Rétablir la continuité écologique en facilitant le passage piscicole sur la rampe de la Madeleine (27)
Dans le centre-ville de Pont-Audemer (27), le Syndicat Mixte de la Basse Vallée de la Risle a totalement réaménagé le barrage de La Madeleine.
Ce projet achevé début 2022, est composé de trois rampes et de deux bassins de repos permettant d’offrir une gamme de vitesse et de hauteur d’eau compatible avec l’ensemble des poissons qu’ils soient grands migrateurs ou non.
Ce dispositif, unique en France de par ses dimensions et soumis aux marées, répond aux exigences écologiques du bassin de la Risle et participe au retour des grands poissons migrateurs sur le bassin de la Risle.
Depuis sa mise en place, le dispositif est végétalisé par de nombreuses espèces - Crédits photo : Banque des Territoires
En intégrant des enjeux paysagers et d’urbanisme, ce projet a permis un retour de la biodiversité en ville, tout en requalifiant la Risle et l’entrée de ville et les quais de Pont-Audemer de manière plus attractive pour le tourisme et les riverains
Comment ce projet s’est-il imposé à l’agenda du Syndicat Mixte de la Basse Vallée de la Risle ?
Ce projet appartient à un programme global de restauration de la continuité écologique du Nœud de Pont-Audemer, lancé en 2011 pour accompagner la mise en conformité de chaque ouvrage par rapport à la réglementation (L214-17 du CE, liste 2, etc.). Ce programme concerne dix ouvrages, privés comme publics, dont celui de la Madeleine.
Après l’étude du Nœud et les premiers travaux en 2016 et en 2017 sur les ouvrages de la ville, l’ouvrage de la Madeleine s’est tout simplement imposé comme l’ouvrage prioritaire à aménager pour restaurer pleinement la continuité sur l’axe Risle. En intégrant les enjeux d’inondation, paysager et d’urbanisme, ce projet a permis un retour de la biodiversité sur la Risle, tout en requalifiant l’entrée de ville et les quais de Pont-Audemer de manière plus attractive pour le tourisme, les citoyens et les riverains
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Étant donné que cet obstacle constitue le premier ouvrage infranchissable depuis la mer, en milieu urbain et soumis aux phénomènes des marées, l’aménagement retenu devait être fonctionnel et irréprochable pour le franchissement des grands poissons migrateurs. Le dispositif est constitué de trois rampes de 5% de pente longitudinale, 25m de long et deux bassins de repos de 20 m de long. Chaque rampe est composée d’une voie pour anguille, d’une voie avec enrochement plane jointif de 3 m de large, d’une voie avec enrochements régulièrement répartis de 16 m de large.
Cet aménagement répond aux exigences biologiques de l’ensemble des poissons tant sur les vitesses que sur les hauteurs d’eau diversifiées. Le bureau d’études Egis Eau s’est associé à Ecogea pour répondre à l’enjeu de continuité sur le barrage de la Madeleine. La technique utilisée sur le site a été implantée un peu partout en France. Cet aménagement, unique en France de par ses dimensions et la contrainte « marée », est donc robuste et fiable (validée par l’OFB) pour assurer avec efficacité la continuité écologique du site.
Est-ce qu’une étude de faisabilité et/ou d’impact a été réalisée sur ce projet ?
A la suite de l’étude de faisabilité, un dossier de remise en état du site avec étude d’impact a été déposé. Premièrement, il a fallu étudier les différents types de solutions possibles sur ce site soumis aux marées, avec les débits de la Risle et le risque inondation, très sensible sur le secteur.
Deuxièmement, l’aménagement retenu répondait à l’ensemble des enjeux présents sur le site (continuité 100% assurée, aucune aggravation de l’enjeu inondation, respect des usages annexes : prise d’eau pour Althrom, la petite Risle, conservation de l’état des canaux de Pont-Audemer). La forme en trapèze du dispositif permet d’entonner un débit variable de la Risle
Troisièmement, le dispositif de rampe allongé jusqu’à l’entrée du bras sud permet d’une part d’être toujours accessible quel que soit le coefficient de marée et d’autre part d’être attractif par rapport au bras sud (besoin d’équipement plus faible).
Concernant les compétences, quels sont les principaux sujets à maîtriser avant de se lancer dans un projet ?
Il faut être bien accompagné (maître d'œuvre, AMO, assistance juridique…). En fonction de l’ampleur des travaux, de la configuration, des notions de protection du site et des recours éventuels, il faudra élargir à d’autres spécialistes. Concernant le cas du site de la Madeleine, il a été décidé de mettre en place un référé préventif par un cabinet d’expertise missionné par le tribunal administratif ainsi que des suivis vibratoires et de bruit pour le voisinage proche.
Malgré des études spécifiques pour la démolition réalisées afin de déterminer la quantité de matériaux et les matières dangereuses (amiante, plomb, etc.), cela ne nous a pas empêché lors du chantier de découvrir de l’amiante sur des parties inaccessibles avant travaux…
Toujours anticiper au maximum et en amont de la phase travaux pour éviter toute surprise (aléas) lors du chantier.
S’assurer d’avoir aussi tous les dossiers administratifs, d’urbanisme, d’autorisation des services de l’Etat en règle avant de lancer les travaux.
Dans notre cas, nous avons dû prendre toutes les précautions notamment en prenant attache avec l’architecte des bâtiments de France pour confirmer que notre projet n’était pas en contradiction avec les prescriptions de la Zone de Protection du Patrimoine Architectural, Urbain et Paysager (ZPPAUP) dorénavant appelé Site Patrimonial Remarquable (SPR) de Pont-Audemer.
Lors de la phase de diagnostic et de planification, comment la collectivité a-t-elle assuré le bon dimensionnement du projet et l’adhésion des citoyens ?
Avant les travaux, à cause des recours lancés par les détracteurs du projet, la communication a été la plus simple possible (article de presse). La ville de Pont-Audemer, en tant que propriétaire de l'ouvrage, devait se mettre en conformité afin de respecter la réglementation sur les ouvrages.
Pendant les travaux, des panneaux d’information et de communication, des caméras tikee pour réaliser des timelapse des travaux ont été installés sur le chantier. La lettre d’information « A l’eau, la Risle » sur les années 2021 et 2022 ont été distribuées à l’ensemble des riverains du chantier. Un film avec interview intégrant des images de drone a été élaboré dès le lancement des travaux afin d’avoir une trace de cette opération emblématique pour la Risle et la ville de Pont-Audemer. Et bien sûr, une inauguration de la rampe associée à la station de comptage a été programmée afin de célébrer et de parler positivement de cet aménagement.
La presse a été invitée à plusieurs reprises durant le chantier pour parler des travaux et de l’intérêt de cet aménagement pour le bassin de la Risle (front de colonisation, retour des migrateurs), la vie et la survie des espèces (lutte contre le réchauffement climatique), la lutte contre les inondations.
Post travaux, l’aménagement est devenu un lieu incontournable pour de nombreuses animations scolaires notamment les classes d’eau que je réalise en faveur de la Risle et des grands poissons migrateurs. Il est également intégré lors de sorties grand public dans le cadre des Journées Mondiale des Zones Humides et pour le festival Génération Durable. Des panneaux d’informations devront dans un avenir proche intégrer le site. Enfin, Pont-Audemer fait partie des six villes françaises labellisées ville Ramsar dont l’aménagement de la rampe et la station de comptage ont participé à sa labellisation.
Il ne faut pas hésiter à consacrer un budget communication à chaque projet ambitieux.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles sont les aides sollicitées/obtenues ?
L’agence de l’Eau Seine-Normandie a été le partenaire principal dans cette opération. Mais, à la suite d’aléas de chantier, notamment la présence d’amiante et en période de COVID, la Région Normandie, le Département de l’Eure et l’Etat nous ont rejoint dans cette aventure.
Le coût de l’opération a été de 4 711 760 € TTC (travaux : 3 827 963 € HT ; prestations annexes : 98 503 € HT) avec le financement suivant :
- 4% de l’AESN
- 31% de la Préfecture de l'Eure
- 45% du Département de l'Eure
- 77% de la Région Normandie
- 94% du CCPAVR & Ville de Pont-Audemer
- 15% du SMBVR
Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
Tout au long du projet (phase étude et travaux), les services de la DDTM27, l’OFB, la Fédération de pêche de l’Eure (notamment pour les pêches de sauvegarde lors des travaux) nous ont accompagnés.