passés à l’action

Depuis 2018, le Syndicat mixte Bassin du Lay a la compétence GEMAPI et la responsabilité des digues.

Il a la gestion et l’entretien de 75 km digues et des ouvrages hydrauliques sur le fleuve Lay et sur son littoral. Ce syndicat « à la carte » intervient pour certains territoires sur la défense contre la mer ou les inondations fluviales.

Des solutions ont été cherchées pour répondre à l’obligation d’entretien des digues tout en conciliant d’autres enjeux, notamment de préservation de la biodiversité. L’éco-pâturage s’est imposé comme une solution écologique, efficace et peu coûteuse sur les digues hors littoral.

En quelques années, le pâturage a permis de passer d'une digue boisée et moussue à une surface totalement enherbée sans avoir besoin de semer.

Julie Lowenbruck

L'interview

Comment le sujet de l'éco-pâturage s’est-il imposé à l’agenda du Syndicat mixte Bassin du Lay ?

La surveillance et l’entretien des digues relèvent de la compétence du Syndicat mixte Bassin du Lay (SMBL). La gestion des systèmes d'endiguement est réglementée par des arrêtés préfectoraux et des décrets, imposant des obligations d'entretien et de surveillance. Par exemple, les arbres sont interdits car les racines les fragilisent en créant des passages d’eau. Une herbe de 10 à 15 cm de hauteur est idéale à l’automne pour éviter l'érosion de la terre en surface avec le ruissellement lors d'une montée des eaux. Cet entretien est nécessaire mais coûteux. Il consiste à faire un broyage mécanique et/ou manuel deux fois par an. Très vite, la végétation repousse, certains rejets de frênes atteignent 1 mètre entre deux broyages. Depuis 2014, le pâturage avec des moutons est expérimenté sur la digue de catégorie C du Champ Saint-Père dans le village des Noailles puis sur une partie des digues du Lay.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

Nous avons réfléchi à un mode d’intervention efficace et peu coûteux tout en préservant la biodiversité. Nous nous sommes appuyés sur les retours expériences d’éco-pâturage des syndicats voisins. Leurs objectifs d’entretien n’ont pas été totalement atteints. Les relations avec les éleveurs ont été parfois compliquées à cause d’une gestion trop rigide ou d’une végétation pas adaptée aux moutons. Nous avons opté pour des moutons car leurs petits sabots tassent légèrement le sol, ce qui favorise la cohésion de la digue, contrairement aux vaches qui l'endommageraient.

Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?

Le Syndicat mixte Bassin du Lay possède près de 75 km de digues classées, dont 73 km de digues qui protègent plus de 30 000 personnes (catégorie A) et 2 km de digues qui protègent moins de 3 000 personnes (catégorie C). Pour ce dernier classement, il s’agit essentiellement de zones rurales peu peuplées. Il faut maîtriser le cadre de la gestion des milieux aquatiques et de prévention des inondations qui régit l'entretien des digues. Il faut savoir élaborer un plan de gestion de la végétation. Un entretien mécanique est nécessaire avant d’y placer les moutons. Ils se chargeront par la suite du maintien de l’espace. Un broyage mécanique est quand même réalisé une fois par an, au lieu de deux sans pâturage.

Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?

Nous avons contacté un éleveur proche de la digue. Il a été séduit par la démarche d’éco-pâturage. L’éleveur ajuste le nombre de moutons en fonction des besoins d’entretien et de la végétation du site. Ce premier entretien doux s’est donc fait simplement en 2014 sur la digue des Noailles puis d’autres éco-pâturages sont envisagés sur une partie des digues du Lay et des digues de Saint-Michel-en-l'Herm.

Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou coconstruit avec eux ?

L’éco-pâturage est plutôt bien reçu. Les agents sont très contents, ils se sentent moins seuls lors de leurs visites de surveillance des digues ! La Réserve naturelle nationale de la baie de l'Aiguillon est intéressée par ce type de pâturage car il limite les nuisances sonores des engins mécaniques pour les oiseaux.

Comment le syndicat a-t-il financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?

L'entretien courant (fauche ou broyage) n'est pas subventionné et repose sur les fonds propres du Syndicat. Nous proposons de prendre en charge l'achat et l'installation de clôtures ainsi que le matériel pour l'abreuvement. Sur cette première expérimentation, le Syndicat ne rémunère pas l'éleveur, l'échange est basé sur la mise à disposition gratuite du terrain de pâturage. La relation avec l’éleveur est à soigner. Les moutons restent jour et nuit sur les digues, l’éleveur passe très régulièrement les voir. Cela s’accompagne de contraintes pour lui. En rétribuant les éleveurs, c’est aussi une façon de soutenir la filière ovine qui est très peu développée sur notre territoire.

Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

Les élus sont informés et peuvent nous orienter vers des éleveurs de leur commune. Des échanges sont réalisés avec les Réserves naturelles nationales de la Baie de l’Aiguillon et de la Casse de la Belle Henriette pour adapter l’entretien des digues aux enjeux biodiversité. Des discussions sont aussi réalisées avec le Parc naturel régional du Marais Poitevin qui peut nous accompagner sur certaines thématiques.

Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?

Le conseil est d’établir une convention avec un objectif d’entretien plutôt que d'imposer un nombre de bêtes sur le pâturage. Cela simplifie et apaise les relations avec les éleveurs qui gardent la main sur la gestion de leur cheptel. Pour garantir la pérennité du partenariat, la collectivité doit prendre en charge les contraintes logistiques comme l'installation de clôtures et l'accès à l'eau. Il faut être à l’écoute des besoins des éleveurs et trouver des solutions simples à mettre en œuvre.

Le projet en détails

Dates clés

  1. 2024

    Expérimentation du pâturage avec des moutons sur la digue des Noailles

  2. 2029 - 2030

    Souhait d’étendre le pâturage aux digues de la baie d’Aiguillon après les travaux

Chiffres clés

  • 75

    km de digues à entretenir

  • 0.35

    € HT, le coût du désherbage mécanique au mètre linéaire

  • 10 à 15

    cm, la hauteur idéale pour l'herbe

À retenir

  • Le passage des moutons a transformé la digue avant envahie par des frênes et de la mousse en surface enherbée, sans besoin d'ensemencement

  • Le maintien d’une herbe mi-haute (10-15 cm) est idéal car, en cas de débordement, l'herbe se couche et protège la terre de la digue contre l'érosion de surface

  • L'éco-pâturage n’évite pas totalement le recours au broyage car les moutons ne mangent pas tout

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