GESTION DES MILIEUX AQUATIQUES

Sur le plan d’eau de compensation de Plobsheim (67), un suivi environnemental mené sur plusieurs années

Parole de collectivité

Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, Aquagir part à la rencontre d’élus et de porteurs de projets qui sont passés à l’action

Sur le plan d’eau de Plobsheim, situé sur le Rhin près de Strasbourg, la mortalité piscicole est devenue particulièrement prégnante au milieu des années 2010. De quoi encourager des études écologiques sur le site et une meilleure compréhension de cet écosystème sensible, afin de construire une base de connaissance solide afin d’orienter de futures actions de gestion et de préservation du lieu.

Tout au long des années de cette étude , le dialogue entre les différents acteurs s’en est trouvé amélioré, ainsi que la base de référence solide pour les futurs suivis environnementaux créée pour l’occasion.

Avant d'agir, il est indispensable de comprendre le fonctionnement du milieu concerné et de disposer de données objectives permettant d'identifier les enjeux prioritaires

Fabien Rapenne

L'interview

Comment le sujet s’est-il imposé à l’agenda de la Fédération du Bas-Rhin pour la Pêche et la Protection du Milieu Aquatique ?

Le projet trouve son origine dans plusieurs épisodes de mortalité piscicole particulièrement marquants observés sur le plan d'eau de Plobsheim en 2015 et 2016. Ces événements ont suscité de nombreuses interrogations quant à l'état écologique du site et aux facteurs pouvant expliquer ces mortalités, notamment chez certaines espèces emblématiques comme le brochet.

Face à cette situation, la Fédération de pêche et de protection du milieu aquatique du Bas-Rhin (FDAAPPMA 67) a souhaité dépasser la seule observation des phénomènes constatés pour mieux comprendre le fonctionnement global de cet écosystème. Le plan d'eau de Plobsheim constitue un milieu particulier : il s'agit d'un bassin de compensation du Rhin de près de 700 hectares, en communication avec le fleuve, peu profond et soumis à de multiples usages, qu'ils soient écologiques, récréatifs ou nautiques.

Nous avons donc engagé un programme pluriannuel d'acquisition de connaissances afin de disposer d'éléments objectifs sur la qualité du milieu, son fonctionnement écologique et les pressions qui s'y exercent. L'ambition était non seulement de comprendre les causes des mortalités observées, mais également de construire une base de connaissances solide permettant d'orienter les futures actions de gestion et de préservation du site.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

La démarche s'inscrit dans les missions historiques des fédérations de pêche, qui consistent à acquérir des connaissances sur les milieux aquatiques afin d'assurer leur préservation. Nous nous sommes appuyés sur les protocoles scientifiques habituellement utilisés pour l'étude des plans d'eau et sur l'expérience acquise par notre réseau dans le suivi des populations piscicoles et des habitats aquatiques. Nous avons également cherché à développer une approche globale. Les mortalités piscicoles sont souvent la conséquence de plusieurs facteurs combinés. Il était donc nécessaire d'étudier simultanément la qualité de l'eau, les sédiments, les cyanobactéries, la végétation aquatique, les peuplements piscicoles et les paramètres physico-chimiques du milieu.

Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou co-construit avec eux ?

La première difficulté consiste à appréhender le fonctionnement d'un écosystème dans sa globalité. Les phénomènes observés sur un plan d'eau résultent souvent d'interactions complexes entre la qualité de l'eau, les habitats, les espèces présentes, les conditions climatiques ou encore les usages humains. Ce type de projet nécessite donc des compétences variées en hydrobiologie, en écologie aquatique, en suivi piscicole et en analyse de données environnementales. L'enjeu est de croiser ces différentes approches afin d'éviter les conclusions trop rapides ou trop simplistes.

Par ailleurs, le plan d'eau de Plobsheim est un site particulièrement fréquenté. Les pêcheurs ont naturellement été associés à la démarche à travers les observations de terrain qu'ils remontent régulièrement. Les résultats de l'étude ont également vocation à être partagés avec les différents gestionnaires et usagers du site afin de favoriser une meilleure compréhension des enjeux écologiques.

Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?

Le projet est précisément né de la mise en place d'une étude approfondie. Entre 2017 et 2018, plusieurs campagnes de terrain ont été réalisées afin de recueillir les données nécessaires à la compréhension du fonctionnement du plan d'eau. Les investigations ont porté sur de nombreux paramètres : inventaires piscicoles par pêche scientifique, analyses des sédiments, analyses d'eau, suivi des cyanobactéries, mesures de température, d'oxygène dissous, de pH et de conductivité, ainsi qu'un inventaire de la végétation aquatique. Cette diversité de données nous a permis d'aborder le sujet sous différents angles et de consolider les conclusions de l'étude.

Comment avez-vous financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?

Le projet a mobilisé les moyens techniques et humains de la Fédération de pêche et de protection du milieu aquatique du Bas-Rhin dans le cadre de ses missions de connaissance et de protection des milieux aquatiques. Il s'inscrit dans une logique de gestion durable des écosystèmes et de production de connaissances utiles aux acteurs du territoire. La reconnaissance obtenue à travers le Label SAGE Ill-Nappe-Rhin en 2023 est venue souligner l'intérêt de cette démarche pour la préservation de la ressource en eau et des milieux aquatiques à l'échelle du territoire.

Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

Ce travail s'inscrit dans un environnement partenarial impliquant de nombreux acteurs de l'eau et de la biodiversité. Les échanges avec les gestionnaires du site, les services de l'État, les collectivités concernées ainsi que les différents acteurs impliqués dans la gestion du bassin rhénan ont contribué à enrichir la réflexion autour du devenir du plan d'eau. Un projet tutoré à également été mis en place avec l’ENGEES (École nationale du génie de l'eau et de l'environnement de Strasbourg, une école d’ingénieur, située à Strasbourg, ndlr).

Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?

La première étape consiste à investir dans la connaissance. Avant d'agir, il est indispensable de comprendre le fonctionnement du milieu concerné et de disposer de données objectives permettant d'identifier les enjeux prioritaires. Il est également important d'adopter une approche globale. Les milieux aquatiques sont des systèmes complexes où les phénomènes observés résultent rarement d'une cause unique. Enfin, il faut accepter que l'acquisition de connaissances demande du temps : les suivis environnementaux prennent tout leur sens lorsqu'ils s'inscrivent dans la durée et permettent d'observer les évolutions du milieu sur plusieurs années. Il s’agit donc de ne pas négliger le temps humain qu’il est nécessaire de dégager pour réaliser ce type d’étude.

Le projet en détails

Dates clés

  1. 2016

    Nouveaux épisodes de mortalité piscicole conduisant à renforcer les investigations sur le fonctionnement écologique du site

  2. 2017

    Lancement de l'étude globale du plan d'eau par la Fédération de pêche du Bas-Rhin avec les premières campagnes de terrain et les suivis environnementaux

  3. 2018

    Finalisation des campagnes d'acquisition de données et consolidation des résultats de l'étude écologique

  4. 2023

    Attribution du Label SAGE Ill-Nappe-Rhin récompensant la démarche de connaissance et de préservation du plan d'eau de Plobsheim

Chiffres clés

  • 700

    hectares, la superficie approximative du plan d'eau de compensation de Plobsheim

  • 230

    espèces d'oiseaux observées sur le site, qui constitue l'un des principaux secteurs d'hivernage d'oiseaux d'eau du Grand Est

  • 2

    années d'étude, la durée des campagnes scientifiques menées entre 2017 et 2018 pour analyser le fonctionnement écologique du plan d'eau

À retenir

  • Cette étude nous a permis de disposer pour la première fois d'une vision globale du fonctionnement écologique du plan d'eau de Plobsheim. Nous avons pu croiser de nombreuses données sur la qualité de l'eau, les températures, les peuplements piscicoles, les cyanobactéries ou encore les habitats aquatiques. Cette approche nous a permis d'objectiver un certain nombre de constats et de mieux comprendre les mécanismes à l'œuvre sur le site.

  • Le projet a également permis de créer une base de référence solide pour les futurs suivis environnementaux. Les données collectées constituent aujourd'hui un point de comparaison précieux pour mesurer l'évolution du milieu dans le temps et évaluer l'impact éventuel des changements climatiques ou des actions de gestion mises en œuvre.

  • Le principal frein réside dans la complexité même du milieu étudié. Le plan d'eau de Plobsheim est un écosystème de grande taille, soumis à de multiples influences hydrologiques, climatiques et humaines. Dans ce contexte, il est souvent difficile d'identifier une cause unique à un phénomène observé ou de mesurer rapidement les effets d'une action de gestion.

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