GESTION DES MILIEUX AQUATIQUES

Le suivi du trait de côte pour prévenir le risque inondation et submersion marine (85)

Parole de collectivité

Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, Aquagir part à la rencontre d’élus et de porteurs de projets qui sont passés à l’action

Sur le littoral vendéen, le système plage-dune se déplace au gré des conditions météo-marines. Suite au traumatisme de la tempête Xynthia de 2010, le Syndicat mixte Bassin du Lay a mis en place un suivi scientifique de ce trait de côte pour comprendre l’évolution morphologique du territoire et prévenir les risques pour les populations situées derrière les digues.

Il poursuit également un objectif réglementaire, car la surveillance des digues est obligatoire ainsi que les dunes comprises entre deux aménagements. Les données collectées permettent de mieux connaître l'évolution des aléas d'érosion (recul) ou d’accrétion (accumulation de sable) côtière et les risques de submersion.

Le suivi du trait de côte porte sur les cordons dunaires qui servent de remparts naturels.

Julie Lowenbruck

L'interview

Comment ce projet s’est-il imposé à l’agenda du Syndicat mixte Bassin du Lay ?

En février 2010, le territoire a été fortement touché par la tempête Xynthia. Combinée à une marée haute de fort coefficient, elle a provoqué une submersion marine et de nombreuses brèches dans les digues de protection. Elle a été marquée par un bilan humain et matériel extrêmement lourd. Cette catastrophe naturelle a servi de rappel brutal de la vulnérabilité des côtes et de la nécessité de restaurer une culture du risque. Les hivers suivants (2013, 2014, 2017 et 2018), de nouvelles brèches se sont formées dans les cordons dunaires de la Belle Henriette. Ces dunes constituent parfois la seule protection des secteurs situés en arrière, leur surveillance est donc une question de sécurité publique.

Le Syndicat mixte Bassin du Lay (SMBL) est alors devenu porteur du Programme d'Actions de Prévention des Inondations (PAPI). Le PAPI a permis de structurer l'Observatoire du littoral et d'acquérir le matériel de suivi GPS. Ce suivi assure l’efficacité des protections naturelles.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

La principale source d’inspiration est l'échange d'expérience entre pairs. Un groupe de travail composé d’autres chargés de mission trait de côtes de syndicats de Vendée (Noirmoutier, Océan Marais de Monts, Saint-Gilles-Croix-de-Vie, Les Sables-d'Olonne…) a été créé. Ces rencontres, organisées une fois par an, permettent de visiter d'autres sites et de nourrir notre réflexion locale.

Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?

Il faut comprendre le fonctionnement hydro et morpho-sédimentaire ainsi que la dynamique de la dérive littorale, c’est-à-dire du courant côtier transportant le sable. La mobilité du trait de côte est naturelle. Elle résulte de l’action des éléments naturels mais les effets peuvent être renforcés par des actions humaines, en particulier le long des côtes sableuses. La sur-fréquentation des cordons dunaires près des plages limite la végétation et expose ainsi le sable à l’érosion sous l’action du vent. Les ouvrages côtiers et les extractions de matériaux modifient aussi les échanges sédimentaires. La plupart des sites sont en érosion côtière (perte de sable).

Six secteurs bénéficient d’un suivi du trait de côte. Deux sites, comme la plage de la Belle Henriette à la Tranche-sur-Mer ou la pointe d'Arçay à Aiguillon-la-Presqu’île, connaissent une accrétion (accumulation de sable) avec des gains de hauteur de sable allant jusqu'à 5 mètres en un an et demi.

Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?

En 2022, l'Observatoire régional des risques côtiers (OR2C) a mené une étude pour aider le Syndicat mixte Bassin du Lay à définir une stratégie de gestion du trait de côte. Celle-ci a été ponctuée d’ateliers participatifs pour définir les orientations d'aménagement face au risque. Cette étude a été ensuite complétée par les communautés de communes. Des travaux ont été menés de manière expérimentale par des communes. Un suivi est réalisé par le SMBL pour observer comment le littoral évolue par rapport à des secteurs non aménagés.

Depuis 2017, nous utilisons un DGPS topographique qui réalise des levés altimétriques sur différents profils de plage. Ils permettent de visualiser les zones de gain ou de perte de sable.

Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou coconstruit avec eux ?

Il est indispensable de transmettre une culture du risque, aux élus et aux habitants. Le renouvellement de la population efface la mémoire des catastrophes passées comme Xynthia. C’est pourquoi un important travail de partage d'informations est fait vers les élus locaux via des synthèses rapides, des vidéos et des bilans vulgarisés pour les aider à comprendre l'évolution du littoral et à prendre des décisions. Certains habitants ont compris les enjeux techniques, le travail d'explication est continu car il y a toujours des nouveaux habitants. Des réunions publiques sur le recul du trait de côte ont été organisées pour sensibiliser les habitants et les informer de la stratégie de gestion.

Comment le syndicat a-t-il financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?

Le DGPS topographique, indispensable aux relevés, a été subventionné par l'État à hauteur de 50 %. La stratégie trait de côte menée par le SMBL a été financée via un appel à projet de l'OR2C porté par l'université de Nantes.

Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

Les services de l’État (DREAL et DDTM) sont informés des études. Le Syndicat travaille avec des EPCI comme Vendée Grand Littoral et Sud Vendée Littoral qui possèdent la compétence sur certains secteurs et avec les mairies locales (L’Aiguillon-la-Presqu’île, La Tranche sur Mer...) pour le partage d'informations et la sensibilisation des élus.

Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?

Il faut bien clarifier les compétences liées à la GEMAPI de celles liées à l'aménagement ou à l'urbanisme (érosion), car les financements et les responsabilités sont différentes.

Une connaissance fine de la loi Climat et Résilience est nécessaire pour distinguer l'érosion (risque prévisible, non indemnisé par le fonds Barnier) de la submersion marine (risque imprévisible, couverte par les dispositifs d'indemnisation). Cela ne sert à rien de vouloir tout suivre avec la même précision millimétrique, cela serait trop chronophage. L’idéal est d’adapter la méthodologie en mixant suivi DGPS pour les zones à forts enjeux et suivi visuel pour les secteurs plus stables.

Pour les élus, les données techniques brutes sont peu utiles. Il est important d’avoir accès à des synthèses visuelles simples (codes couleurs rouge/bleu pour les pertes/gains de sable) et des analyses afin de faciliter la prise de décision politique. Les territoires ont tout intérêt à transmettre leurs relevés aux services de l'État et aux observatoires régionaux (comme l'OR2C) pour enrichir la connaissance globale du trait de côte.

Le projet en détails

Dates clés

  1. 2010

    Tempête Xynthia

  2. 2014

    Labellisation du PAPI

  3. 2017

    Début effectif des suivis de données topographiques

  4. 2022

    Etude de l’OR2C pour définir la stratégie de gestion du trait de côte du Syndicat

Chiffres clés

  • 75

    km de linéaire, la longueur total de digues du système d’endiguement

  • 5

    jours nécessaires pour réaliser les relevés topographiques sur le secteur de la Belle Henriette lors des grandes marées (coefficient supérieur à 90)

  • 2

    fois par an, la fréquence des suivis périodiques et des suivis après chaque tempête de grande ampleur

À retenir

  • L'utilisation d'un logiciel de traitement de données permet de réaliser l’analyse et la mise en forme des données

  • Le fait de réaliser le suivi du trait de côte et le suivi réglementaire du système d'endiguement en un seul passage avec le GPS permet de gagner en efficacité

  • L’absence de données avant 2017 rend plus difficile l'analyse scientifique des cycles d'érosion et d'accrétion à long terme

Les partenaires du projet

  • Observatoire régional des risques côtiers

  • Université de Nantes

  • Communauté de communes Vendée Grand Littoral

  • Communauté de communes Sud Vendée Littoral

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