GESTION DES MILIEUX AQUATIQUES

Une vaste restauration écologique en cours pour la zone humide transfrontalière de Rhinau (67), sur le Rhin

Parole de collectivité

Afin de vous permettre de mieux appréhender la mise en place des projets de gestion de l'eau sur votre territoire, Aquagir part à la rencontre d’élus et de porteurs de projets qui sont passés à l’action

Initié en 2019, Rhinaissance 2.0 est un projet de restauration écologique des zones alluviales du Rhin supérieur autour de la commune de Rhinau. Précédé d’une phase d’étude de faisabilité menée avec succès, le projet est toujours en cours de réalisation au sein de la zone humide classée Natura 2000 et labellisée Ramsar du Rhin Supérieur Oberrhein.

Dans un contexte de réchauffement climatique, ces espaces sont décisifs pour la climatisation naturelle de nos lieux de vie et la préservation des écosystèmes vivants locaux. Les travaux envisagés et en cours concernent entre autres l’abrasement de certaines zones de berges, la construction de nouvelles passes à poissons ou encore l’abaissement partiel de chemins de halage.

En contexte de réchauffement climatique, ces zones humides sont des climatiseurs, là où les générations futures vont sans doute être obligées de se déporter (...)

Marianne Horny-Gonier, ancienne maire de Rhinau

L'interview

Comment ce projet s’est-il imposé à l’agenda de la commune de Rhinau ?

Marianne Horny-Gonier : Tout est parti d’une politique nommée Rhin vivant, co-initiée en 2018 par la Région Grand Est et l’Agence de l’eau Rhin-Meuse, qui visait à renaturer des espaces alluviaux du Rhin historique. Le programme laissait l’opportunité et l’initiative aux territoires concernés de proposer des projets qui pourraient faire l’objet d’études et ensuite de travaux. Le 2 février 2019, lors de la journée mondiale des zones humides Ramsar, qui s’est déroulée à l’époque à Rhinau, ma commune, j’ai rencontré le ministre de l'environnement du Bade-Würtemberg de l’époque, Franz Untersteller. Précédemment, des études avaient été faites sur la rive allemande mais les communes copropriétaires des zones n’y avaient pas été associées.

De cette rencontre est né l’accord de partir d’une page blanche, de travailler conjointement à une nouvelle étude. Les études de cette ampleur sont onéreuses, et loin d’être à la portée d’une seule commune comme Rhinau. Il se trouve que la commune est propriétaire foncier en France (mais aussi en Allemagne, pour des raisons historiques), de 994 hectares sur la rive droite du Rhin. C’était à l’époque (1542 !) où le Rhin avait des frontières sauvages et des niveaux capricieux, en raison des crues ou des sécheresses. Le Taubergiessen, sur la rive allemande, devenu réserve naturelle en 1979, et la presqu’île de Rhinau sur la partie française sont les deux sites concernés par ce projet.

Cette double-propriété nous mettait en face d’un enjeu transfrontalier ; nous avons naturellement pensé au programme européen Interreg pour demander des financements.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

Marianne Horny-Gonier : Des travaux en amont et en aval de cette nature-là des deux côtés du fleuve avaient déjà eu lieu. Se présentait surtout cette opportunité du Plan Rhin Vivant qui nous donnait la possibilité d’engager quelque chose d’ampleur sur notre site. Après coup, les bureaux d’études - excellents d’ailleurs - avec lesquels nous avons travaillé nous ont fait des retours d’expérience inspirants de précédents projets similaires.

Y a-t-il des compétences ou sujets spécifiques à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ? Avez-vous obtenu l’adhésion des citoyens et/ou coconstruit avec eux ?

Marianne Horny-Gonier : Nous ne sommes pas partis d’une initiative citoyenne spécifique mais de l’opportunité du Plan Rhin Vivant, et de notre sensibilité en tant qu’élus. Ces espaces rhénans historiques comptent beaucoup pour nous, font partie de notre paysage, de notre ADN. En contexte de réchauffement climatique, ces zones-là sont des climatiseurs; c’est donc là que des générations futures vont peut-être être obligées de se déporter en situation de grosses chaleurs. Il est vital de préserver et de renaturer ces espaces-là.

Christian Blum : Pour rappel ces espaces sont classés Natura 2000 et Site Ramsar transfrontalier du Rhin Supérieur Oberrhein. Ramsar (du nom de la ville iranienne où a été signée la convention) est un label mondial relatif à la préservation des zones humides remarquables, qui labellise des travaux de préservation engagés de manière durable.

Avez-vous mené une étude en amont du projet pour définir sa faisabilité et/ou son impact ? Comment avez-vous assuré le bon dimensionnement du projet ?

Christian Blum : Le projet couvre une superficie globale de 1 900 hectares qui comprend l’île de Rhinau sur la rive française, le Taubergiessen qui englobe des terrains français mais qui est situé en Allemagne, et le vieux Rhin.

L’idée de départ était de définir un projet qui permette de restaurer, d’améliorer les qualités écologiques de cet espace. Une étude de faisabilité a été conduite sur une période courant de 2021 à 2023. Elle a abouti à la définition d’un scénario de restauration consensuel, qui prévoyait toute une série de mesures de restauration écologique. Celles-ci englobent l’abaissement partiel des chemins de halage, le recul de berge sur certaines zones, des opérations de reconnexion hydrologiques, de déroctage de berges.

Les enjeux identifiés étaient de répondre à la problématique de la prolifération des algues, d’améliorer et de restaurer la diversité piscicole, de créer de nouvelles zones de refuge en améliorant les connectivités hydrauliques, de permettre aux grands migrateurs de retrouver leurs zones de fret.

Ce scénario a fini par convenir aux préoccupations de l’ensemble des partenaires associés au projet. Ils comprennent entre autres les communes françaises et allemandes limitrophes, les administrations dans le domaine environnemental des deux côtés de la frontière, l’Université, les gestionnaires d’espaces naturels et les associations liées à la protection de la nature.

Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles ont été les aides sollicitées/obtenues ?

Christian Blum : La première phase d’étude de faisabilité s’est déroulée sur deux ans et a coûté 340 000€, financés à 50% par le fonds européen Interreg, à 25% chacun par le Regierungspräsidium de Freiburg et la Région Grand Est.

Pour la deuxième phase de réalisation, Rhinaissance 2.0, le budget global a été porté à 5 830 800€. Interreg a abondé à hauteur de 3 498 480€, la DREAL 1 495 600€, le Land du Baden-Württemberg à hauteur de 530 000€, le Regierungspräsidium de Freiburg 153 360€, la Région Grand Est 76 680€, l’Agence de l’eau 76 680€, avec une coordination du projet assurée par la Région Grand Est et une maîtrise d’ouvrage d’une sous-action du programme assurée par la DREAL (qui concerne la reconstruction de nouvelles passes à poissons sur les seuils agricoles existants, ce qui justifie son apport financier important).

Actuellement, les passes à poissons sont en cours d’achèvement, avec une fin prévue en 2026. Il y a une trêve estivale pour préserver l’écosystème sur une période importante, pour la protection de la faune et de la flore sur le site.

Quels sont les autres acteurs qui vous ont accompagnés dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

Christian Blum : Pour la phase étude de faisabilité, le bureau d’étude, cheville ouvrière technique du projet, était formé d’un consortium de plusieurs bureaux ; Ingérop assurait la coordination, avec des bureaux d’étude allemands : IFAG, INULA, parmi d’autres.
La phase de réalisation Rhinaissance 2.0 comporte quant à elle deux volets : la reconstruction de nouvelles passes à poissons, sous maîtrise d’ouvrage de la DREAL ; un deuxième volet divisé en quatre parties, de l’étude sédimentaire à la modélisation hydraulique en passant par l’étude coûts/bénéfices écologiques et la planification des mesures de restauration.

Nos homologues du côté allemand, les spécialistes des poissons dans les administrations et associations, le groupement piscicole du secteur (représenté par M. Gerber), l’Office Français de la Biodiversité (OFB) ont été parmi de nombreux autres partenaires et entités associées.

Quels conseils donneriez-vous à un élu qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire

Marianne Horny-Gonier : En tant qu’élue et en ce qui me concerne, je ne suis pas du tout spécialiste des questions techniques. Je dirais que c’est très important en premier lieu de s’entourer de sachantes et de sachants, pour surtout ne pas se lancer dans des travaux de cette ampleur sans étude de faisabilité, qui était extrêmement importante - même si je doute que l’État nous aurait laissé faire n’importe comment. L’étude nous a permis de faire un état des lieux de ces sites, de ce qui existe, d’identifier les problématiques et donc de proposer des scénarios réalistes de travaux à envisager. Par les marchés publics, nous disposions des services de bureaux d’études extrêmement compétents, dont les travaux sont très reconnus. Leur expertise fut précieuse.

Le projet en détails

Dates clés

  1. 1979

    Le Taubergiessen est labellisé réserve naturelle

  2. 2 février 2019

    Journée mondiale des zones humides Ramsar à Rhinau

  3. 2021 - 2023

    Etude de faisabilité du projet Rhinaissance 2.0

  4. 2025 - 2027

    Phase de travaux (passes à poissons en cours d’achèvement en 2026)

Chiffres clés

  • 340 000

    euros, le coût de l’étude de faisabilité

  • 5 830 800

    euros, le budget des travaux Rhinaissance 2.0

  • 2

    passes à poissons restaurées pour fin 2026

À retenir

  • Une chance pour la commune de bénéficier d’opérations de renaturation grâce à l’Europe, car un consortium de communes n’aurait pas eu les moyens.

  • Une coopération transfrontalière enrichissante sur ces sujets complexes.

  • Les temporalités longues qui sont à la fois un point positif et négatif : ce sont des sujets sensibles, cela permet de ne pas bâcler les choses, il en va de notre responsabilité. Mais ce sont des projets qui s’échelonnent sur plusieurs années.

Les partenaires du projet

  • Fond européen Interreg

  • Région Grand Est

  • Regierungspräsidium de Freiburg

  • Land du Baden-Württemberg

  • Agence de l’eau Rhin Meuse

  • Office français de la Biodiversité

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