GESTION DES MILIEUX AQUATIQUES

Restaurer la Vertonne amont pour améliorer l’ensemble de ses fonctions naturelles (85)

Niveau d'expertise : intermédiaire

Sur la commune de Grosbreuil, près des Sables d’Olonne (Vendée), le bureau d’étude Hydro Concept a réalisé pour le Syndicat Mixte Auzance Vertonne la restauration hydromorphologique de trois tronçons de la Vertonne, situés dans la partie amont du bassin. Le projet, incluant le diagnostic et les travaux, a démarré en 2024.

Un premier tronçon du cours d’eau a été replacé en fond de vallée et doté d’un tracé plus naturel. Des zones de débordement ont été créées afin de limiter les risques d’inondation en aval. Enfin, le lit de la rivière a été diversifié pour favoriser le développement de la biodiversité.

Le diagnostic est le point de départ essentiel. Lorsqu’il est complet et suffisamment précis, il permet de mettre en place les actions les plus adaptées au miilieu.

Grégory Dupeux

L'interview

Pouvez-vous nous décrire le projet de restauration de la Vertonne ?

Ce projet de restauration a pour objectif de redonner au cours d’eau et à la zone humide voisine l’ensemble de leurs fonctionnalités naturelles. Dans un premier temps, nous avons mené un diagnostic complet, incluant notamment une étude topographique ainsi qu’un inventaire de la faune et de la flore.

Sur environ 140 mètres, le cours d’eau présentait un tracé très rectiligne, fortement encaissé ainsi qu’un fond de rivière homogène. Il était essentiel de ralentir les écoulements. L’idée était de transformer une véritable « autoroute » hydraulique en une « petite route de campagne ». Les travaux ont ainsi consisté à replacer la rivière dans son fond de vallée naturel, à recréer des méandres et des zones d’expansion des crues, ainsi qu’à diversifier les écoulements par l’alternance de secteurs à courant rapide et de zones plus profondes à courant lent. Les aménagements comprennent également la mise en place d’une passerelle et de clôtures. Le projet a été conduit en concertation avec le propriétaire.

Comment la collectivité s’est-elle adressée à vous ?

Le projet de restauration de la Vertonne était inscrit dans le programme d’actions du contrat territorial eau sur le bassin versant Auzance-Vertonne. Le syndicat mixte a lancé un appel d’offres pour la maîtrise d'œuvre, auquel nous avons répondu.

Notre première intervention consistait à repasser sur les trois tronçons identifiés dans le contrat territorial pour valider les actions prévues. Le projet initial se limitait à une restauration partielle des fonctionnalités du cours d’eau, en diversifiant le fond de la rivière mais sans la redessiner.

Début 2024, le diagnostic a mis en évidence l’intérêt et la faisabilité d’une démarche plus ambitieuse et adaptée, car l’espace en fond de vallée permettait de créer des méandres et des zones de débordement de crues. Le syndicat en a parlé au propriétaire du terrain concerné, qui a bien compris les enjeux et donné son accord. Ces travaux supplémentaires ont pu être financés dans le cadre du contrat territorial, d’autant plus que la Vertonne était identifiée comme cours d’eau prioritaire dans le programme d’actions. Les travaux ont démarré en octobre 2024.

Pouvez-vous nous expliquer comment fonctionne votre solution dans ce type de projet ? Quelle est la proposition de valeur de votre solution pour une collectivité ?

Le diagnostic a permis de caractériser le cours d’eau et d’identifier, en rive droite, une parcelle humide comprenant une zone basse. Nous avons redessiné la rivière avec des courbes naturelles, en augmentant le linéaire de cours d’eau de 25% tout en adaptant sa largeur et sa profondeur au débit. Le diagnostic et les échanges avec le propriétaire ont permis d’identifier un secteur sans enjeu d'usage pour les zones d’expansion des crues.

Des graviers et des cailloux ont été disposés dans le lit pour recréer un matelas de substrats adapté à ce milieu. Le tracé du nouveau cours a été conçu avec une alternance de zones peu profondes (les radiers) et plus profondes (les fosses). Cette diversité permet de varier les écoulements de l’eau (rapides et lents), favorise la réoxygénation de l’eau et crée différents habitats pour la faune et la flore. Les fosses servent aussi de poches d’eau en été, lorsque le cours d’eau s’assèche.

Enfin, en agissant comme un filtre naturel, ces aménagements ont des effets bénéfiques pour les marais d’Olonne, sur lesquels débouche la Vertonne. Ils limitent l’érosion, réduisent l’envasement des marais, et améliorent la qualité de l’eau grâce aux capacités d’auto-épuration du milieu.

Comment expliquez-vous votre solution et la valeur qu’elle apporte à un profane ?

Sur ce type de projet de restauration, nous pouvons accompagner la collectivité depuis la réalisation du diagnostic jusqu’à la maîtrise d'œuvre de la phase travaux.

Notre démarche de diagnostic, et notamment la réalisation d’une topographie précise sur le site, nous permet de concevoir un projet pleinement adapté au milieu et aux enjeux, de le rendre plus ambitieux en envisageant la restauration de l’ensemble des fonctions naturelles des cours d’eau et de la zone humide attenante. Cette approche globale vise à la fois des objectifs de prévention des inondations, de renforcement de la capacité d’auto-épuration naturelle, d’amélioration de la qualité de l’eau mais aussi de préservation de la biodiversité (faune et flore).

Nous intégrons désormais également le suivi de la phase travaux dans notre approche, ce qui nous permet de suivre le projet jusqu’au bout.

Quels sont les principaux prérequis à maîtriser avant de se lancer dans un tel projet ?

La collectivité doit disposer de la compétence GEMAPI ou bien s’adresser à la structure qui a cette compétence, dont les techniciens ou chargés de mission connaissent bien les cours d’eau et les milieux aquatiques.

Du côté du bureau d’études, ce type de projet fait appel à diverses expertises à chaque étape. La phase de conception demande une expertise en hydromorphologie des cours d’eau ainsi qu’en hydraulique, mais aussi un savoir-faire pour réaliser les relevés topographiques sur le terrain et pour dessiner les plans. Durant la phase de chantier, le bureau d’étude doit assurer la maîtrise d'œuvre et le suivi de chantier.

Enfin, il faut aussi pouvoir réaliser une pêche de sauvetage au moment des travaux, éventuellement en sollicitant la fédération de pêche ou un bureau d’études habilité. Ce fut le cas pour la restauration de la Vertonne, qui a donné lieu à un sauvetage piscicole dans l’ancien lit avant son comblement.

Quel conseil donneriez-vous à une collectivité qui souhaiterait réaliser ce type de projet ?

Il est essentiel de prendre le temps du diagnostic afin de définir clairement les orientations du projet. Il faut également anticiper le temps nécessaire à la concertation avec les riverains, les propriétaires et les exploitants agricoles. Cela suppose que la collectivité porte stratégiquement le projet en amont, avant sa mise en œuvre technique.

Avez-vous des résultats concrets à fournir sur le projet ?

Le projet se traduit par une augmentation de 25 % du linéaire du cours d’eau. Lors des épisodes pluvieux importants, il a été constaté que les débordements s’effectuent rapidement sur les espaces prévus à cet effet, ce qui constitue un résultat très intéressant au regard de la situation initiale.

Sur le plan de la biodiversité, la présence de batraciens ainsi que des empreintes de loutres ont été observées sur le secteur, ce qui traduit une dynamique positive. Les effets plus globaux sur les milieux, notamment sur le peuplement piscicole, ne seront visibles qu’à moyen terme, dans 4 ou 5 ans.

Plus largement, quelle est l’actualité de votre société sur la thématique des projets eau ?

Nous travaillons sur l’ensemble des études sur les milieux aquatiques, qu’elles concernent la continuité, les zones humides, la biologie, les débits. Nous intervenons sur tout le grand ouest, principalement sur le bassin Loire Bretagne, mais aussi de manière plus ponctuelle sur les autres bassins. Depuis quelques années, nous assurons également la maîtrise d'œuvre sur la phase travaux. Techniquement, nous utilisons désormais un drone lidar, qui nous permet d’obtenir une topographie du sol particulièrement précise.

D’après votre expérience, quelle est la durée moyenne de ce type de projet ?

La phase d’étude peut durer environ 6 mois. Ensuite, les travaux peuvent être réalisés en 3 semaines, sous réserve que le chantier ne soit pas interrompu, pour des raisons météorologiques notamment.

Le projet en détails

Dates clés

  1. début 2024

    Validation des tronçons et diagnostic complet

  2. 1er semestre 2024

    Scénarios et conception du plan d’exécution

  3. 1er octobre - 15 novembre 2024

    Principale phase de chantier (travaux morphologiques sur le lit)

  4. avril 2025

    Pose de clôtures et de la passerelle

Chiffres clés

  • 25 %

    l'augmentation du linéaire de cours d’eau

  • 140 tonnes

    le poids de matériaux (cailloux et graviers) disposés dans le lit

  • 350 m3

    le volume de déblai au niveau du lit recreusé

À retenir

  • Ce projet ciblé sur un tronçon de la Vertonne a permis d’améliorer simultanément l’ensemble des fonctions du cours d’eau, que ce soit sur le plan de l'hydrologie, de la qualité de l’eau mais aussi de la qualité des écosystèmes

  • Les échanges avec le syndicat et le propriétaire foncier ont permis de réaliser des aménagements adaptés aux besoins des milieux et des usages

  • Il n’est pas toujours facile de chiffrer ce type de projet avant son lancement, car les imprévus sont fréquents. Sur la Vertonne, le projet sortait du cadre initial, mais le contrat territorial a permis de le financer

Les partenaires du projet

Aucun partenaire pour le moment.

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