Vaches et concertation pour l’entretien écologique du marais de la Chaussée-Tirancourt (80)
A La Chaussée-Tirancourt (Somme), une convention avec le Conservatoire d’espaces naturels Hauts-de-France et des éleveurs locaux a permis une restauration et une gestion écologique du marais et de sa tourbière.
Ces milieux humides menacés de disparition sont de précieux puits de carbone et ont la capacité de stocker l’eau. Dans la commune, la tourbière a désormais retrouvé toute sa biodiversité.
Elle constitue un attrait majeur pour les naturalistes, chasseurs, pêcheurs et promeneurs, grâce au travail de concertation permanent mené par la commune.
Le Conservatoire d’espaces naturels Hauts-de-France apporte son expertise et gère le marais communal. - Crédits photo : Conservatoire d’espaces naturels Hauts-de-France
Elus, Conservatoire, chasseurs, pêcheurs : les différentes parties ont tout intérêt à préserver le marais et nous travaillons en bonne intelligence
Comment le sujet de la restauration et de la gestion écologique du marais de La Chaussée-Tirancourt s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?
Le marais de 75 hectares et sa tourbière ont toujours eu une place majeure dans la vie de la commune. Nos ancêtres y faisaient pâturer les animaux et exploitaient la tourbe pour se chauffer. Pourtant, il a bien failli disparaître à une époque où le rôle crucial des tourbières pour capter le carbone et réguler les eaux était peu connu et n’était pas jugé prioritaire. En 1972, le marais était menacé par un projet de décharge pour l’agglomération d’Amiens. Le maire de l’époque, André Sehet l’a sauvé en prenant un arrêté de biotope.
Grâce à cette mesure, le marais et son milieu si typique est redevenu un lieu où l’on trouve des espèces animales et végétales rares ou protégées comme l’Utriculaire, le Pigamon jaune ou le Criquet ensanglanté. Il est très prisé des habitants, des chasseurs, des pêcheurs. La commune veille à la cohabitation de ces différents usagers et à l’entretien du marais. A cet effet, elle a passé une convention avec le Conservatoire d’espaces naturels (CEN) Hauts-de-France en 2005. La commune est propriétaire du marais. Le CEN en est le gestionnaire par le biais d’un bail emphytéotique d’une durée de 80 ans et assure ses travaux d’entretien.
Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée du projet ?
Le CEN a développé une expertise dans la préservation de ces milieux humides de la Somme. Il a mené dès 2005 des travaux de déboisement car le marais laissé à l’abandon était envahi par des boisements spontanés et des plantations de peupliers. Le CEN mène donc régulièrement des travaux de taille et de fauche. Et il engage en 2025 des travaux plus conséquents pour préserver les niveaux d’eau de la tourbière grâce au programme Life Anthropofens.
L’entretien écologique régulier du marais est assuré par les vaches du lycée agricole du Paraclet avec lequel le CEN a passé une convention. Ce sont des vaches nantaises, une espèce bien adaptée et qui était pourtant menacée de disparaître. Un particulier fait aussi paître ses chevaux.
Enfin, nous travaillons avec les chasseurs et les pêcheurs, qui trouvent dans ce marais restauré un terrain très prisé de la carpe et du gibier d’eau. On y chasse aussi le chevreuil et le sanglier. Nous avons trois huttes de chasse communales dont la location nous assure des revenus. En retour, ils s’engagent à des mesures de bon sens comme de fermer les barrières des pâtures. Nous avons aussi défini un chemin de randonnée qui passe en bordure du marais pour les promeneurs.
Les différentes parties ont tout intérêt à préserver le marais et nous travaillons en bonne intelligence. Au-delà du comité de gestion du marais, nous avons les uns et les autres des échanges très fréquents.
Est-ce qu’une étude de faisabilité et/ou d’impact a été réalisée sur ce projet ?
La gestion écologique du marais est régie par un plan de gestion écologique du marais, établie par le CEN Hauts-de-France. A partir d’un diagnostic écologique et socio-économique, le plan de gestion définit des objectifs à atteindre pour une période de 10 ans, ainsi que les actions pour y parvenir.
Concernant les compétences, quels sont les principaux sujets à maîtriser avant de se lancer dans le projet ?
Il faut avoir des compétences en gestion écologique. Il semble important également de maîtriser les montages financiers et de savoir aller frapper aux bonnes portes. Heureusement, le CEN dispose de ces compétences pour accompagner les petites communes qui généralement ne les ont pas. Il faut également être attentif aux aspects de concertation et savoir la mener.
Lors de la phase de diagnostic et de planification, comment votre collectivité a-t-elle assuré le bon dimensionnement du projet et l’adhésion des citoyens ?
Les habitants ont toujours vécu avec le marais. Beaucoup y sont attachés. En revanche, tous ne connaissent pas son intérêt écologique et la nécessité de le préserver. Nous l’expliquons régulièrement dans le journal municipal. Nous organisons des visites. Le CEN a aussi confié la gestion d’un petit bout du marais aux élèves de l’école communale. Ils y font des travaux de débroussaillage, ont posé un piège photographique… Chaque année, ils présentent leurs travaux à l’équipe municipale et aux parents dans le marais. C’est l’occasion d’échanges riches que nous n’aurions pas autrement.
Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles sont les aides sollicitées/obtenues ?
Entre 2016 et 2024, le CEN a investi plus de 160 000€ de travaux pour préserver la tourbière et près de 3 100 heures de travail (tous corps de métier confondus).
En 2025 et 2026, ce sont 260 000 euros qui seront investis dans le cadre du programme Life Anthropofens.
En 2024 par exemple les travaux de fauche et de taille de saules têtards ont coûté 24 500€ auxquelles s’ajoutent 536 heures en personnel du CEN, soit 23 500€ (suivi des travaux en prestation, travaux interne, suivis scientifiques, coordination, recherche financement…)
Ces travaux ont été financés par l’Agence de l’Eau Artois-Picardie (70%) et le Conseil départemental de la Somme (30%).
Pour l’aire terrestre éducative : Office Français pour la Biodiversité (80%) et mécénat de la Banque populaire (20%).
Quels sont les autres acteurs qui ont accompagné la collectivité dans la préparation et la réalisation du projet ?
L’EPTB Somme-AMEVA a accompagné la commune dans la mise en place d’un contrat Natura 2000.