GESTION DES MILIEUX AQUATIQUES

Programme de réhabilitation et restauration des mares publiques en Guadeloupe (971)

Niveau d'expertise : intermédiaire

Face aux phénomènes de sècheresse intense qu’à connu la Guadeloupe en 2022 et face à la détresse des agriculteurs, l’Office de l’eau de Guadeloupe a lancé la réhabilitation des mares de Marie-Galante, essentielles pour l’eau et le patrimoine local.

Le projet, financé à 80 % par l’ODE et complété par les collectivités, s’appuie sur une concertation avec agriculteurs et institutions.

La mare a toujours été un élément central de la vie locale : indispensable à l’industrie de la canne, à l’abreuvement des animaux, aux usages domestiques de la population

Cédric Vincent

L'interview

Comment le sujet s’est-il imposé à l’agenda de l'Office de l'eau de Guadeloupe ?

Ce projet s’inscrit dans un contexte marqué par deux années de sécheresse et la détresse des agriculteurs, qui ont rappelé l’urgence de repenser la gestion de nos ressources en eau.

La réhabilitation a débuté à Marie-Galante, territoire singulier dépourvu de rivières et dépendant exclusivement de sa nappe phréatique. Plus largement, Marie-Galante et le Nord Grande-Terre comptent un patrimoine exceptionnel de plus de 3000 mares en Guadeloupe, dont environ 500 sur Marie-Galante.

Historiquement, la mare a toujours été un élément central de la vie locale : indispensable à l’industrie de la canne, à l’abreuvement des animaux, aux usages domestiques de la population et aux pratiques agricoles. Elle constitue ainsi un marqueur fort du territoire et du patrimoine guadeloupéen, à la fois ressource vitale et symbole de mémoire collective.

Est-ce qu’une étude de faisabilité et/ou d’impact a été réalisée sur ce projet ?

Oui. Dans un premier temps, un bureau d’études a été mandaté afin de réaliser un diagnostic approfondi et une caractérisation des mares. Cette étape a permis d’identifier leurs spécificités et leur état actuel. Dans un second temps, un autre bureau d’études a été sollicité pour définir les types d’aménagements et de valorisation nécessaires à une préservation durable. Les recommandations portent notamment sur :

  • la replantation d’arbres pour renforcer le couvert végétal,
  • la mise en place d’abreuvoirs adaptés,
  • l’installation de barrières de protection afin de limiter le piétinement et la dégradation des mares.

 

Ces travaux ont permis de mieux comprendre le fonctionnement écologique des mares, leurs interactions avec la nappe souterraine, ainsi que le rôle essentiel du couvert végétal et animal dans leur équilibre.

Concernant les compétences, quelles sont les principaux sujets à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?

Dans le cadre du projet de restauration, plusieurs domaines de compétences apparaissent essentiels :

  • Gestion des espèces exotiques envahissantes : savoir mettre en place des protocoles d’éradication et de restauration du milieu, notamment face à l’influence du couvert végétal des mares (ex. CANGT).
  • Connaissance écologique : disposer d’une bonne maîtrise de la flore, de la faune et des interactions propres aux zones humides.
  • Hydrologie des mares : comprendre le fonctionnement des mares, leurs échanges avec la nappe souterraine et l’importance du couvert végétal et animal dans leur équilibre.
  • Compétences réglementaires et techniques : GEMAPI (Gestion des Milieux Aquatiques et Prévention des Inondations), PLAN PAPI (Programme d’Actions de Prévention des Inondations).
  • Environnement et assainissement : appréhender les problématiques de pollution, notamment liées aux mares urbaines affectées par le ruissellement.
  • Sensibilisation et mobilisation citoyenne : être capable de conduire des actions pédagogiques sur l’eau, l’assainissement et la préservation des mares.
  • Génie végétal : savoir utiliser des techniques de replantation pour renforcer les berges et restaurer durablement les écosystèmes.

Lors de la phase de diagnostic et de planification, comment l’office de l’eau a-t-elle assuré le bon dimensionnement du projet et l’adhésion des structures concernés ?

L’Office de l’eau a privilégié une approche collaborative et participative :

Concertation institutionnelle : un travail étroit avec les communautés d’agglomération et le conseil départemental, propriétaire du foncier, afin de garantir la cohérence territoriale et l’appropriation du projet.

Dialogue citoyen : organisation de missions de concertation et de réunions publiques avec les usagers des mares, notamment les agriculteurs, pour recueillir leurs besoins et favoriser leur implication.

Renforcement des compétences : formation des équipes techniques sur les protocoles d’éradication des espèces exotiques envahissantes, l’étude floristique (cycle de vie et floraison des espèces végétales présentes) et l’hydrologie des mares.
Cette démarche a permis à la fois de dimensionner le projet de manière réaliste, en tenant compte des spécificités locales, et de mobiliser l’ensemble des acteurs concernés autour d’une vision partagée de préservation et de valorisation durable des mares.

Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles sont les aides sollicitées/obtenues ?

Le financement du projet repose sur une répartition partenariale adaptée aux spécificités territoriales :

Sur Marie-Galante :

  • 80 % pris en charge par l’Office de l’Eau (ODE),
  • 15 % par le Conseil départemental,
  • 5 % par la Communauté de Communes de Marie-Galante.

 

Sur la Grande-Terre :

  • 80 % financés par l’ODE,
  • 20 % par la Communauté d’Agglomération Nord Grande-Terre.

 

Cette structuration financière traduit une implication forte de l’Office de l’Eau, complétée par l’engagement des collectivités locales, garantissant à la fois la viabilité économique du projet et l’adhésion institutionnelle nécessaire à sa mise en œuvre.

Quels sont les autres acteurs qui ont accompagné l'Office de l'eau de Guadeloupe dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

La préparation et la mise en œuvre du projet ont reposé sur une dynamique partenariale mobilisant plusieurs acteurs clés :

  • La Communauté d’Agglomération Nord Grande-Terre,
  • Le Conseil Départemental de Guadeloupe,
  • La Communauté de Communes de Marie-Galante,
  • Ainsi que différents bureaux d’études spécialisés, apportant leur expertise technique et scientifique.

 

Cette coopération institutionnelle et technique a permis de garantir à la fois la pertinence des choix opérés, l’adaptation aux réalités locales et la solidité des solutions mises en œuvre.

Le projet en détails

Dates clés

  1. fin 2021

    Mise à l'agenda du projet

  2. 2022

    Inspiration

  3. 31 janvier 2023

    Validation du programme de réhabilitation

  4. 2023 - En cours

    Réalisation du projet

Chiffres clés

  • 49

    mares réhabilitées à Marie-Galante

  • 10

    mares restaurées en Nord Grande-Terre

  • 500 000

    € de budget mobilisé pour Marie-Galante

À retenir

  • Soutien à l’activité agricole : permettre aux agriculteurs de maintenir leurs élevages même en période de sécheresse

  • Valorisation patrimoniale : sauvegarder un élément central du patrimoine guadeloupéen, les mares, véritables sites historiques et culturels

  • Des délais de mise en œuvre longs, liés à la complexité des études préalables et à la réalisation des programmes

Les partenaires du projet

  • Conseil départemental de la Guadeloupe

  • Communauté de communes Marie-Galante

  • Communauté d'agglomération Nord Grande-Terre

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