Nort-sur-Erdre (44) à la reconquête de son marais, précieux atout pour la biodiversité et la gestion de l’eau
Avec son marais à deux pas du centre-ville et son port fluvial, Nort-sur-Erdre symbolise bien le passage de l’Erdre naturelle à l’Erdre navigable, à 30 km de la confluence avec la Loire à Nantes. Le marais de la Guénardière est une zone humide de 4,6 hectares qui assure des fonctionnalités écologiques essentielles : réservoir de biodiversité, exutoire d’eau pluviale urbaine, zone tampon lors des montées en charge de la rivière…
En 2019, la commune a mis en place son premier plan de gestion pour restaurer et maintenir ses fonctionnalités, contribuer à l’amélioration des connaissances scientifiques et en faire un lieu de sensibilisation pour le grand public.
Après une phase de grands travaux (curage des douves, suppression d’espèces envahissantes, création d’une frayère, cheminement d’accès), la vie de ce marais a repris son cours, entre pâturage extensif, entretien régulier et sorties pédagogiques... en canoë.
Sur 4,6 ha, le marais de la Guénardière présente une diversité de milieux : espaces boisés, prairie sèche, prairie humide. Ici la roselière au début du printemps - Crédit photo : Mairie de Nort-sur-Erdre
Il est absolument nécessaire de se préoccuper de l’eau, en qualité comme en quantité. C’est un enjeu pour l’avenir. En tant qu’élu, il n’est pas indispensable d’être spécialiste, mais important d’être sensible à cette question et d’être bien entouré. L’apprentissage vient avec le temps en s’intéressant à tous les points de vue.
Comment la restauration du marais de la Guénardière s’est-elle imposée à l’agenda de la commune de Nort-sur-Erdre ?
Pierrick Guégan : Nort-sur-Erdre est construite autour de la rivière. Le marais est un exutoire des eaux pluviales et une zone tampon : l’eau s’accumule et repart de façon progressive dans la rivière, tout en se délestant de polluants. Sans marais, la montée en charge de l’Erdre serait catastrophique pour la ville. Du fait de sa position, bordant le centre-ville et en limite de zone Natura 2000, notre marais présente aussi un grand intérêt pour générer de la biodiversité au cœur de la ville. Pendant 50 ans, l’absence de plan de gestion a conduit à des pressions de pâturage inadaptées et un entretien irrégulier. Des arbres de haute tige avaient poussé et des douves étaient bouchées, occasionnant des dysfonctionnements du réseau hydrologique. Le milieu avait aussi été dégradé par des dépôts de remblais. La reconquête du marais a été initiée en 2017. Cela a été un gros travail sur plusieurs années : curage des douves et du cours d’eau, recréation d’une frayère à brochet, suppression des espèces exotiques envahissantes comme les lauriers palmes, fauche de la roselière, révision de la pression de pâturage des chevaux. Ce premier plan de gestion courait sur la période 2020-2025, nous en sommes à la phase de bilan.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Pierrick Guégan : Nous nous sommes appuyés sur nos partenaires, notamment le syndicat mixte EDENN qui coordonne le SAGE Estuaire de la Loire sur le bassin versant de l’Erdre, et l’association Bretagne Vivante qui a été notre partenaire technique pour l’élaboration du plan de gestion. Ainsi que tous les acteurs du territoire : associations, agriculteurs, chasseurs, habitants, industriels… chacun a sa vision de l’eau !
Est-ce qu’une étude de faisabilité et/ou d’impact a été réalisée sur ce projet ?
Pierrick Guégan : En plus du regard sur le bon fonctionnement hydrologique du marais, le suivi scientifique pour améliorer les connaissances fait partie intégrante de la démarche. Des diagnostics ont été réalisés à plusieurs périodes, avant et après les travaux de restauration. Entre 2017 et 2019, l’association Bretagne Vivante a réalisé un diagnostic environnemental avec un inventaire global de la faune et de la flore. Le marais comporte des prairies sèches, des prairies humides, des roselières et de boisements alluviaux, ce qui permet à de nombreuses espèces de cohabiter. La biodiversité y est relativement ordinaire, mais très diversifiée. La Fédération de pêche de Loire-Atlantique a inventorié la faune piscicole en 2018 afin de réaliser l’étude préalable à la restauration des frayères à brochet.
Valentin Salvant : Après les travaux de restauration, j’ai réalisé un inventaire de la flore en 2024 qui a mis en évidence 60 espèces végétales supplémentaires, ou en tout cas non recensées en 2017. L’association Bretagne Vivante a également relevé de nouvelles espèces patrimoniales, notamment chez les insectes, avec la Courtilière ou le Grand capricorne.
Concernant les compétences, quels sont les principaux sujets à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?
Pierrick Guégan : C’est d’abord une sensibilité, les compétences viennent ensuite ! Il est absolument nécessaire de se préoccuper de l’eau, c’est un enjeu pour l’avenir. En tant qu’élu, on n’a pas besoin d’être spécialiste. On écoute tous les points de vue et on apprend au fur et à mesure.
Valentin Salvant : Ma mission sur l’environnement occupe 70 % de mon temps, avec une grande partie d’animation et de coordination du plan de gestion du marais. Ma formation d’écologue me permet de réaliser les inventaires sur la flore. Sur l’aspect technique, les compétences et moyens de notre service espaces verts sont suffisants pour l’entretien courant du marais : taille des haies, fauche de regain après le pâturage, régulation des espèces envahissantes… En revanche les travaux de restauration du marais sont confiés à des prestataires, car ils nécessitent des matériels spécifiques.
Lors de la phase de diagnostic et de planification, comment la collectivité a-t-elle assuré le bon dimensionnement du projet et l’adhésion des citoyens ?
Pierrick Guégan : La difficulté de gérer un marais tient souvent à la très grande parcellisation, avec une multitude de propriétaires qui peuvent être inconnus, indifférents ou réticents à appliquer un plan de gestion. Nous n’avons pas eu ces difficultés puisque le marais est communal. La convention de pâturage a été revue en concertation avec une éleveuse de chevaux. Par ailleurs, notre démarche de reconquête du marais comprend un volet sensibilisation du grand public et des scolaires. Il est important de valoriser ces actions. Nous avons créé un panneau à l’entrée du marais. En revanche, nous avons écarté l’idée de réaliser un cheminement à l’intérieur du site, car le marais est trop petit. Cela aurait provoqué un déséquilibre et dérangé la faune. Le marais est donc uniquement accessible lors des animations proposées par l’association Bretagne vivante et par la commune, par exemple à l’occasion de la Fête de la Nature qui a lieu chaque année au printemps.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles sont les aides sollicitées/obtenues ?
Pierrick Guégan : En tant que structure cheffe de file sur le bassin versant de l’Erdre, l’EDENN a instruit nos demandes de subventions auprès de la Région Pays de la Loire et nous les reverse dans le cadre du contrat territorial eau. Le coût des travaux de restauration du marais s’élevait à 136 000 euros, étalés sur 3 ans (2020-2022), avec un auto-financement de la part de la ville de 70%.
Un montant prévisionnel de 97 000 euros est inscrit au CT Eau pour la période 2023 à 2028, dont 18 800 pour les suivis scientifiques et 35200 pour des actions de sensibilisation.
Quels sont les acteurs qui ont accompagné Nort-sur-Erdre dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
Le comité de gestion du marais comprend l’association Bretagne Vivante, le syndicat mixte EDENN et la Fédération départementale de pêche.