Reméandrage d’une large portion de cours d’eau présent en zone urbaine au Rheu (35)
Parole de collectivité
Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, Aquagir part à la rencontre d’élus et de porteurs de projets qui sont passés à l’action
À la cité-jardin du Rheu (35), le Lindon traverse la ZAC de la Trémelière sur une large portion.
Lors de la conception de cette ZAC, Territoires Rennes, maître d’ouvrage du projet, s’est entouré de partenaires (bureaux d’étude environnement, entreprises paysagères) compétents pour reméandrer et renaturer ce cours d’eau. Création de bassins pour gérer les eaux de pluies, de méandres pour ralentir l’écoulement, choix d’un lit emboité pour permettre un débordement avant d’arriver à la ville, tout a été pensé pour retrouver un cours d’eau naturel, offrant aux habitants humains et non humains un cadre de vie commune serein et respectueux.
Sur la ZAC de la Tremelière, un nouveau lit, plus naturel, a été dessiné pour le Lindon. - Crédits photo : Biografik
Paradoxalement, nous n’aurions pas renaturé tout ce couloir écologique sans le projet d’urbanisation.
L'interview
Comment ce projet de reméandrage du Lindon s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?
Le point de départ, c’est l’urbanisation avec le projet de la ZAC de la Trémelière. C’est une commande publique de la commune ; Territoires Rennes est maître d’ouvrage. Dans ce type de projets, il y a une imperméabilisation des sols et il faut donc prévoir des mesures pour ne pas aggraver la gestion des eaux de pluies. Ces mesures sont décrites dans un dossier Loi sur l’eau, déposé auprès de la Police de l’eau, nécessaire pour obtenir les autorisations de travaux.
Dans un premier temps, lors de la construction de la première tranche de la ZAC, en 2012, nous avons mis en œuvre ces mesures sur un premier tronçon du cours d’eau. En effet, à l’époque, nous n’avions pas le budget pour traiter l’ensemble du cours d’eau présent sur la ZAC. Nous pensions donc travailler tronçon par tronçon.
Par la suite, les experts dont nous nous sommes entourés ont constaté que ce serait très compliqué, et moins pertinent que de travailler sur l’ensemble de la portion du Lindon présent dans la ZAC. Les pratiques et les connaissances sur le sujet avaient beaucoup évolué en une dizaine d’années, et les élus se sont emparés du sujet. La commune du Rheu était notamment impliquée dans des diagnostics faune et flore pour réaliser un Atlas de la biodiversité avec d’autres communes. Nous avons donc recherché les financements pour travailler sur l’ensemble du cours d’eau traversant la ZAC, avec pour objectifs de lui redonner un lit naturel et d’offrir un vrai lieu de vie serein tant aux riverains qu’à la faune et la flore locales.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Il y a en fait très peu de projets sur une portion de cours d’eau aussi grande, et en plus dans une zone urbaine. Nous nous sommes donc appuyés sur les compétences et connaissances des bureaux d’études avec qui nous avons travaillé pour ce projet, à savoir Biosferenn et Iao Senn.
Aujourd’hui, c’est ce projet de renaturation du Lindon qui sert d’inspiration pour différents acteurs, comme des universitaires qui s’intéressent à l’évolution du ragondin, un animal invasif très présent dans le secteur, et parfois nuisible. Le lycée Théodore Monod du Rheu, notamment le BTS spécialisé en gestion de l’eau et des milieux aquatiques (GEMO), prend également ce site comme support d’étude.
Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou coconstruit avec eux ?
Nous avons mobilisé des compétences en hydrologie, en hydraulique et en écologie, en connexion/déconnexion des eaux de pluies et la compétence GEMAPI (Gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations) portée par Rennes Métropole.
Le projet d’urbanisation a fait l’objet de concertations publiques, puisqu’il s’agit d’une ZAC, mais nous n’avons pas co-construit le projet de reméandrage et renaturation avec les citoyennes et citoyens car il s’agit d’un sujet particulièrement technique. Par contre, nous avons tenu une réunion publique en avril 2025 pour expliquer aux habitantes et habitants le pourquoi, les enjeux et les objectifs de ces travaux, lourds, sur et autour du Lindon.
Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?
Nous avons travaillé avec Camille May, spécialiste en hydrologie et hydraulique au bureau d’étude environnement Biosferenn. Elle a étudié le site d’un point de vue topographique et ortho photographique sur plusieurs années. Elle a ainsi tâché de comprendre quels avaient été les chemins empruntés par le Lindon, quel était son chemin actuel et les évolutions de la topographie nécessaires pour proposer un nouveau lit qui soit le plus proche de ce qu’on pourrait trouver naturellement dans cette zone. Biosferenn a également une compétence en écologie, qui a été complétée par les diagnostics faune et flore réalisés par d’autres spécialistes, partenaires de la commune dans le projet d’Atlas de la biodiversité.
Le bureau d’étude environnement Iao Senn était également impliqué, via leur compétence en gestion des eaux de pluies. Nous avons par exemple déconnecté des fossés du cours d’eau en créant deux bassins qui servent de bassins d’infiltration, permettent d’épurer l’eau et de mieux gérer les débits de fuite en cas de grosse pluie. Car il y avait un gros enjeu hydraulique : après cette zone sur laquelle nous avons travaillé, le cours d’eau est canalisé sous la ville après un étranglement. Avant, il allait vite et tout droit, et il y a eu des problèmes d’inondation qui ont marqué la population. Nous devions donc ralentir le cours d’eau et lui permettre de déborder avant la ville, ce que nous avons fait en créant de nombreux méandres et en choisissant le principe du profil de « lit emboîté » sur certains tronçons.
Comment avez-vous financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?
Ce projet représente un budget de 825 818 €, dont 70 % ont été apportés par l’Agence de l’eau : 250 000 € directement, et 350 217 € par l’État via le Fond Vert, également redistribué par l’Agence de l’eau.
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
Nous avons été accompagnés par de nombreux partenaires :
- Le bureau d’étude environnement Biosferenn, essentiellement pour les volets hydrologique et hydraulique, mais aussi pour le volet écologique ;
- Le bureau d’étude environnement Iao Senn pour le côté connexion/déconnexion des eaux de pluies ;
- Les entreprises Cardin, Nature et Paysage et l’association de réinsertion Étude et Chantier qui ont démarré le projet de renaturation et le volet « accompagnement paysager » ;
- Les paysagistes de Folks Paysage, pour l’accompagnement sur le volet paysage avec notamment la création de trois secteurs ayant des objectifs différents d’un point de vue pédagogique et au regard de la restauration du vallon ;
- L’Agence de l’eau pour des points techniques et le financement.
Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?
Il faut se faire accompagner par de bons bureaux d’études techniques ayant les compétences sur tous les volets. Bien entendu, il faut aussi être motivé et aller chercher les subventions. Et enfin, dans la mesure du possible, valoriser le projet auprès du grand public.
Il faut adapter cette valorisation en fonction des objectifs du projet et du lieu. Par exemple, dans notre volet paysage, nous avons trois secteurs avec des objectifs différents :
- La prairie poétique, pour jouer, se promener, habiter, se rencontrer ;
- L’espace de rencontre, pour observer, cheminer et apprendre ;
- Le Vallon préservé, pour préserver, restaurer, renaturer.
Chaque secteur aura ses propres règles de fréquentation. Par exemple, nous avons prévu un parc à chiens dans le secteur de la prairie poétique pour qu’ils aient un espace de liberté, mais nous demandons à ce qu’ils soient tenus en laisse dans l’espace de rencontre pour moins déranger la faune et la flore. Le Vallon préservé, lui, est fermé à la fréquentation autre que celle de la faune sauvage.