La restauration d’un cours d’eau sur 1 km en Nord Mayenne (53)
Parole de collectivité
Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, Aquagir part à la rencontre d’élus et de porteurs de projets qui sont passés à l’action
À Bais, en 2023, le Syndicat du Bassin de l'Aron, Mayenne et ses Affluents (SyBAMA) a réalisé la restauration d’un cours d’eau sur 1 km, la réduction d’un plan d’eau, la création d’une digue et l’aménagement d’un lit majeur emboité pour sécuriser les crues.
Le SyBAMA s’est appuyé sur son expérience de 46 chantiers de renaturation et s’est inspiré des zones où les fonctionnalités de la rivière ont été conservées.
Le plan d’eau de Bais a été réaménagé en 2023 © Banque des Territoires
Nous avons la chance en Mayenne d’avoir de nombreux cours d’eau peu artificialisés. Il faut s’inspirer de ces rivières naturelles pour recréer ce qui fonctionne.
L'interview
Comment ce projet s’est-il imposé à l’agenda de votre syndicat ?
En 2020, le Syndicat du Bassin de l'Aron, Mayenne et ses Affluents a intégré plusieurs communautés de communes. Ce changement d’échelle s’est accompagné de moyens financiers plus conséquents permettant de porter des projets plus ambitieux. Le Nord Mayenne possède de nombreux atouts pour la qualité des milieux aquatiques : d’importantes surfaces de prairies humides et de bocage, des débits permanents même l’été, une pente naturelle et une eau fraîche. Toutefois, de nombreux cours d’eau ont été déviés et recalibrés pour les besoins de l’agriculture. À Bais, le cours d’eau l’Aron, par le passé dévié, était incisé et rectiligne. Après une longue étude, le SyBAMA a validé un projet ambitieux de restauration du cours d’eau. À quelques mètres, le plan d’eau de Bais non connecté à la rivière était peu attractif et partiellement dégradé. La communauté de communes des Coëvrons voulait revaloriser le site avant de le rétrocéder à la commune. Elle a donc profité du projet du SyBAMA et de certaines obligations réglementaires pour restaurer les berges du plan d’eau et le doter d’un déversoir de crue.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Depuis 2014, le Syndicat a conduit 46 chantiers, soit près de 27 km de linéaire de cours d’eau renaturé. Nous avons accumulé un retour d’expérience précieux sur la morphologie des cours d’eau. Mais l’inspiration principale vient de la rivière elle-même. Nous copions ce qui fonctionne naturellement en observant les tronçons de l’Aron peu artificialisés pour retrouver les dimensions, le tracé et les caractéristiques d’origine. Ces stations sont nos références. Nos réflexions ont également été nourries par les échanges avec les syndicats voisins sur des restaurations réussies (communes de Saint-Suzanne, Gorron et Montsûrs) en termes de revalorisation paysagère ou d’usages.
Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?
Sur ce projet, nous avons reméandré le cours d’eau sur 1 km, créé un lit majeur emboité pour permettre à la rivière de déborder, réduit de 5 % le plan d’eau, créé un déversoir de crue, construit une digue, adouci les berges du plan d’eau, repris 600 m de canalisation d’eaux pluviales, installé deux passerelles en bois et refait l’aménagement paysager, notamment par des plantations tout le long de la rivière. Il faut maîtriser les techniques de restauration des cours d’eau dont le reméandrage et la création d’un lit majeur emboité. Cela implique de savoir calculer les dimensions nécessaires, souvent six fois la largeur du lit mineur, pour permettre le débordement naturel de la rivière.
La restauration des cours d’eau implique de recréer la couche sédimentaire et donc de choisir les bons matériaux. Nous sommes dans une zone de frais de la truite fario et les cailloux roulés sont privilégiés pour éviter de blesser les poissons. Des connaissances en botanique permettent de choisir les essences adaptées en évitant les espèces porteuses de maladies (aulne) ou les plantations qui fragilisent les digues. Il est aussi indispensable de connaître le règlement d’eau, les obligations de sécurité comme la création d’un déversoir de crue pour un plan d’eau et les procédures administratives liées à la Loi sur l’eau.
Et surtout, les projets de renaturation nécessitent de rencontrer et de dialoguer avec les élus, les propriétaires fonciers, les agriculteurs, les pêcheurs et les usagers.
Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?
Le projet a été calibré avec le bureau d’études SERAMA qui a réalisé un diagnostic du site. Plusieurs scénarios d’aménagement ont été proposés avant de travailler sur un avant-projet. Pour permettre le passage de la nouvelle rivière et son raccordement à l’ancien tronçon, le projet a empiété sur l'emprise du plan d'eau d’une superficie de 2 hectares. Cela a nécessité la création d'un nouveau tronçon de digue sur 50 m. Nous avons mené une étude d’impact de la digue et une étude de sol avec des sondages à 2 m de profondeur pour savoir jusqu'où il fallait ancrer la digue pour qu'elle soit étanche. Nous avons profité des travaux pour repenser l’accessibilité du site, notamment pour les personnes à mobilité réduite.
Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou coconstruit avec eux ?
Ce projet a été porté et soutenu par l’ancienne maire de Bais. Toutefois, face aux craintes et à la contestation des habitants de voir leur plan d’eau disparaître, le comité de pilotage a très vite écarté un effacement total. Entre janvier 2020 et septembre 2021, le projet a été mis en pause pour apaiser les tensions. À sa reprise, le projet était mieux accepté par les habitants. De nombreux usagers ont posé des questions lors de la phase travaux. Un travail a été mené en étroite collaboration avec l’association locale Les ruisseaux du canton de Bais et la Fédération de pêche qui a été associée à la vidange du plan d’eau. Des élèves du collège de la commune ont participé à la réalisation des panneaux d’information du site. Sur nos futurs projets, nous associerons davantage les habitants au devenir du site, plutôt que leur proposer des scénarios très techniques déjà validés.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?
La restauration du cours d’eau, dont le coût global s’élève à environ 330 000 €, a été financée à 80 % par des subventions publiques : Agence de l’eau Loire-Bretagne (50%), département de la Mayenne (20%) et région Pays de la Loire (10%). Ces travaux ont été financés dans le cadre de la restauration du milieu aquatique. Depuis, les règles de financement ont évolué. Le Département ne finance plus ce type de projet, la Région a augmenté sa participation à 30 % pour compenser.
La restauration des berges du plan d’eau n’a pas bénéficié de subventions et a été prise en charge par la Communauté de communes des Coëvrons. Certaines plantations réalisées par la commune après le chantier, ont été prises en charge dans le cadre du plan bocager intercommunal. Les panneaux pédagogiques ont été financés par le label « Sur le Chemin de la nature » porté par l’association Mayenne nature environnement.
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
La Direction départementale des territoires (DDT) et l'Office français de la biodiversité (OFB) ont assuré le suivi réglementaire et la surveillance, notamment lors de la pollution accidentelle du cours d’eau en 2024, quelques mois après la fin des travaux.
Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?
Bien que l’effacement total d’un plan d’eau soit la meilleure solution écologique, il n’est pas toujours opportun de se lancer dans un tel projet. La contestation des habitants peut être forte lorsque l’on modifie leur cadre de vie. Des alternatives sont parfois préférables pour assurer la réalisation des travaux. Ce projet nous a aussi appris qu’il était nécessaire d'associer les habitants à la réflexion sur le devenir d’un site pour lever rapidement des freins et engager un projet socialement acceptable.