GESTION DES MILIEUX AQUATIQUES

Restaurer la continuité et la fonctionnalité écologique : le renouveau du ruisseau du Pas d’Hin (44)

Parole de collectivité

Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, Aquagir part à la rencontre d’élus et de porteurs de projets qui sont passés à l’action

Situé en limite d’une vaste zone d’aménagement concertée à Derval (44), le ruisseau du Pas d’Hin, sous-affluent de la Chère, a été fortement modifié lors des remembrements agricoles. Son tracé rectiligne, longeant la voie rapide Nantes-Rennes, ainsi que son lit artificiellement creusé entraînaient des dysfonctionnements hydrologiques et nuisaient à la biodiversité.

Après un long travail de concertation avec les acteurs concernés, le syndicat Chère Don Isac a réalisé en 2024 et 2025 une opération de renaturation de ce ruisseau sur près de 400 mètres, afin d’améliorer les fonctionnalités écologiques du cours d’eau et de sa zone humide.

On entend la rivière chanter de nouveau, et la biodiversité revient occuper cet espace qu’on a recréé. Lorsque l’aménagement est bien fait, la nature se réinstalle.

Guillaume Rocher, technicien référent pôle milieux aquatiques

L'interview

Comment ce projet s’est-il imposé à l’agenda du syndicat Chère Don Isac ?

La modification du tracé et du lit du ruisseau du Pas d’Hin lors des remembrements a fortement altéré son fonctionnement naturel, entraînant une perte de biodiversité importante et favorisant les inondations et les assecs. Le syndicat Chère Don Isac a donc inscrit sa renaturation dans sa feuille de route.

Mais le ruisseau traversait plusieurs parcelles, notamment communales, réservées pour le développement d’activités et non identifiées comme zone humide dans le PLU. En 2019, un futur acquéreur a déposé des remblais en vue d’un aménagement commercial sur l’une de ces parcelles. Nous avons alerté les services de l’État, entraînant une procédure administrative pour obtenir le retrait de ces dépôts. Après reconnaissance de la zone humide et de nombreux échanges entre les acteurs concernés, les remblais ont été retirés.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet de restauration écologique du ruisseau du Pas d’Hin ?

Nos sources d’inspiration pour nos projets de restauration des milieux viennent de retours d’expérience issus des réseaux techniques ou d’échanges auxquels adhère le syndicat, d’autant plus nombreux que notre territoire est à cheval sur deux régions : association des techniciens de bassins versants bretons (ATBVB), cellules d’animation et de suivi des travaux en rivière (ASTER)... Nous suivons aussi beaucoup les expériences des autres syndicats intervenant sur le bassin de la Vilaine, notamment à l’occasion de journées techniques sur le terrain. Nous nous appuyons enfin sur les guides techniques de l’Office Français de la Biodiversité (OFB) sur les travaux hydromorphologiques.

Nous adaptons également le projet au terrain à partir de notre propre expérience. Nous pouvons parfois nous inspirer de secteurs de référence, restés à l’état naturel. Toutefois les cours d’eau locaux ont été fortement modifiés pour le remembrement ou pour l’aménagement de voirie, ce qui rend ces secteurs de référence plutôt rares.

Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou coconstruit avec eux ?

Une part importante du travail a porté sur la concertation et la pédagogie, d’autant plus que nous ne pouvions pas engager les travaux sans l’accord des propriétaires. De nombreuses discussions ont d’abord été nécessaires pour obtenir la qualification du site en zone humide puis le retrait des remblais. Nous avons ensuite mené la concertation avec les trois propriétaires riverains.

La commune, propriétaire de la majorité des terrains, a validé le scénario de restauration proposé. Nous avons aussi longuement échangé avec une entreprise de travaux publics propriétaire d’une parcelle concernée. Le classement en zone humide, limitant les possibilités d’aménagement, a facilité l’obtention de son accord pour le passage du ruisseau reméandré sur son terrain. Enfin, le troisième propriétaire, ferme d’élevage en agriculture biologique, a également accepté le projet. Le cours d’eau déplacé traversant sa parcelle, nous avons installé un ouvrage de franchissement.

Les propriétaires ont validé le nouveau tracé sur site grâce à des jalons leur permettant de visualiser le futur ruisseau. Nous avons également présenté le projet au conseil municipal de Derval. Située à l’écart du bourg, l’opération n’a par contre pas demandé de communication spécifique vers les habitants.

Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?

Les études préalables à la restauration ont débuté en 2022. L’objectif initial ciblait la diversification du lit du ruisseau. Grâce à la maîtrise foncière de la commune, qui nous a fait confiance dans ce projet de renaturation, et en travaillant avec les deux autres propriétaires, nous avons pu déployer une opération plus ambitieuse, incluant le reméandrage, la reconnexion avec la zone humide et la nappe et la restauration de la continuité écologique.

Nous avons réalisé l’étude de faisabilité en interne : inventaires faune-flore, études de définition du tracé, état des lieux des réseaux (ligne aérienne). Nous avons également dimensionné le nouveau tracé en privilégiant un lit de ruisseau peu profond, afin que le cours d’eau déborde facilement dans la zone humide en hiver et recharge sa nappe d’accompagnement. Le reméandrage a été adapté à la topographie pour varier les habitats entre les zones d’écoulement rapide et d’écoulement lent.

Enfin, nous avons pris en compte un chantier de la direction interdépartementale des routes Ouest, qui remplaçait un ouvrage de franchissement sous la voie rapide Nantes-Rennes. Le profil du ruisseau a été ajusté au niveau de ce nouvel ouvrage pour rétablir la continuité écologique : auparavant, un seuil infranchissable faisait obstacle à la circulation piscicole.

Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?

Le budget total du chantier s’élève à près de 15000 € HT.

Le projet a été financé dans le cadre du Contrat Territorial Eau :

  • Agence de l’eau Loire-Bretagne : 50%
  • Région Pays de la Loire : 15%
  • Département de Loire-Atlantique : 15%
  • Syndicat Chère Don Isac : 20%

Le syndicat a bénéficié d’un prêt de la Banque des Territoires durant l’année 2024, pour l’ensemble de ses travaux milieux aquatiques, incluant ceux réalisés sur le ruisseau du Pas d’Hin.

Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

  • DDTM 44 et OFB : procédures administratives liées au remblai et au classement en zone humide
  • Commune de Derval, entreprise Hervé TP et exploitant agricole : propriétaires fonciers
  • Entreprises locales : réalisation des travaux
  • DIR Ouest : coordination avec les travaux sur l’ouvrage de franchissement

Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?

  • Réaliser un état des lieux exhaustif avant le début des travaux, y compris les réseaux existants (aériens, gaz…).
  • S’entourer de partenaires et de l’ensemble des acteurs concernés, pour que le projet soit à la fois pluridisciplinaire et partagé, même si cela prend du temps.

Le projet en détails

Dates clés

  1. 2019

    Lancement de la procédure administrative pour faire retirer les remblais de la zone humide

  2. 2022 - 2023

    Concertation avec les propriétaires et conception technique du projet

  3. 2024

    Phase principale des travaux

  4. 2025

    Intervention complémentaire suite aux crues hivernales et fin officielle des travaux

Chiffres clés

  • 400

    mètres linéaire de ruisseau renaturé et reméandré

  • 10 000

    à 12 000 m³, le volume de matériaux de remblais retirés de la zone humide avant renaturation

  • 2

    hectares environ, la surface de la zone humide attenante au ruisseau du Pas d’Hin

À retenir

  • Au début du projet, le travail conjoint mené avec les services de l’État a porté ses fruits.

  • Nous sommes très satisfaits du résultat final du projet : restauration d’un champ d’expansion des crues et de la continuité écologique, retour de la biodiversité.

  • La principale contrainte sur ce projet concerne les délais importants au démarrage pour obtenir le retrait des remblais et lancer le projet de restauration. Cette période a demandé de la persévérance.

Les partenaires du projet

  • Agence de l’eau Loire-Bretagne

  • Banque des Territoires

  • Région Pays de la Loire

  • Département de Loire-Atlantique

  • DDTM 44

  • OFB

  • Commune de Derval

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