GESTION DES MILIEUX AQUATIQUES

Restauration de l’Yvette à Saint-Rémy-lès-Chevreuse (78) : redonner à la rivière son lit naturel

Parole de collectivité

Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, Aquagir part à la rencontre d’élus et de porteurs de projets qui sont passés à l’action

La restauration de l’Yvette à Saint-Rémy-lès-Chevreuse vise à redonner à la rivière son lit naturel sur 1,4 km, dans un fond de vallée aujourd’hui protégé.

Portée par le Parc naturel régional de la Haute Vallée de Chevreuse, l’opération s’est appuyée sur une étude de faisabilité intégrant analyses historiques, relevés topographiques, études hydrologiques et diagnostics écologiques. Les travaux ont consisté à dégager le site des réseaux existants, abandonner un cours d’eau rectiligne et artificialisé, et recréer un tracé sinueux en libre évolution.

Achevé en 2021, le projet restaure la continuité écologique, favorise la biodiversité et contribue à la réduction des inondations.

Restaurer l’Yvette, c’est accepter de ne pas maîtriser la rivière, mais de lui redonner les conditions nécessaires pour qu’elle retrouve son fonctionnement naturel.

François Hardy

L'interview

Comment est née l’idée de restaurer l’Yvette sur ce secteur ?

L’idée remonte au début des années 2000. À cette époque, un projet de lotissement était envisagé dans le fond de vallée de l’Yvette à Saint-Rémy-lès-Chevreuse. La commune, le Parc naturel régional et l’Agence de l’eau ont alors imaginé une alternative : acquérir ce site pour lui donner une vocation naturelle durable. L’Agence de l’eau a posé deux conditions pour s’engager financièrement : que la rivière soit libérée des réseaux et que le site bénéficie d’une protection réglementaire pérenne. C’est ainsi qu’est né le projet de restauration de l’Yvette, bien avant que la renaturation des cours d’eau ne s’impose comme une politique publique à part entière.

Quels constats ont motivé cette opération ?

Sur ce tronçon, l’Yvette avait été profondément transformée. Son tracé avait été rectifié, approfondi et déplacé en hauteur par rapport à son fond de vallée, en lien avec l’histoire des moulins hydrauliques. Cette situation perturbait le fonctionnement naturel du cours d’eau : rupture de la continuité écologique, diminution des capacités d’autoépuration, blocage du transport des sédiments et accélération des écoulements vers l’aval. Dans un secteur régulièrement exposé aux crues, cette artificialisation contribuait à aggraver le risque d’inondation, dans un contexte de changement climatique déjà perceptible.

En quoi ce projet s’inscrit-il dans une stratégie globale du Parc ?

La renaturation de l’Yvette s’intègre dans une stratégie de long terme portée par le Parc naturel régional. Dès 2010, le Parc a engagé un programme visant la restauration de plusieurs ouvrages et cours d’eau du territoire. L’objectif est de considérer la rivière comme un écosystème vivant, capable de s’adapter aux évolutions du bassin versant, plutôt que comme un simple canal à réguler. Ce projet s’inscrit également dans la mise en œuvre de la charte du Parc, notamment sur la trame verte et bleue et la prévention des inondations. L’Yvette constitue ainsi un projet structurant, appelé à inspirer d’autres opérations similaires sur le territoire.

Quelles références ont guidé la conception du projet ?

Le projet s’appuie sur une connaissance fine du fonctionnement naturel des rivières et de l’évolution des paysages de la vallée. Le Parc a conduit une étude de faisabilité approfondie, mobilisant des archives historiques, des relevés topographiques précis, des études hydrologiques et géophysiques, ainsi que des diagnostics écologiques. L’objectif n’était pas de reconstituer à l’identique un tracé ancien, mais de replacer la rivière dans une zone où elle puisse évoluer librement, en tenant compte des conditions actuelles du bassin versant et des milieux existants.

Quelles compétences ont été mobilisées pour mener à bien le projet ?

Des écologues, hydrologues et techniciens spécialisés ont participé à la phase d’études. La maîtrise d’œuvre des travaux a été assurée par un bureau d’études spécialisé dans la restauration des cours d’eau (Biotec), chargé de concevoir le nouveau tracé et d’organiser le chantier. Des entreprises de terrassement, dont les pratiques ont été adaptées aux contraintes de milieux naturels, des spécialistes des espèces exotiques envahissantes et des équipes chargées de la pêche de sauvegarde ont également été mobilisées. Le projet a nécessité une coordination étroite avec le Syndicat intercommunal d’aménagement hydraulique de la vallée de l’Yvette (SIAHVY) et les gestionnaires de réseaux pour le dévoiement d’un collecteur d’eaux usées et d’une conduite de transport de gaz (GRTgaz), indispensables à la renaturation du fond de vallée.

Quels principes ont guidé le tracé et le profil de la rivière renaturée ?

Le principe central consistait à replacer l’Yvette dans son fond de vallée et à lui rendre des formes libres. Les études ont montré que reconstituer exactement les anciens méandres n’aurait pas été pertinent, car les conditions hydrologiques et écologiques avaient évolué. Le tracé retenu se situe dans une zone où la rivière peut divaguer, avec des berges à pente douce, des profondeurs variées et des écoulements différenciés. Cette configuration favorise les débordements naturels dans les zones humides, ralentit l’onde de crue et permet à la rivière de retrouver un fonctionnement plus équilibré.

Quels résultats ont été observés après les travaux ?

Les résultats sont à la fois hydrauliques, écologiques et paysagers. Les modélisations montrent une diminution du niveau d’eau lors des crues de référence : environ 30 cm à Saint-Rémy-lès-Chevreuse et jusqu’à 10 cm à Gif-sur-Yvette. Sur le plan écologique, la biodiversité aquatique et humide s’est renforcée, avec le retour de nombreuses espèces et la création de réseaux de mares et de prairies humides. Le projet améliore également la capacité de la rivière à épurer l’eau, et à atténuer les effets des fortes pluies et des périodes de chaleur.

Comment le projet a-t-il été financé ?

Les travaux de restauration de l’Yvette représentent un coût d’environ 973 000 € HT, financés à 80 % par l’Agence de l’eau Seine-Normandie, soit 777 000 € HT, le solde étant pris en charge par le Parc naturel régional, le département des Yvelines et la Région Île-de-France. L’accompagnement financier global de l’Agence de l’eau sur l’ensemble de l’opération, depuis les premières acquisitions foncières engagées à la fin des années 1990 jusqu’à la réalisation des travaux, représente une participation supérieure à 2,25 millions d’euros. Les opérations de dévoiement des réseaux ont fait l’objet de financements spécifiques par les gestionnaires concernés.

Quels enseignements tirez-vous de cette opération ?

Un projet de restauration repose autant sur des choix techniques que sur l’acceptation sociale. Redonner une rivière à ses formes libres suppose de revenir sur des pratiques anciennes de gestion et d’entretien, et d’instaurer un dialogue constant avec les riverains. Il faut également accepter le temps long : en Île-de-France, ces projets nécessitent souvent plusieurs années de maturation. Enfin, ce type de réalisation joue un rôle de démonstrateur et facilite l’engagement de nouvelles collectivités dans des projets similaires.

Quelles perspectives pour la suite ?

Le Parc poursuit aujourd’hui un programme de restauration à l’échelle du bassin versant de l’Yvette, de ses sources jusqu’à Dampierre-en-Yvelines. D’autres projets sont menés ou à l’étude sur la Mérantaise, le ru du Montabé, l’Aulne ou le Rhodon, en lien avec le SIAHVY et les collectivités locales, afin de déployer progressivement une stratégie globale de restauration des milieux aquatiques.

Le projet en détails

Dates clés

  1. 1999-2000

    Premières acquisitions foncières et émergence du projet

  2. 2012

    Validation du projet à l’issue de l’étude de faisabilité

  3. 2019

    Réalisation de la majorité des travaux

  4. 2021

    Achèvement de la restauration sur le tronçon restauré

Chiffres clés

  • 1,4

    km de cours d’eau renaturé

  • 973 000

    euros, le coût HT des travaux de restauration

  • 80

    %, le taux de financement de l’Agence de l’eau Seine-Normandie

À retenir

  • Restauration durable du fonctionnement naturel de la rivière

  • Réduction significative du risque d’inondation

  • Délais longs liés aux contraintes foncières et réglementaires

Les partenaires du projet

  • Agence de l'eau Seine Normandie

  • Département des Yvelines

  • Conseil régional d’Île-de-France

VOUS ÊTES PASSÉS À L'ACTION SUR LA GESTION DES EAUX ?

Partager mon expérience