Restauration d’un tronçon d’1,5 km d’une rivière à Valdelaume (79)
Pour favoriser le drainage des terres agricoles, l’amont de l’Aume a été recalibré au XXe siècle. Or ce cours d’eau des Deux-Sèvres subit des problèmes d'assèchement, et un appauvrissement des habitats. Le Syndicat mixte des bassins versants Aume-Couture, Auge et Bief (SMABACAB), qui porte la compétence GEMAPI (Gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations), a pris le problème à bras le corps.
En juin 2022, une restauration morphologique d’un tronçon d’1,5 km sur les communes de Valdelaume et Loubillé a été réalisée en interne. Grâce à l’installation de piézomètres rustiques - des forages permettant de connaître la hauteur de la nappe phréatique - il a été constaté une réhausse immédiate. L’Aume a retrouvé une dynamique et une diversité d’habitats.




Entretien avec Julien Blancant, directeur du SMABACAB
Ce projet est présenté par :
- Julien Blancant, directeur du SMABACAB
Parole de collectivité
Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, aquagir part à la rencontre d'élus et de porteurs de projets qui sont passés à l'action
Comment ce projet s’est-il imposé à l’agenda du Syndicat mixte des bassins versants Aume-Couture, Auge et Bief ?
Nous avons posé un diagnostic précis de notre territoire, afin d'identifier les problématiques et de déterminer ce qui est bon ou pas aux milieux aquatiques en amont de l’Aume. C’est pleinement notre rôle. Or dans les années 50, les cours d’eau ont été fortement artificialisés pour répondre aux besoins de l’agriculture. Il s’agissait de favoriser le drainage des terres pour soutenir la production céréalière, en plein développement alors que l’élevage tendait déjà à diminuer. Ces aménagements ont eu des conséquences durables : assèchement, appauvrissement des habitats naturels, et homogénéisation des écoulements. Le drainage de la nappe alluviale (nappe d’eau souterraine en connexion avec le cours d’eau, NDLR) était largement favorisé. Concrètement, l’eau s’en allait trop vite. Les constats de terrain ont été sans appel : le cours d’eau se trouvait dans un état de dégradation avancé. À partir de là, nous avons engagé une réflexion sur la nécessité d’une restauration morphologique
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Nous avons mené en amont un important travail bibliographique afin de s'imposer de données de référence qui peuvent servir de repères. Nous avons pu tirer profit de retours d'expérience de chantiers antérieurs. Les échanges avec les structures voisines homologues, comme Charente Eaux, un syndicat mixte départemental d’assistance aux collectivités dans le domaine de l’eau, nourrissent également notre réflexion. Mais attention, nous ne sommes pas dans le domaine d'une science exacte car ces travaux sont menés sur du vivant. De nombreux paramètres entrent en jeu, et les pratiques d'il y a 10 ans, ont parfois été améliorées depuis.
Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?
Oui, celle de connaître les écosystèmes aquatiques. Au SMABACAB, c’est notre coeur de métier, nous sommes formés pour ça. Nous sommes une collectivité à compétence unique, la GEMAPI (Gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations), et c'est un atout. Nos agents sont formés à ces enjeux. Quatre d'entre eux ont ainsi pu réaliser les travaux en vingt jours.
Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou co-construit avec eux ?
Oui, nous sommes allés à la rencontre de la vingtaine de riverains concernée par le tronçon d’1,5 km, principalement des propriétaires ou des exploitants agricoles. Ce travail de longue haleine, mené de manière individuelle, a été long mais indispensable. Il a permis de libérer la parole, de favoriser l’échange et de favoriser un dialogue direct. L'adhésion des riverains était primordiale et de ce point de vue, le déroulement a été très positif.
Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ?
Les travaux ont été déclarés d’intérêt général par la préfecture des Deux-Sèvres, ce qui a donné lieu à une enquête publique. Elle a été validée par les élus du SMABACAB et par ceux de la commune. En revanche, il n’y a pas eu d’étude au sens classique du terme, confiée à un bureau d’études extérieur. Nous avons fait le choix de réaliser l’ensemble du diagnostic en interne.
Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?
Nous avons d'abord défini un secteur d’intervention, puis arrêté le périmètre du projet à un linéaire de 1,5 km. C’est la première fois qu’un tel projet voit le jour sur l’amont de l’Aume, mais nous savions qu’environ 1 km pouvait être restauré sur une année.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?
Il a été financé de deux façons : une part d’autofinancement du syndicat issu des cotisations annuelles des communautés de communes adhérentes et par des aides extérieures, qui représentent 70 % du budget, principalement apportées par l’agence de l’eau Adour Garonne, et le Conseil régional Nouvelle-Aquitaine.
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
Ce projet a été principalement réalisé en interne mais l’Office français de la biodiversité (OFB) a validé nos programmes de travaux. S’il y avait eu des enjeux particuliers de faune et de flore nous aurions fait appel à la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) ou à toute autre association naturaliste mais cela n’a pas été nécessaire dans ce cas précis. Sur le plan technique, nous nous sommes fournis en granulats auprès de la carrière de Saint-Fraigne (Charente) de l’entreprise GSM. Nous avons eu recours à une pelle mécanique pour mettre les granulats afin de recréer des banquettes et réhausser la ligne d’eau d'environ 50 cm.
Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?
Ce type de projet appelle quelques principes fondamentaux. D’abord, s’entourer le plus possible de personnes concernées par un projet similaire. Ensuite, et surtout, obtenir l’adhésion des riverains, ce qui suppose d’aller à leur rencontre. En cas de désaccord persistant, le projet ne peut tout simplement pas aboutir.
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Le projet en détails
Dates clés
2020 - 2021
Décembre 2021
Février 2022
Mai-Juin 2022
Chiffres clés
1,5
7 000
45 000
À retenir
L’adhésion des riverains. Il y a eu très peu de réticences, le projet a été bien accueilli. Comme ce chantier n’a jamais été effectué sur notre territoire, nous espérons qu’il fasse des petits
Les piézomètres ont permis de constater une réhausse immédiate du niveau de la nappe
Seul bémol, les conflits d’usage. L’agriculture céréalière a besoin que l’eau s’évacue, alors que notre idée est de la garder
Ressources
Les partenaires de ce projet

Agence de l'eau Adour-Garonne

Conseil régional Nouvelle-Aquitaine
Les acteurs de la filière eau impliqués dans ce projet
En savoir plus sur le SMABACAB
communautés de communes membres
Données de contact
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