GESTION QUANTITATIVE DE LA RESSOURCE

A Gérardmer (88), le pompage du lac comme moyen d’accès à l’eau potable

Niveau d'expertise : intermédiaire

Depuis les années 1970, le pompage de l’eau du lac de Gérardmer s’est imposé comme un moyen d’accès à l’eau potable pour pallier aux sécheresses sévissant ponctuellement sur la région. Ce recours de plus en plus fréquent (2003, 2015, 2020 et en 2022 durant plusieurs semaines) pousse la municipalité à réfléchir à une meilleure connexion de ses réseaux de sources, afin de pérenniser l’accès à la ressource

Historiquement, le massif des Vosges est vu comme un immense réservoir d’eau pour la région Grand Est, mais tout le monde s’aperçoit ces dernières années que ce n’est pas le cas. Notre production en eau potable diminue

Stessy Speissmann Mozas

Comment le sujet du pompage du lac s’est-il imposé à l’agenda de votre collectivité ?

Un projet lié à l’eau potable a commencé à naître en 1972, avec une commune voisine de Gérardmer, Xonrupt-Longemer. L’idée était alors de constituer un pompage et une réserve en communs, les élus étant déjà conscients à l’époque des dérèglements des températures, en cours et à venir. L’administration de Gérardmer s’est alors rapidement tournée vers un pompage dans le lac, pour parer aux éventuels manques de nos réserves d’eau.

A Gérardmer, l’eau potable provient en effet de deux sources d’approvisionnement : un réseau de sources sur le secteur dit La Trinité, qui descend par gravitation sur l’ensemble de la ville, et un double captage dans la nappe phréatique de Ramberchamp. Mais, dans les années 70, l’idée était déjà bien installée que ces deux captations pouvaient montrer leurs limites en automne, après des étés de sécheresse : d’où ce pompage installé en mai 1972 après une étude de faisabilité réalisée par un ingénieur-conseil, Jean Samuel. Les tuyaux de 300 mètres de long étaient alors arrivés en train depuis Strasbourg !

Depuis, l’eau du lac a été pompée plusieurs fois en fonction des variations climatiques et hydrauliques : en 2003 lors de l’épisode de canicule national, en 2015, 2020 et 2022. Cette année-là, ce fut la première fois que le pompage durait aussi longtemps, de début août jusqu’en octobre : c’est aussi en 2022 que la ville a relié directement le réseau de pompage à celui de notre station de traitement, afin de ne pas rejeter directement l’eau dans la nappe phréatique de Ramberchamp.

Quelles sont les sources d’inspiration que vous avez suivies pour vous faire une idée de ce projet ?

La décision fut surtout prise à l’époque par la municipalité géromoise, qui décida de passer un marché avec une société strasbourgeoise, I.S.M. : leur préconisation fut la pose de conduites en plastique et fonte, du lac jusqu’à la station de pompage de la Goutte-du-Chat. Le mode de traitement décidé ensuite fut l’ozone, un système de purification permettant de rendre l’eau moins acide. Mais l’ensemble de l’installation des années 1970 est celle qui fut utilisée jusqu’en 2022, mis à part un nouveau système de traitement.

Est-ce qu’une étude de faisabilité et/ou d’impact a été réalisée sur ce projet ?

Une nouvelle étude a été réalisée en 2022 lors de la connexion du système de pompage à la station de traitement : elle révéla qu’il nous fallait surveiller les taux de manganèse, parfois trop élevés. Nous avons alors enclenché des travaux à la station, afin de moderniser notre système de traitement. C’est ce système qui est utilisé depuis lors.

Concernant les compétences, quels sont les principaux sujets à maîtriser avant de se lancer dans ce projet ?

Les compétences requises sont principalement techniques, maîtrisées par notre service Eau et Assainissement, qui peut intervenir rapidement en cas de fuite ou de problème technique sur les stations.

Lors de la phase de diagnostic et de planification, comment la collectivité a-t-elle assuré le bon dimensionnement du projet et l’adhésion des citoyens ?

Nous mettons en place une communication dès que le pompage s’avère nécessaire, comme ce fut le cas en 2022. Cette communication repose avant tout sur des explications claires, notamment en termes de potabilité de l’eau : nous menons à chaque pompage des tests avec un laboratoire indépendant (Eurofins, à Maxéville), dont nous relayons les résultats via le bulletin municipal et les médias locaux.

Comment la collectivité a-t-elle financé ce projet et quelles sont les aides sollicitées/obtenues ?

Certaines aides extérieures peuvent nous être apportées, mais pas directement sur le projet de pompage. En revanche, l’Agence de l’Eau nous accompagne dans notre plan Grand Lac, mené conjointement avec la commune voisine de Xonrupt-Longemer : nous nous sommes rendu compte que les eaux profondes de nos lacs naturels étaient mal oxygénées, et que des travaux de revégétalisations de certaines berges, après diagnostic, devenaient nécessaires.

Quels sont les autres acteurs qui ont accompagné Gérardmer dans la préparation et la réalisation de ce projet ?

Si le pompage est géré par la commune de Gérardmer, la compétence Eau et Assainissement est du ressort de la Communauté de Communes, ce qui tombe bien : le réseau d’eau potable issu du pompage du lac dessert également Xonrupt-Longemer, Rochesson, Liézey et Le Tholy, des communes qui en font partie.

Le projet en détails

Dates clés

  1. 1970

    Mise à l'agenda & Inspiration

  2. 1970 -2024

    Compétences

  3. 1970 - 2024

    Diagnostic & Planification

  4. 1972 - 2022

    Réalisation

Chiffres clés

  • 2022

    Année premier pompage

  • 30

    Nombre de jours de pompage

  • 5

    Nombre de communes concernées par le pompage

À retenir

  • Le pompage du lac nous a permis d’envisager une solution simple, en comparaison de ce que nous aurions dû mettre en place autrement : des camions avec citernes pour alimenter une ville aussi grande que Gérardmer.

  • Nous nous sommes aperçus à cette occasion, en 2022, que même si elle fluctue, la consommation d’eau n’augmente plus dans la ville : c’est la production qui diminue. Nous prenons donc des mesures pour limiter les consommations, notamment en termes de constructibilité (nous allons geler la moitié des terrains constructibles) et de dimensionnement des piscines

  • Il est difficilement concevable de devoir pomper l’eau directement dans le lac, et cest un re-cours dont nous nous passerions bien. Historiquement, le massif des Vosges est vu comme un immense réservoir d’eau pour le Grand Est, et tout le monde s’aperçoit ces dernières années que ce n’est pas le cas. Même si le lac constitue une réserve pour de nombreuses années encore, il faut nous préparer à une plus grande adaptabilité.

  • Agence de l'eau Rhin Meuse

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