Uzerche (19) réutilise l’eau de sa piscine municipale
Face à la multiplication des arrêtés préfectoraux encadrant l'utilisation de l’eau en période estivale, la municipalité d’Uzerche se retrouve confrontée à un dilemme majeur : comment éviter de rejeter l’eau de la piscine municipale dans la nature à la fin de la saison estivale ?
En quelques semaines, élus et agents municipaux se sont mobilisés pour trouver une solution durable. Leur solution : un réservoir qui stocke l'eau de la piscine. Leur réponse : la construction d’une plateforme dotée d'une grande bâche de stockage.
Cette initiative permet non seulement de conserver l’eau, mais surtout de la réutiliser pour diverses activités essentielles à la commune, comme le nettoyage des rues ou l’arrosage des espaces verts.
En travaillant en régie, la mairie d’Uzerche a réussi à limiter ses coûts du projet, d'un montant de 11 000 euros. La plateforme et la bâche de 600 m3 permettent de conserver l’eau et de la réutiliser dès que les agents de la ville en ont besoin - Crédits photo : Banque des Territoires
Il y a 30 ans encore, on pensait la Corrèze vraiment protégée sur la question de l’eau. Nous sommes sur les contreforts de ce massif central considéré comme le réservoir d’eau de l’Hexagone. Pourtant, aujourd’hui, pas un été ne se passe sans que les autorités préfectorales n’émettent une alerte quant à l’utilisation de l’eau. C’est bien qu’il y a un problème ! Alors nous, élus, devons aussi montrer l’exemple avec nos collectivités, qu’il existe des solutions simples pour stocker l’eau en période abondante et la réutiliser en période sèche.
L'interview
Comment le plan départemental de la gestion de l’eau s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?
L'eau est aujourd'hui une ressource essentielle pour tous. Notre priorité est d'en gaspiller le moins possible. Fournir de l'eau potable à chaque citoyen à un coût important, notamment à cause des traitements nécessaires pour sécuriser sa consommation. Ainsi, pour amortir ces coûts, nous devons en minimiser les pertes. Il nous semblait incohérent de rejeter dans la nature l'eau de la piscine, alors que nous pouvions la valoriser. C'est pourquoi nous avons eu l'idée de concevoir un réservoir capable de récupérer et de réutiliser l'eau, notamment pour l'arrosage des espaces verts.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?
Je ne parlerai pas de sources d'inspiration, mais plutôt d'élément déclencheur. Le premier, c'est bien sûr le tarif de l'eau qui a considérablement augmenté ces dernières années. Par ailleurs, nous sommes labellisés Villes et villages fleuris. Or, ce label entend sensibiliser les municipalités à une gestion raisonnée de la ressource Eau.
Jusqu'à présent, nous avons redoublé d'efforts pour entretenir nos réseaux afin de faire la chasse aux fuites. Il nous semblait important d'aller encore plus loin dans notre démarche, pour ne plus gaspiller une ressource si précieuse, en la rejetant dans la nature.
En tant que municipalité, nous nous devons d'être exemplaires !
Est-ce qu’une étude de faisabilité et/ou d’impact a été réalisée sur ce projet ?
Non, nous n'avons pas réalisé d'étude, car nous connaissions déjà la quantité d'eau déversée dans la rivière chaque année. Il a simplement fallu trouver une bâche aux bonnes dimensions, facile à installer, sans engager des travaux importants.
En travaillant avec la régie, nos agents ont été directement impliqués dans ce projet, qui est utile à tous.
Concernant les compétences, quels sont les principaux sujets à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?
Le premier enjeu était de définir clairement l'utilité du réservoir. A quoi bon, en effet, installer une bâche de 600 m3, si l'on n'en connaît pas vraiment sa fonction ? Ensuite, il était important de bien dimensionner le dispositif pour éviter qu'il ne soit surdimensionné ou inefficace. Une chose est certaine : aujourd'hui, notre balayeuse est alimentée par cette eau de récupération, et non par de l'eau potable, ce qui est un vrai progrès !
Lors de la phase de diagnostic et de planification, comment la collectivité a-t-elle assuré le bon dimensionnement du projet et l’adhésion des citoyens ?
Nos agents ont effectué tous les calculs nécessaires pour bien adapter et dimensionner le projet à la ville et à ses capacités financières. Nous avons également travaillé avec l'Agence de l'eau et la DDT (Direction départementale des territoires) pour nous assurer que tout était conforme à la législation. Pour les citoyens, il a fallu leur expliquer que renouveler l'eau de la piscine était une obligation légale. En leur démontrant que nous utilisions cette eau de manière intelligente plutôt que de la gaspiller, ils ont mieux compris l'intérêt du projet, et ont adhéré à notre démarche.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles sont les aides sollicitées et obtenues ?
Nous avons tout financé sur nos fonds propres, du terrassement jusqu’au mur de soutènement ! L'autre grand objectif de notre démarche était également de minimiser notre consommation d'énergie. C'est pourquoi tout repose sur la loi de la gravité : l'eau de la piscine s'écoule naturellement vers la bâche et les camions viennent se servir sans avoir besoin de pompes.
Quels sont les autres acteurs qui ont accompagné la commune d’Uzerche dans la préparation et la réalisation de ce projet ?
Les agents de la DDT et de l'Agence de l'eau nous ont apporté un soutien juridique afin que le projet respecte le cadre légal. Quant aux aspects techniques, comme la portance de la bâche ou la conception de la plateforme, nous avons pu les gérer en interne avec nos équipes.