Restaurer les zones humides pour dénitrifier l’eau et réduire la prolifération d’algues vertes en baie de Douarnenez (29)
La baie de Douarnenez est l’une des huit baies bretonnes les plus concernées par la prolifération d’algues vertes. L’Établissement public de gestion et d'aménagement de la baie (EPAB) a ainsi entrepris de restaurer des cours d’eau et zones humides pour qu’ils contribuent pleinement à la dénitrification naturelle de l’eau.
Les bocages et talus sont restaurés, les drainages des zones humides sont supprimés et la sinuosité des cours d’eau redessinée pour ralentir leurs écoulements. Une approche initiale, à l’échelle de 17 communes, qui fonctionne même si ses impacts sont difficiles à quantifier. Et qui repose sur le volontariat des particuliers et des agriculteurs chez qui se situent ces portions de cours d’eau ou zones humides.
Commune de Plogonnec - Crédit photo : Banque des Territoires
À l’échelle du SAGE de la baie de Douarnenez les élus ont choisi de prioriser la restauration des zones humides pour accompagner la lutte contre les algues vertes.
Comment le sujet de la restauration des zones humides s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?
Alida Boishus : Dans les années 90, Ifremer avait réalisé une étude sur un marais rétrolittoral pour vérifier son rôle dans la lutte contre les marées vertes. Il est ainsi apparu clairement que ces zones humides présentent un intérêt et qu’il faut les préserver voire les restaurer. Marqués par cette étude, les élus ont voulu engager une restauration plus large des zones humides du territoire, un levier pour améliorer la qualité de l’eau. D’autant que ces milieux étaient délaissés et méconnus.
Aussi, en 2010, lorsque le premier plan algues vertes du Gouvernement est arrivé, les deux communautés de communes du Porzay et du pays de Douarnenez ont engagé un diagnostic. Il a ensuite été porté par l’EPAB qui a été créé en 2012. Les élus se sentaient plus légitimes à intervenir sur les zones humides que sur le volet agricole notamment. Ils ont donc choisi de porter et d’inscrire la restauration de ces milieux naturels dans la déclinaison locale du plan gouvernemental. Ils ont souhaité que l’engagement des propriétaires et des agriculteurs dans cette démarche reste basé sur le volontariat.
Olivier Robin : Les travaux sont entièrement financés par des fonds publics. Il a donc fallu engager une procédure de déclaration d’intérêt général qui autorise et encadre l’investissement de fonds publics pour restaurer des milieux naturels situés sur des propriétés privées.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Olivier Robin : Nous avons fait en fonction des connaissances du moment sur le fonctionnement des cours d’eau et sur les zones humides. Nous nous sommes inspirés des retours d’expérience sur des travaux de restauration disponibles à partir de 2010.
Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou coconstruit avec eux ?
Olivier Robin : Si possible avoir les compétences en interne plutôt que tout confier à un bureau d’études. Sur l’approche technique, il est important de disposer de compétences en hydrobiologie et hydromorphologies pour bien appréhender le fonctionnement des cours d’eau et des zones humides. Elles permettent d’identifier les paramètres à observer et à analyser, puis elles aident à choisir les modes d’intervention les plus adaptés. Des connaissances naturalistes et de géologie sont un plus. Si on ne connaît pas le fonctionnement des milieux on ne peut pas les restaurer ! De la même façon, être au fait des acteurs, des pratiques et des usages de ces milieux sur le territoire s’impose pour entreprendre des actions.
Une approche purement technique n’est pas suffisante pour lever les blocages qui peuvent apparaître au cours des concertations et des négociations.
Les freins à l’avancée des projets peuvent être d’ordre sociologiques, affectifs et dans ce cas la technique n’apporte pas de solution. Il est important de mettre en place une approche sociologique pour préparer la rencontre des acteurs du terrain, comprendre et partager leurs contraintes et leurs attentes avant d’exposer les enjeux liés aux projets de restauration.
Cette approche sociale nous ne l’avons pas développée initialement et c’est un élément qui, avec le recul, nous parait essentiel.
Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? (Enquêtes publics…) Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?
Olivier Robin : En 2009 l’EPAB a commandé une expertise de terrain. Un bureau d’études a réalisé le diagnostic des zones humides sur le territoire et prescrit des aménagements à une échelle très large. L’appropriation et la compréhension du programme d’actions a été chronophage, tout comme la découverte et l’assimilation des spécificités du territoire. Le projet initial (2013-2020) a été présenté à l’occasion de réunions publiques et a donné lieu à une enquête publique.
L’approche a été révisée en 2021 dans le but de construire une stratégie d’intervention mieux ciblée. Nous avons alors parcouru le terrain, identifié les différents types de travaux possibles et défini les périmètres d’intervention.
Pour répondre aux fortes attentes des partenaires du plan de lutte contre les algues vertes, nous avons choisi d’intervenir sur des sites de plus 10 hectares. Cette option a été prise en concertation avec les partenaires techniques et financiers associés à l’élaboration de cette stratégie.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?
Alida Boishus : Les actions sont financées par l’Agence de l’eau Loire Bretagne et par le Département du Finistère. Les coûts qui restent à charge de l’EPAB sont de l’ordre de 30 à 50 % du montant total. Ils sont financés par les cotisations annuelles des communautés de communes du territoire.
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
Olivier Robin : L'élaboration de la stratégie sur les zones humides a été accompagnée par l’Agence de l’Eau Loire Bretagne, le Conseil département du Finistère, l’Office Français de la Biodiversité (OFB), la DDTM et la Cellule d’Animation sur le Milieux Aquatiques et la Biodiversité du Finistère (CAMAB).
Dans la phase opérationnelle, les projets de restauration bénéficient de l’appui régulier de nos partenaires techniques (DDTM, OFB et CAMAB). Ils sont associés le plus en amont possible. Nous allons ensemble sur le terrain pour ajuster les interventions : nous échangeons nos expertises pour définir l’action la plus pertinente.
Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?
Olivier Robin : Se rapprocher d’élus qui ont déjà mené des travaux de ce type et aller visiter des sites pour discuter des retours d’expérience, écueils à éviter et facteurs de réussite. Nous-mêmes avons tiré des leçons de nos propres retours d’expérience.
Nous leur dirions également de ne pas se décourager car ces projets prennent du temps. La concrétisation d’une action sur une zone humide peut demander entre un et cinq ans. Cela peut même être plus long en cas de réalisation d’acquisitions foncières préalables. L’échelle du temps de projet peut donc être longue. Cela tient notamment à l’adhésion des propriétaires de ces milieux naturels à la démarche. Nous sommes face à des situations individuelles ; cela implique de s’adapter à chaque situation. Les séquences ne sont pas celles des temps politiques.